Passe sanitaire : les vertiges de la déraison

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Louis Pasteur, par Albert Edelfelt (1885)

Ce billet est doublement exceptionnel. D’abord, il interrompt la série estivale des « lectures de Cinci » que vous retrouverez lundi prochain avec (encore) un bouquin formidable à lire à tout prix. Ensuite, il traite d’un sujet de l’actualité brûlante (en cet été pourri, il n’y a bien que cela pour nous réchauffer), alors que, normalement, je préfère laisser l’écume aux réseaux dits sociaux. Ces histoires de passe sanitaire prennent néanmoins un tour si inquiétant que je m’essaie à donner, à mon tour, mon avis sur le sujet [1].
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Un « spoils system » à la française ?

In memoriam – our civil service as it was
In memoriam – our civil service as it was / Thomas Nast, Harper’s weekly, 1877 April 28

De Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron, en passant par Arnaud Montebourg, les politiques sont nombreux à vouloir nettoyer la haute fonction publique pour façonner l’administration à leur main. Sarkozy l’a fait tout en pleurnichant qu’il ne pouvait pas le faire ; Montebourg a été traumatisé par son passage à Bercy et, depuis, ne rêve que de se venger des énarques qui ont torpillé ses réformes ; Macron est allé plus loin que tout ce que les autres osent à peine imaginer et considère encore que ce n’est pas assez. Des petites étoiles dans les yeux, tous regardent en direction des États-Unis et ce qui s’appelle là-bas le « spoils system ».
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Discours (imaginaire) à la nation (2021)

Elysée

Il y a cinq ans et une semaine, j’imaginais un discours que pourrait prononcer le président d’alors pour son allocution du 31 décembre 2015. Un quinquennat plus tard, je m’amuse à offrir à son successeur un nouveau texte.

Allez Manu, profites-en, c’est cadeau !

(Quoi ? c’est le moment de croire au Père Noël, non ?)

***

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

Nous achevons une année lourde de grandes douleurs et d’une indicible tristesse mais les maux que nous avons connus sont encore loin d’être derrière nous. Lire la suite…

Ils ne pensent qu’à ça !

Ils me fatiguent. Ils ne pensent vraiment qu’à ça. Ça : la présidentielle, l’Élysée, bien sûr ! En pleine crise sanitaire, alors que les hôpitaux craquent et que les gens meurent, ils plastronnent et commencent à jouer des coups de billard à quatorze bandes pour griller leurs adversaires putatifs. L’intérêt général ? peu leur importe, seuls comptent les leurs, d’intérêts bien calculés. Les médias, complices de ce théâtre des vanités, s’en régalent, tirant comme toujours des plans sur la comète qui se révèleront aussi faux que les prédictions de leurs drogues sondagières. On s’en fout, ça fait vendre, coco ! À la même époque il y a cinq ans, ils n’avaient pas encore misé sur Emmanuel Macron et affirmaient haut et fort qu’Alain Juppé serait triomphalement élu… ce en quoi, finalement, ils ne se sont pas tant trompés que cela, la politique appliquée étant peu ou prou celle qu’aurait menée n’importe quel candidat LR. Quoi qu’il en soit, tout ce petit monde a décidé qu’à encore un an et demi de l’échéance, la campagne était déjà lancée. Au secours ! Lire la suite…

Qu’est-ce que LREM ?

Officiellement, le parti du Président de la République [1] est censé se trouver au milieu de l’axe gauche-droite – donc : au centre ! C’est en tout cas qu’on nous martèle depuis le début de cette histoire, pardon, de cette aventure. Peu importe que l’adoubement, pendant la campagne présidentielle de 2017, par Bayrou du candidat Macron ressemblât plutôt à un renoncement tragique, le Béarnais embrassant subitement tout ce qu’il avait combattu avec panache et justesse dix ans avant sous les traits de Nicolas Sarkozy. Peu importe puisque le Rastignac contemporain [2] recevait ainsi le flambeau des mains mêmes de celui qui incarnait le centre indépendant, voire le « centrisme révolutionnaire » [3], quand ce dernier y trouvait son compte en places et honneurs pour lui et ses favoris. Doit-on pour autant considérer LREM comme un parti « centriste » et la politique du pouvoir actuel comme l’application du « centrisme » ?
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Unité nationale : quelle escroquerie !

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« Le droit d’insulter les membres du gouvernement est inviolable. »
Georges Clemenceau, note adressée le 8 juin 1918 au Bureau de presse

En réponse à la crise sanitaire gravissime que nous subissons, le Président de la République appelle à « l’unité nationale ». Étrange rhétorique de la part de celui qui, en bon disciple de Sarkozy, a dressé les Français les uns contre les autres et dont la responsabilité est majeure dans la débandade actuelle.
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Pot-pourri chaotique de questions naïves en période de confinement

Il y a un mois, c’était pas « juste une grippette » qui, de toute façon, n’arriverait jamais en France ?

Plutôt que la promesse de la légion d’honneur pour le personnel hospitalier, pourquoi ne pas lui accorder ce qu’il demande : des salaires décents, un équipement digne d’un pays développé et une gestion humaine ayant pour objectif l’intérêt général et non la productivité ?

Le télétravail avec enfant peut-il devenir une discipline olympique ? Lire la suite…

Ma première grève

Pour la première fois, jeudi 9 janvier 2020, j’ai fait grève. Non que l’envie m’en ait manqué auparavant, ayant eu moult occasions et bonnes raisons de participer à d’autre mouvements de protestation contre des mesures gouvernementales iniques ou pour manifester une colère civique à l’encontre d’évolutions qui me semblaient néfastes. Trois raisons m’ont conduit à débuter ainsi l’année, trois écœurements qui ont justifié ce geste symbolique : la réforme des retraites, la destruction des services publics et la politique menée par le pouvoir actuel.
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Macron : Sarko 2.0 ?

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Crédit : Ludovic MARIN / AFP

Oh ! Tout n’a pas débuté avec Sarkozy.
Non : ce serait lui faire trop d’honneur que d’en faire le premier de quoi que ce soit. Lire la suite…

Noires violences

Il y a un peu plus d’un mois, je soulignais ici la justesse de la colère des « gilets jaunes » (Colère jaune). En effet, la colère, lorsqu’elle est synonyme de révolte, a toute sa place parmi les sentiments politiques : comme le montre magistralement Camus, dans son continuum de la révolte métaphysique contre l’absurde à la révolte politique contre l’injustice, elle exprime une affirmation, un franc OUI – et forme un puissant moteur de l’action. Tout notre imaginaire collectif, imprégné des récits romanesques de nos révolutions, lie intrinsèquement l’engagement politique à la noble colère envers l’insupportable, le révoltant, le scandaleux, l’obscène.
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