Moraline à doses mortelles

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Couvrez ce sein, que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

Molière, Le Tartuffe ou L’imposteur, Acte III, Scène 2

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J’ai toujours préféré les moralistes aux moralisateurs.

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Nous devons tant à Machiavel. Loin de la vulgate qui en fait un manipulateur cynique et l’alibi de tous les despotes, le penseur florentin, que ce soit dans son Prince ou dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, occupe toute son intelligence, et la finesse de sa plume, à analyser les mœurs politiques – et à défendre l’humanisme civique en lisant les institutions de la Rome antique avec l’œil du républicain de la Renaissance. Parmi ses précieux apports à la pensée, il affranchit le politique de la morale. Lire la suite…

Raconte-moi une histoire !

Gustave doré - La lecture des contes en famille
Gustave doré, La lecture des contes en famille
© Bibliothèque nationale de France

En politique, il est toujours question de (se) raconter des histoires. Au sens péjoratif, bien sûr, comme autant de mensonges manipulatoires et démagogiques. Au sens enfantin, aussi, comme ces tendres instants qui endorment le corps pour mieux éveiller l’imaginaire. Au sens édifiant, enfin, comme ces narrations qui soudent l’individu au groupe politique et lui offrent une place dans une tradition dont il hérite et qu’il a la charge de transmettre.
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La gauche coucou

Le sommeil de la raison engendre des monstres (1799), Goya

De « coucou », le Littré donne neuf définitions, parmi lesquelles :

1. Oiseau du genre des pies qui dépose ses œufs dans le nid des autres oiseaux. Le coucou est un oiseau voyageur.
L’oiseau nommé coucou des Canaries répétait son chant monotone. CHATEAUB. Voy. Amér. 340
4. Terme de jardinage
Fraisier qui fleurit beaucoup, mais ne fructifie pas.
9. Synonyme mitigé de cocu.

Ces trois-là particulièrement m’évoquent certaine idéologie qui prétend s’installer dans le nid de la gauche, pérore beaucoup mais ne « fructifie » guère, et cocufie le peuple.
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Cet encombrant clivage gauche-droite

Hémicycle de l'Assemblée nationale
© Assemblée nationale

Que faire de ce machin qui nous semble si suranné ? La gauche, la droite… tout cela dit-il encore quoi que ce soit de notre monde ? La Guerre froide est officiellement terminée – depuis plus de trente ans déjà ! – et, avec elle, aurait cessé l’affrontement des deux blocs idéologiques… qui n’ont d’ailleurs jamais été vraiment monolithiques puisque, même à l’époque, toute la gauche ne vénérait pas les soviets et toute la droite ne se réfugiait pas sous le parapluie protecteur des États-Unis. Aujourd’hui, les couleurs de l’éventail arc-en-ciel paraissent bien fanées par les fausses alternances de partis autoproclamés « de gauche » ou « de droite » mais dont l’exercice du pouvoir et les politiques menées ne varient guère. Alors : le paysage politique doit-il encore se réduire à un alignement sur un axe horizontal allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, parcouru par des illusions de frontières ?


Sommaire :
Une manière de se situer
« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »
L’éclatement du politique
Dans la tenaille idéologique
Faut-il sauver le clivage gauche-droite ?


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Les enfants de Torquemada

Tribunal de l'Inquisition (Goya)
Tribunal de l’Inquisition, Francisco de Goya (1812-1819)

Autoproclamés représentants de minorités supposément opprimées, néoféministes intersectionnels, porte-étendards de conceptions très particulières de la justice, fanatiques « éveillés » (« woke » dans la langue originelle de ce produit d’importation) aux discriminations réelles ou imaginaires… médias et réseaux dits sociaux vivent au rythme de leurs oukases et fatwas. Les Fouquier-Tinville de bac à sable ne supportent aucune restriction à leurs caprices, aucun frein à leurs libertés – quoiqu’ils n’aient pas la moindre idée de ce que signifie ce mot. Ils hurlent à la dictature et au complot contre la jeunesse lorsque des mesures prophylactiques sont adoptées pour protéger la population. Ils combattent la grammaire et censurent la culture au nom d’un féminisme dévoyé et d’un « antiracisme » racialiste. Ils brisent des enseignants et mettent des vies en danger pour complaire aux pires archaïsmes religieux. Tous les prétextes sont bons pour lancer des campagnes dans lesquelles les revendications, pleurnicheries et mises au pilori se mélangent dans un tourbillon de violence et de haine.


Sommaire :
La justice victime du déballage médiatique
Une crise d’adolescence collective
Un puritanisme étouffant


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Déconstruction : la destruction du commun

Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines
Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines, Hubert Robert (1796)

Ce billet a été publié la première fois le 24 février 2021 sur le blog On Vous Voit, dont je remercie toute l’équipe pour la confiance qu’elle m’a témoignée.

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Tels sont surtout les comédiens, les musiciens, les orateurs et les poètes.
Moins ils ont de talent, plus ils ont d’orgueil, de vanité, d’arrogance.
Tous ces fous trouvent cependant d’autres fous qui les applaudissent.
Érasme, L’Éloge de la folie (1508)

Si la « déconstruction », comme concept ou méthode, vient de Heidegger, elle a été récupérée et développée en France par Derrida, puis a déménagé aux États-Unis avec les adeptes de la brumeuse « French theory », avant de revenir en France comme un boomerang. Elle a perdu à chaque étape tant de sens et de rigueur qu’elle apparaît aujourd’hui comme un salmigondis idéologique que ne reconnaîtrait sûrement pas Heidegger (ni peut-être même Derrida, c’est pour dire !). On est très loin de l’ambition initiale d’émancipation : que, par l’usage de la critique, l’homme ne soit plus la dupe de son propre langage ni de ses catégories conceptuelles [1].
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Les crises de l’université

[Place_de_la]_Sorbonne_Paris_[...]Nicolle_Victor_btv1b10302882d_1L’Université française va mal. L’enseignement supérieur et la recherche souffrent terriblement. Les polémiques actuelles en sont symptomatiques.
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L’universalisme n’est pas une idéologie comme les autres

déclaration dh 1789Aussi bien selon ses détracteurs que certains de ses défenseurs (qui, hélas, lui font peut-être plus de mal encore que tous ses adversaires réunis), l’universalisme devrait être assumé comme une identité, une culture, une idéologie, une vision du monde (occidentales) comme les autres, ni plus ni moins légitime que ses concurrentes. C’est une erreur ou un mensonge [1].


Sommaire :
Le relativisme comme lâcheté
Universalisme et idéologies
Universalisme et cultures
Universalisme et laïcité


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L’écriture excluante

Les membres de l'Académie venant offrir au Roi le Dictionnaire de l'Académie
Les membres de l’Académie venant offrir au Roi le Dictionnaire de l’Académie (1694) / La preuve du complot !

L’écriture dite « inclusive », sous toutes ses formes – féminisation anarchique des titres et professions, épuration de la langue de toutes ses scories misogynes fantasmées, invention délirante de nouveaux termes aussi laids qu’inutiles, destruction des mots et de l’étymologie par le point médian, etc. –, multiplie les exemples de manipulations de la langue à la diagonale de l’inculture et de l’idéologie [1].


Sommaire :
Précieux ridicules
Scientifiques en carton
Idéologues militants
Violents manipulateurs
Tartuffes du féminisme
Destructeurs du monde commun


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Mascarades de la pureté

Portrait de Friedrich Nietzsche, par Edward Munch
Portrait de Friedrich Nietzsche, par Edward Munch

« Les gauchistes sentent le curé froid ! » : non seulement François Cavanna, fondateur de Charlie Hebdo, avait trouvé une formule géniale mais, surtout, il n’aurait pas imaginé à quel point elle serait plus pertinente encore à mesure que les idéologues de la pureté gagneraient en puissance et tenteraient d’imposer leur vision du monde au reste de la population. Et avec quel sinistre esprit de sérieux ! – incapables d’humour ni de légèreté, ils ne tournent vers le monde que le méchant rictus dont ne peut se départir celui persuadé de son infinie bonté. Lire la suite…