Au boulot !

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Travailleurs de retour à la maison, Edvard Munch (1913-1914)

On se bouge, bande de feignasses ! Il y en a marre de cette mentalité capitularde d’enfants gâtés, incapables de bosser cinq minutes sans venir pleurnicher que c’est trop dur gna gna gna, que le chef est méchant gna gna gna, qu’ils ont besoin de faire une pause pour poster une photo d’eux sur instagram gna gna gna… Cette démocratie décadente encourage la paresse sur fond de boursouflure égotique. Les Chinois, par exemple, c’est clairement pas des bras cassés, eux. Et c’est pour ça qu’ils conquièrent le monde.

Ça commence dès l’école qui ne fait, ici, que bourrer le crâne des gosses avec des idées stupides. Normal : elle est noyautée par des gauchistes qui s’en servent pour leur propagande. On ferait mieux d’envoyer les profs à l’usine, ça leur apprendrait la vraie vie ! Et puis les mômes aussi, tiens : plutôt que des trucs qui ne servent à rien comme lire des bouquins farcis de mauvais exemples et de notions idiotes, on ferait mieux de leur apprendre un vrai métier dès le plus jeune âge, pour répondre aux vrais besoins des entreprises – et qu’ils découvrent le monde réel.

À quoi bon faire des études sans fin pour devenir prof ou chômeur ? – je ne sais pas quel est le pire des deux. Qu’ils apprennent juste à lire et à utiliser un ordinateur (un ordinateur, c’est d’ailleurs bien plus efficace et moins cher qu’un prof), et ensuite direct au boulot : l’apprentissage pour tous les gamins à partir de onze ou douze ans – plus de problème de chômage. Et les meilleurs, les plus malins, les plus démerdards, ceux qui en veulent vraiment, pourront prouver qu’ils méritent de s’en sortir. C’est comme ça qu’on forgera des vrais gagnants : les managers et les milliardaires de demain.

Ceci dit, c’est un bon début mais ça suffit pas pour être vraiment compétitifs. Après, il faut régler ce problème de concurrence et de compétitivité mondiales. Avec les Chinois mais aussi avec tous les autres. Ils se marrent bien quand ils découvrent comment on bosse ici ! On passe vraiment pour des guignols ! Les vacances, par exemple. C’est juste pas possible de rien fiche la moitié de l’année ! Qu’il faille se reposer un peu de temps en temps, pourquoi pas. Mais ce n’est pas aux entreprises de payer les fainéants à bronzer au soleil ! Si on veut pas travailler, on assume.

Même chose pour les trente-cinq heures. Quel crime contre l’économie ! Le slogan de tous ces gauchiasses, c’est « travailler moins pour glander plus ». Alors que tous les autres – les Chinois, les Japonais… même les Américains, c’est pour dire ! – ont compris que si on veut s’en sortir contre les autres, il faut trimer au moins cinquante ou soixante heures par semaine, trois gugusses qui n’ont jamais foutu les pieds dans une entreprise ont décidé de torpiller la productivité française en imposant les trente-cinq heures. Un vrai pays soviétique ! Sauf que même les soviétiques faisaient plus que trente-cinq heures par semaine.

Tout est bon pour en faire le moins possible. Après les congés payés et les trente-cinq heures, on a inventé le télétravail. Meilleur prétexte possible à la glandouille : chez toi, personne peut vérifier que t’es pas en train de pioncer ou de mater une série plutôt que faire ce pour quoi on te paie suffisamment cher. Il faut quand même reconnaître qu’il y a un intérêt au télétravail : on en finit avec ces idées stupides de « temps de travail » et surtout d’horaires. Je peux envoyer des messages en temps réel aux collègues et aux équipes pour donner des consignes et des ordres, la nuit si nécessaire, pour être sûr qu’ils s’y mettent tout de suite. Ça, c’est bien.

Et puis si j’ai un doute, je peux quand même vérifier qu’un de mes employés n’est pas en train d’étendre sa lessive : un petit coup de visio ou de prise à distance du poste, ni vu ni connu, et je contrôle. Cette distinction, sans doute issue du cerveau malade d’un quelconque syndicaliste, entre vie privée et vie professionnelle est en train de disparaître. Enfin ! comme si nous pouvions nous couper en deux : un temps pour le boulot, un temps « pour soi ». N’importe quoi ! Il faut savoir ce qu’on veut ! Si on veut s’en sortir, il faut être le meilleur et s’en donner les moyens : quand il y a du taff, il faut le faire, peu importe que ça arrive au dernier moment, peu importe l’heure. C’est comme ça ! Si un de mes employés me dit qu’il n’est pas disponible parce qu’il a prévu autre chose, tant pis pour lui : c’est pas la concurrence qui manque, je trouverai bien quelqu’un d’un peu plus futé que lui. S’il préfère sa « vie privée », tant mieux pour lui : il aura tout le temps de s’y consacrer quand je l’aurai viré.

Télétravail, « congés maladie » : même combat. Ceux qui restent chez eux à glander alors qu’ils peuvent tout à fait bosser sont des tire-au-flanc. Comme si une jambe cassée empêchait un cadre de pisser du powerpoint ! Tout ça, ce sont des prétextes d’assistés pour profiter d’un système scandaleusement généreux. Il n’y a qu’à voir le nombre de bonnes femmes qui se font engrosser histoire d’être payées à changer des couches. Et maintenant les pères eux-mêmes s’y mettent, ces voleurs.

L’ensemble du système de « sécurité sociale » est au service de cette idéologie de la paresse. Au premier chef : les « médecins du travail », ce ramassis de démagos prêts à donner deux semaines de vacances pour un panaris. Pas étonnant que se tournent vers cette branche les toubibs les plus mauvais et les plus gauchistes – ce qui va ensemble ! On glose beaucoup sur les « burn out », la « souffrance au travail », le « harcèlement », les « risques psycho-sociaux », etc. etc. toute cette mode pour glorifier des petits bobos imaginaires de chiffes-molles inventés pour toujours moins travailler.

Ces tocards geignent dès qu’on leur demande quoi que ce soit et sont incapables de supporter la moindre pression. En tant que manager, je ne suis pas là pour leur faire des câlins ! Si la compétition, la peur et la menace sont les meilleurs et surtout les seuls aiguillons qui fonctionnent pour mettre les gens au boulot, c’est pas ma faute : c’est pas moi qui ai inventé la nature humaine. Les gens sont des veaux. Moi, je cherche des winners, des vrais bosseurs qui ont faim. Le monde du travail c’est bouffer l’autre ou se laisser bouffer par lui. Il faut être capable de résister à la pression.

Sinon, on va faire un « métier » de planqué, comme fonctionnaire. Ah ça ! C’est sûr que c’est pas dans les administrations qu’on risque la surcharge de travail ! Toute la lie de l’humanité s’y retrouve. Tous les vauriens, les incompétents, les branleurs peuplent cette fonction publique qui vit à nos crochets. Comme si « fonctionnaire » était un vrai métier ! Pouah ! Rien que des parasites que nous nourrissons avec nos impôts ! Qu’ils mettent donc les pieds dans une entreprise : ils ne tiendraient même pas une journée.

Bon allez, faut que j’aille remettre un petit coup de pression sur ces glandus pour qu’ils n’oublient pas de trimer [1]. Ensuite, je me ferais bien une petite série pour me reposer : Succession, vous connaissez ?

Cincinnatus, 30 mai 2022


[1] « Le travail, c’est la santé ».

Publié par

Cincinnatus

Moraliste (presque) pas moralisateur, misanthrope humaniste, républicain râleur, universaliste lucide, défenseur de causes perdues et de la laïcité, je laisse dans ces carnets les traces de mes réflexions : philosophie, politique, actualité, culture…

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