Passe sanitaire : les vertiges de la déraison

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Louis Pasteur, par Albert Edelfelt (1885)

Ce billet est doublement exceptionnel. D’abord, il interrompt la série estivale des « lectures de Cinci » que vous retrouverez lundi prochain avec (encore) un bouquin formidable à lire à tout prix. Ensuite, il traite d’un sujet de l’actualité brûlante (en cet été pourri, il n’y a bien que cela pour nous réchauffer), alors que, normalement, je préfère laisser l’écume aux réseaux dits sociaux. Ces histoires de passe sanitaire prennent néanmoins un tour si inquiétant que je m’essaie à donner, à mon tour, mon avis sur le sujet [1].
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La trahison des images

Amoureux de la Vérité et rêveurs de sagesse, tremblez ! Rien ne pourra plus être tangible, certain, étayé, tenu pour réel : la suspicion doit accompagner chaque « information » – bienvenue dans l’ère de la « post-vérité » et des « fake news ». Ces mots, produits d’importation, désignent-ils des phénomènes à tel point nouveaux qu’il n’existait pas de termes ni de concepts pouvant les décrire ? Sans même évoquer Platon, Descartes ou Nietzsche, leurs questionnements et leurs usages du doute, constatons la vénérable ancienneté de notions comme intox, manipulation, trucage, mensonge ou propagande qui ont toujours existé et ont prospéré sous toutes les formes de régimes politiques et d’organisations sociales. Alors… quoi de neuf sous le soleil ou dans la Caverne ? L’angoisse vaguement paranoïaque devant les possibilités qu’offre la technique en matière de détournement des images et vidéos n’est-elle qu’une mode inventée par les cyniques postmodernes pour se faire frémir artificiellement ?
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Cet encombrant clivage gauche-droite

Hémicycle de l'Assemblée nationale
© Assemblée nationale

Que faire de ce machin qui nous semble si suranné ? La gauche, la droite… tout cela dit-il encore quoi que ce soit de notre monde ? La Guerre froide est officiellement terminée – depuis plus de trente ans déjà ! – et, avec elle, aurait cessé l’affrontement des deux blocs idéologiques… qui n’ont d’ailleurs jamais été vraiment monolithiques puisque, même à l’époque, toute la gauche ne vénérait pas les soviets et toute la droite ne se réfugiait pas sous le parapluie protecteur des États-Unis. Aujourd’hui, les couleurs de l’éventail arc-en-ciel paraissent bien fanées par les fausses alternances de partis autoproclamés « de gauche » ou « de droite » mais dont l’exercice du pouvoir et les politiques menées ne varient guère. Alors : le paysage politique doit-il encore se réduire à un alignement sur un axe horizontal allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, parcouru par des illusions de frontières ?


Sommaire :
Une manière de se situer
« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »
L’éclatement du politique
Dans la tenaille idéologique
Faut-il sauver le clivage gauche-droite ?


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Les réseaux sociaux, les GAFAM et la démocratie

Prométhée par Theodoor RomboutsDonald Trump a été banni de Twitter – ses comptes ont été également supprimés d’autres réseaux sociaux et plateformes en ligne. L’entreprise à l’oiseau bleu a osé interdire l’accès à ses services à un futur-ancien-président-des-États-Unis. Avec lui, quelques dizaines de milliers de ses partisans ne pourront plus gazouiller ni accéder à certains services en lignes comme Airbnb. Ces conséquences de la « prise du Capitole » du 6 janvier 2021 semblent prendre des proportions presque plus importantes encore que l’événement lui-même. On se déchire sur les plateaux télé, les stations de radio et – surtout ! – lesdits réseaux sociaux. Les gros mots sont de sortie : « (ir)responsabilité », « justice », « dictature », « démocratie en danger »… on s’émeut, ça fait le buzz. Avant de vite passer à autre chose. Lire la suite…

Discours (imaginaire) à la nation (2021)

Elysée

Il y a cinq ans et une semaine, j’imaginais un discours que pourrait prononcer le président d’alors pour son allocution du 31 décembre 2015. Un quinquennat plus tard, je m’amuse à offrir à son successeur un nouveau texte.

Allez Manu, profites-en, c’est cadeau !

(Quoi ? c’est le moment de croire au Père Noël, non ?)

***

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

Nous achevons une année lourde de grandes douleurs et d’une indicible tristesse mais les maux que nous avons connus sont encore loin d’être derrière nous. Lire la suite…

La démagogie a de l’avenir

Tout débute toujours à l’école. Aujourd’hui, tout s’y achève aussi, comme on achève dans les films un vieux compagnon blessé : des larmes dans les yeux et une balle dans la tête. L’idéal émancipateur des Lumières, incarné dans une école dévouée à l’instruction de citoyens en devenir, expire dans les remugles de la démagogie crasse. « Chez l’enfant, il n’y a d’éternité qu’en puissance » (Kierkegaard). Puissance interdite de se réaliser par les excès d’une « bienveillance » étouffoir. Au nom de bons sentiments et d’une autoproclamée éthique de la compassion qui ne puise en réalité qu’au ressentiment des adultes, l’école abandonne son domaine – celui de la transmission des savoirs et de la fréquentation des classiques en toutes disciplines, destinées à structurer l’enfant et à l’intégrer au monde commun.
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Heure d’été : un affligeant divertissement

Je ne commente ici l’actualité chaude que lorsque l’événement me semble exemplaire de quelque chose de plus profond que la superficialité du buzz médiatique ou de l’émotion aveugle. La fin prochaine du changement d’heure, à ce titre, ne relève pas de l’anecdote horlogère mais de la caricature. Bien entendu, en finir avec cette stupidité sans nom est une perspective réjouissante. Mais de quelle manière se réalise-t-elle et avec quelles conséquences ! Ce qui se joue ici n’est que la convergence entre une inculture scientifique généralisée, une sinistre parodie du débat et de la décision démocratiques, et l’arrogance de l’individu contemporain seulement orienté par la recherche de son petit confort immédiat.
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Malaise dans la représentation : 6. Pouvoir

Où se trouve le pouvoir politique ? ou plutôt : comment celui-ci se distribue-t-il vraiment entre les trois « pouvoirs » classiques que l’on apprend dès l’école – le législatif, l’exécutif et le judiciaire – et quelles relations ont-ils entre eux ? Le cliché éculé de la séparation des pouvoirs comme fondement de notre démocratie ne résiste pas longtemps à l’examen de l’actualité… d’autant qu’à trop se rengorger de ce concept – comme tant d’autres depuis longtemps vidés de leur substance, hélas ! –, on ne sait même plus ce qu’il signifie.
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Malaise dans la représentation : 5. Élection

Parce que la forme contemporaine de démocratie représentative repose sur l’élection régulière et ritualisée de représentants par les citoyens, le vote tend à s’imposer dans l’imaginaire comme synonyme de démocratie. Or, on ne le répètera jamais assez : la démocratie n’est pas réductible au seul rituel du vote pour des représentants et, réciproquement, l’élection n’appartient pas par essence au seul domaine de la démocratie. Si leur intersection est non-vide, chacun des deux concepts excède ce qu’ils ont en commun et confondre les deux, par malice ou paresse, demeure une faute intellectuelle autant que politique [1].
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Malaise dans la représentation : 4. Engagement

Il y a un peu plus d’un an, alors que le sujet n’était pas encore à la mode, je publiai trois billets consacrés aux errements contemporains de la démocratie représentative, en examinant les notions de compétence, d’identité et de morale. Comme au cinéma, j’ai décidé de prolonger l’histoire avec une nouvelle trilogie. Soyons clair avant d’être repris par des complotistes bas du front : pas question ici de surfer sur la vague de l’actualité et de dézinguer gratuitement la démocratie représentative en tant que telle, au nom de l’illusoire retour à la pureté d’une démocratie directe fantasmée ; mais bien plutôt de pointer les travers actuels de ce système et d’observer comment il est dévoyé, tant par les représentants que par les représentés, afin de légitimer la confiscation du politique par une oligarchie. On commence donc avec cette idée paradoxale pour la démocratie représentative : l’engagement.
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