Le grand débarras

Ils ont tout cassé, tout détruit, tout saccagé, tout vendu à la découpe, tout bradé pour des places et du pognon : hôpital, école, université, services publics, justice, renseignement, industrie, nucléaire, PME, agriculture, chemin de fer, Poste, Sécu, retraites, modèle social, souveraineté, puissance et indépendance de la France, langue, culture, patrimoine, laïcité, etc. etc. ; tout ce que leurs prédécesseurs avaient patiemment construit, conquis, inventé et dont nous devions hériter avec l’impérieux devoir de préservation et d’enrichissement avant, à notre tour, de le léguer à nos successeurs.

Et maintenant, ils veulent en finir avec les derniers décombres, avec ces ruines qui ne témoignent que d’un immense gâchis ; achever le peu qui semble encore vaguement bouger.

Lire la suite…

Liberté des uns, contrôle des autres

Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare, Eugène Delacroix (1839)

Il y a, dans l’idéologie néolibérale [1] et, plus encore, dans sa manière de s’appliquer, un paradoxe apparent : d’un côté, une défense lyrique de la liberté (malgré une définition discutable), en particulier individuelle et économique ; de l’autre, une volonté de contrôle dont l’intensité et le périmètre ne cessent de s’accroître. N’y voir qu’une contradiction ou une hypocrisie ferait passer à côté de l’essentiel.

Lire la suite…

Ubu décentralisateur

Les départements français (1791) et les limites des anciennes provinces, par Vidal-Lablache

CONSTITUTION FRANÇAISE

ARTICLE PREMIER

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

Cornegidouille ! Quel dommage que, dans les faits, la dernière phrase du premier paragraphe annihile les deux premières ! Cela ne va pourtant pas de soi. On aurait pu imaginer une « organisation décentralisée » qui respectât, de la République, l’indivisibilité, la laïcité, etc. et, des citoyens, l’égalité. Hélas, telle n’est pas la solution choisie par nos dirigeants politiques. Loin de là.

Lire la suite…

Cinquante nuances de républicains

990px-22the_school_of_athens22_by_raffaello_sanzio_da_urbinoTroisième et dernier billet d’entomologie-très-scientifique-des-idéologies-contemporaines-et-de-leurs-représentants-idéaux-typiques : après les identitaires et les néolibéraux, il est temps de se pencher sur quelques spécimens de la famille républicaine.
Lire la suite…

Il n’y a pas d’alternative ? Vraiment ?

586px-gustave_courbet_-_le_dc3a9sespc3a9rc3a9_28184329


Sommaire :
Dans les chaînes du paradoxe
Des mythes plus réels que le réel
La nécessité d’un contre-modèle


Dans les chaînes du paradoxe

Comme souvent, Jean-Claude Michéa voit juste : Lire la suite…

Cinquante nuances de néolibéraux

9782344018545_pg2

Après avoir débuté mon travail d’entomologiste par une première expérience de description très-scientifique des nombreuses espèces d’identitaires, voici le tome 2 : l’abécédaire des néolibéraux !
Lire la suite…

La mort du bac, l’enterrement de l’école

1280px-gustave_courbet_-_a_burial_at_ornans_-_google_art_projectOn achève le bac comme on met à mort les chevaux dans les westerns : une larme à l’œil et une balle dans la tête. Le tout dans un silence incroyable. Alors que la fin du baccalauréat national devrait révolter tout le pays, faire descendre le peuple dans la rue pour protester contre ce crime envers l’avenir – rien : la réouverture des terrasses et le foot semblent importer bien plus que nos enfants. Dont acte. Lire la suite…

Généalogies de l’état civil – 3. Le citoyen névrosé selon Freud

Sigmund FreudLes théories classiques du contrat social soulignent l’artificialité de l’État formé par la volonté humaine afin d’assurer aux individus d’exercer leur liberté – qu’elle soit privée chez Locke ou « civile » chez Rousseau – en toute sécurité. Le contrat opère la sortie de l’homme de l’état de nature et cette mythologie explique l’origine de la société. Or Freud propose une mythologie concurrente avec, pour fondation du lien social, non plus un contrat librement consenti mais le premier « meurtre en réunion ». Ce qui m’intéresse en suivant les réflexions de Freud, c’est la construction de cette narration et la métaphysique qui l’accompagne, quoi que je pense par ailleurs de la psychanalyse clinique.


Sommaire
La horde originaire et le meurtre du père
La méthode d’exploration
La généalogie du social
L’individu face à l’État : névrose et modernité
Le recours au grand Autre
La répression des pulsions dans la modernité


Lire la suite…

Généalogies de l’état civil – 2. Le contrat social selon Hobbes, Locke et Rousseau

Hobbes Locke RousseauSi l’état de nature est toujours présenté comme une hypothèse dans laquelle les hommes vivent en-dehors de tout rapport civil, alors se pose la question : comment est-on passé de cet état à l’état civil que l’on connaît ? La théorie du contrat social apporte la réponse à ce problème. Pour ses premiers penseurs, elle est d’abord destinée à combattre et à remplacer la doctrine du droit divin dans laquelle le pouvoir politique prend son origine en Dieu. En établissant que le fondement de l’autorité se trouve non plus dans une transcendance mais dans la libre acceptation contractuelle des sujets d’obéir au souverain, la théorie du contrat social ouvre la voie à l’expression des libertés individuelles face au Prince, dorénavant soumis à des devoirs inscrits dans le pacte (et porte donc en elle le droit de résistance). Portant, la théorie du contrat social peut aussi servir de justification à l’absolutisme du souverain monarque (Hobbes), ou à la souveraineté populaire d’une République (Rousseau). Chaque auteur conçoit donc sa version, en variant les contractants et les termes du contrat, afin de légitimer ses propres vues sur la nature et l’étendue du pouvoir politique.


Sommaire
Jurisconsultes du droit naturel : le pacte de soumission
Hobbes : le contrat social au service de l’absolutisme
Locke : liberté individuelle et droit de résistance
Rousseau : la souveraineté des citoyens
– Le contrat social
– La liberté civile
– La volonté générale


Lire la suite…

Généalogies de l’état civil – 1. L’état de nature selon Hobbes, Locke et Rousseau

Hobbes Locke RousseauJe m’éloigne quelques semaines de l’écume de l’actualité pour me ressourcer aux œuvres de ces classiques dont les pensées peuvent éclairer nos réflexions. Les théories de l’état de nature et du contrat social occupent une place centrale dans la pensée politique moderne. Quoiqu’elles semblent passées de mode, elles continuent pourtant d’irriguer, de manière presque subliminale, toutes nos conceptions contradictoires et conflictuelles de l’État, de la souveraineté, de la démocratie, de la république, de la citoyenneté… Il ne s’agit donc en rien d’objets surannés, de ratiocinations de philosophes d’un autre âge qui, pris dans les affaires de leur temps, n’auraient plus rien à nous dire. Au contraire ! Si ces systèmes philosophiques répondaient alors à des considérations très concrètes auxquelles devaient faire face leurs auteurs, ceux-ci ont eu l’intelligence de s’en abstraire pour forger des concepts universels qui nous parviennent avec une puissance inchangée. Voilà une raison de plus pour s’y intéresser, si le simple bonheur de côtoyer des géants de la pensée ne suffisait pas à convaincre de l’intérêt de se frotter à ces textes [1].


Sommaire :
Introduction
Des mythes politiques
Hobbes et Locke : la guerre et la paix
L’homme naturel chez Rousseau : un « animal stupide et borné »
L’évolution de l’état de nature chez Rousseau : vers le contrat social


Lire la suite…