Liberté des uns, contrôle des autres

Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare, Eugène Delacroix (1839)

Il y a, dans l’idéologie néolibérale [1] et, plus encore, dans sa manière de s’appliquer, un paradoxe apparent : d’un côté, une défense lyrique de la liberté (malgré une définition discutable), en particulier individuelle et économique ; de l’autre, une volonté de contrôle dont l’intensité et le périmètre ne cessent de s’accroître. N’y voir qu’une contradiction ou une hypocrisie ferait passer à côté de l’essentiel.

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Il n’y a pas de sot métier ?

Quelle modernité formidable qui, pour résoudre la crise du chômage de masse, certes sans grand succès jusqu’ici, a décidé d’inventer chaque jour de nouveaux métiers shadokiens ! L’anthropologue David Graeber l’a théorisé avec l’expression « bullshit jobs », d’autres ont étendu et approfondi le concept, mais l’idée est évidente à quiconque observe avec un tant soit peu d’honnêteté le monde du travail. Celui-ci est métastasé par des boulots socialement inutiles, voire nuisibles, souvent payés une misère tout juste suffisante pour survivre – ou parfois, au contraire, une fortune scandaleusement imméritée. Et pendant ce temps, les vrais métiers peinent à trouver des volontaires, sont méprisés et sous-payés. Une époque formidable, vous dis-je [1] !

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Nous aurons froid cet hiver…

Maison de thé à Koishikawa, le matin après une chute de neige, Katsushika Hokusai (v. 1830)

Le prix de l’énergie explose, nous devons donc baisser le chauffage à 19°C – voilà la solution du gouvernement français pour résoudre la grave crise à la fois énergétique et économique qui nous tombe dessus. « C’est un peu court, jeune homme ! », rétorquerait Cyrano. En effet, rien de ce qui nous arrive ici ne résonne comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Bien au contraire ! Toutes les politiques énergétiques depuis trente ans tendaient vers cette crise ; la guerre en Ukraine n’a servi que d’étincelle au milieu d’un entrepôt savamment chargé de poudre.

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Au boulot !

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Travailleurs de retour à la maison, Edvard Munch (1913-1914)

On se bouge, bande de feignasses ! Il y en a marre de cette mentalité capitularde d’enfants gâtés, incapables de bosser cinq minutes sans venir pleurnicher que c’est trop dur gna gna gna, que le chef est méchant gna gna gna, qu’ils ont besoin de faire une pause pour poster une photo d’eux sur instagram gna gna gna… Cette démocratie décadente encourage la paresse sur fond de boursouflure égotique. Les Chinois, par exemple, c’est clairement pas des bras cassés, eux. Et c’est pour ça qu’ils conquièrent le monde.
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Et maintenant ?

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Photos : AFP

La campagne

La campagne pour le premier tour fut spectrale. Exclusivement animée par les outsiders, les deux principaux candidats ont délibérément choisi de la snober en refusant le débat afin de verrouiller leur « qualification » [1] pour le second tour. Dans un parfait numéro de duettistes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont confisqué l’élection. L’espace public n’a bruit que de polémiques médiocres et de buzz infantile.
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Éric Zemmour : les synthèses impossibles

(Farce tragique en trois actes)

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Photo : Joel Saget/AFP

Éric Zemmour est peut-être, dans cette élection, le plus intéressant des candidats – non par l’éventuelle proximité entre lui et moi que certains se plaisent à imaginer (ce billet risque de les décevoir et j’ai déjà dit, la semaine dernière, ma préférence [1]) mais, de mon point de vue, pour ce qu’il fait et dit de la guerre idéologique à l’œuvre. Les trois idéaux-types des familles de pensée politique que j’observe et analyse ici depuis un petit moment [2] – républicanisme, néolibéralisme et identitarisme – me semblent toujours une grille d’analyse pertinente… d’autant plus en ce qui concerne celui qui voudrait en incarner la synthèse impossible.
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Fractures sociales ; fractures territoriales

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Le thème de la « fracture sociale » fut soufflé à Jacques Chirac pour la campagne de 1995 par le visionnaire Philippe Séguin. Presque trente ans plus tard, le regretté gaulliste social et ardent défenseur de la souveraineté nationale au destin contrarié [1] aurait sans doute bien des choses à nous dire. La question, difficile à l’époque, semble être devenue insoluble, tant elle subsume, aujourd’hui, un nombre vertigineux d’autres tensions dans la société française. À la fracture sociale, sans doute à mettre elle-même au pluriel, s’ajoutent des fractures économiques, culturelles, identitaires, territoriales, générationnelles, idéologiques… qui, sans se superposer tout à fait, s’aggravent mutuellement et concourent ensemble à accroître le ressentiment national.
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L’effondrement de l’instruction

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En classe, le travail des petits, Jean Geoffroy (1889)

L’école. Encore l’école. Comme si je n’avais pas déjà tout dit à ce sujet [1]. Eh bien non. Parce que, pour un républicain, l’école sera toujours la matrice de toute réflexion politique.
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Macron le laïque, tartuffe de la République

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Discours aux Bernardins, 9 avril 2018 – Crédits photo : Ludovic Marin/AFP

Macron en porte-étendard de la laïcité ? Que l’on me permette d’être sceptique… même si cette perspective n’est pas tout à fait inenvisageable : l’opportunisme du Président le rend capable de tout ! Non, d’ailleurs, qu’il soit dénué de convictions – ceux qui l’en accusent n’ont pas complètement raison – mais l’adepte du « en-même-temps » peut les sacrifier en apparences si cela lui permet d’atteindre des objectifs tactiques.
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Il n’y a pas d’alternative ? Vraiment ?

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Sommaire :
Dans les chaînes du paradoxe
Des mythes plus réels que le réel
La nécessité d’un contre-modèle


Dans les chaînes du paradoxe

Comme souvent, Jean-Claude Michéa voit juste : Lire la suite…