De la triche

Les Tricheurs, Valentin de Boulogne (1620)

Dans un monde où le trucage et les fausses valeurs triomphent partout, la seule certitude qui nous reste est celle des chefs-d’œuvre.
Romain Gary

Tous ventriloques, imposteurs, faux-monnayeurs, nous nous jouons du réel et le transformons en une vaste mascarade. Le remords est devenu étranger, de signer ce qu’on n’a pas produit soi-même. Le plagiat, grand invariant historique de l’homme incapable d’imagination, s’est enrichi d’une nouvelle dimension – la délégation à la machine de ce précieux privilège : le soin de créer. Alors que la machine devrait nous délivrer des autres tâches pour que nous nous consacrions entièrement à l’intelligence et à la création, c’est précisément ce qui est censé nous caractériser en tant qu’êtres humains, ce qui nous élève à la dignité d’homme, ce qui procure un instant de grandeur à nos existences, que nous lui cédons volontairement. Ce renoncement de l’homme à son humanité par l’abandon de soi à une paresse inouïe marque le franchissement d’un nouveau seuil dans la culture de l’avachissement. Le « syndrome de l’imposteur », très à la mode, trouve une réciproque ironique dans cette reddition délibérée à la contrefaçon, dans le soulagement de l’intelligence par les béquilles technologiques.

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L’Abandon

J’ai vu le film L’Abandon, de Vincent Garenq.

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Permis de tuer

Les corps des frères de Witt, Jan de Baen (1672-1675)

Aux États-Unis, l’assassinat de Charlie Kirk. En France, le meurtre de Quentin Deranque. Deux militants aux idées contestables (comme le sont toutes les idées dès qu’elles descendent parmi les hommes), tués dans des conditions différentes. Mais dont les morts ont suscité des réactions similaires – surtout : les mêmes justifications. Parce que leurs idées déplaisaient à certains, alors il devenait licite de s’en prendre à eux physiquement, jusqu’à l’élimination. Dont acte.

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Une nouvelle ère puritaine

American Gothic, Grant Wood (1930)

Écr.l’inf.

Les rabat-joie et les tristes sires, les petits Torquemada et les grands inquisiteurs, les puceaux de bénitier et les barbus façon balai à chiotte, les coincés du cul et les peine-à-jouir, les donneurs de leçon et les père-la-moraline, les philistins et les philodoxes… quelles que soient leurs obédiences, leurs religions, leurs doctrines et leurs névroses, ils peuvent tous se réjouir : ils sont les maîtres de notre temps, les grands ordonnateurs de la morale de l’époque, les procureurs des bonnes mœurs et les bourreaux de toutes les déviances. L’esprit de pesanteur règne sur notre société qui, d’ennui, se laisse séduire par les puritanismes les plus cons. Ça pue le curé froid !

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Dépolitisation, piège à cons ?

Ah ! quel plaisir d’être électeur !, Honoré Daumier

On se plaint à chaque nouvelle élection, on se lamente devant les chiffres de l’abstention ; de tous les côtés, on geint, on gémit, on surjoue les pleureuses en jurant que le « premier parti de France », qui ne cesse de croître, va maintenant refluer, sera désormais la préoccupation principale, enfin la cible de toutes les attentions, promis-juré-craché-croix-de-bois, on vous a entendus, Français qui vous abstenez, qui votez avec les pieds, qui préférez aller à la pêche qu’aux urnes, si si, même qu’on a vraiment saisi votre message, jusque-là, on était un peu dur de la feuille, on n’était pas sûr d’avoir bien tout interprété comme il fallait… mais cette fois, c’est pas pareil, ça y est vraiment, on a compris.

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L’hypocrisie intersectionnelle

Les Hypocrites, Gustave Doré

Fin décembre dernier, le député du Val d’Oise Carlos Martens Bilongo abandonne tout surmoi et livre, avec une franchise formidable, le fond de sa « pensée » raciste et misogyne dans un média communautaire.
Sa collègue à l’Assemblée, la députée de Paris Sarah Legrain, lui propose sur les réseaux sociaux de « l’aider à se déconstruire » pour se débarrasser de sa misogynie (parce que le racisme, on s’en fout, n’est-ce pas ?).
Immédiatement, c’est l’hallali : de quel droit cette femme blanche ose-t-elle reprendre un homme noir ? Accusée de reproduire ainsi les pires schémas colonialistes, traitée de « fémonationaliste » (on y reviendra dans un instant), l’odieuse bénéficiaire d’un « privilège blanc » (idem) est déchirée en public par une foule sentimentale de militants insoumis aussi obsédés par la race qu’une escouade du Ku Klux Klan à l’heure où mûrissent les fruits étranges. Quant à Bilongo, personne dans son camp n’exige de lui la moindre excuse… qu’il présentera pourtant dans un communiqué d’une hypocrisie exemplaire.
Bienvenue, cher lecteur, dans le monde merveilleux de l’intersectionnalité !

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Les (vrais) fascistes de notre temps

Guernica, Pablo Picasso (1937)

Ils ne pensent qu’à ça, ces obsédés ! « FACHOS ! », gueulent-ils à tout-va, du côté de la « gauche », de la « vraie gauche », de la pure, de la dure – même s’il faut reconnaître qu’ils ne sont pas les seuls, sur l’échiquier politique, à se servir de la reductio ad hitlerum comme seule « argumentation » pour discréditer l’autre. L’insulte politique la plus répandue, avec toutes ses variations, selon l’heure et l’humeur, se rapporte toujours à une forme de nostalgie perverse de l’expérience fasciste : « nazis », « bruit de bottes », « heures les plus sombres », « années 30 », etc. ad nauseam et tutti quanti. Lire la suite…

Immigration : le temps de la lucidité ?

Les Émigrants, Honoré Daumier (1857)

S’il est un sujet saturé d’affect et d’idéologie alors qu’il devrait être traité avec la plus grande rigueur et pour seules boussoles la raison et nos principes républicains, c’est bien l’immigration. Instrumentalisée, manipulée au service d’intérêts particuliers et d’ambitions politiques personnelles, la question de l’immigration nous renvoie au visage la vanité et la médiocrité de notre classe politique, incapable de s’en saisir sérieusement, et creuse les fractures béantes au sein de notre nation. Pourrait-on, enfin, montrer un minimum de lucidité et la traiter à la hauteur des enjeux politiques, culturels, économiques et sociaux qu’elle charrie ?

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Another one bites the dust

Et un autre mord la poussière : Bayrou Premier ministre, c’est fini. Je ne me fais guère de souci pour lui : aussi écorché soit-il, l’animal politique saura panser ses plaies et retrouver à Pau ou ailleurs de quoi poursuivre sa vie politique. Comme son prédécesseur Barnier ; comme tant d’autres. Et pendant ce temps, nous continuons de nous enfoncer, toujours plus profond.

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Nostra maxima culpa

Procession de flagellants au XIVe siècle, Pierre Grivolas (1867)

Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Envole-moi au ciel… zoum !
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Moi j’aim’ l’amour qui fait boum !

Boris Vian, Fais-Moi Mal Johnny

Il flotte dans l’air comme un parfum de sadomasochisme assez nauséabond.
(Non que je juge ces comportements individuels condamnables en eux-mêmes : je me fiche bien de ce qui se passe derrière la porte de la chambre à coucher, de la cuisine ou du donjon, tant que ce qui s’y déroule n’implique que des adultes consentants – qu’ils se fassent du bien à se faire mal : pourquoi pas, on trouve les raffinements de la volupté comme et là où on peut.)
Il ne s’agit pas ici de cuir ni de martinet mais plutôt de la transcription homothétique de ces pratiques érotiques dans le domaine politique avec la tendance malsaine aux manipulations idéologiques et aux plaisirs pervers de la repentance à tout crin, de l’autoflagellation publique, de la confession de crimes imaginaires, dont notre époque, notre société et nos politiques débordent ad nauseam.
Fais-moi mal, Johnny !

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