Nos enfants sauvages

L’Émeute, Honoré Daumier (après 1848)

Même s’il faut tout d’abord rappeler qu’une minorité de lycées sont bloqués et qu’une minorité de lycéens sont dans la rue, le mouvement qui agite la France à partir des protestations et revendications de ces lycéens marque l’échec cuisant des deux quinquennats d’Emmanuel Macron en matière d’éducation. Cette présidence catastrophique, dont la fin s’éternise, représente l’apothéose de quarante ans de politiques destructrices de notre institution la plus fondamentale, la plus importante et, avec elle, de notre avenir. Et au milieu des ruines de notre école, à la lumière des poubelles qui brûlent, s’ébattent joyeusement tous les charognards de la République.

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De la triche

Les Tricheurs, Valentin de Boulogne (1620)

Dans un monde où le trucage et les fausses valeurs triomphent partout, la seule certitude qui nous reste est celle des chefs-d’œuvre.
Romain Gary

Tous ventriloques, imposteurs, faux-monnayeurs, nous nous jouons du réel et le transformons en une vaste mascarade. Le remords est devenu étranger, de signer ce qu’on n’a pas produit soi-même. Le plagiat, grand invariant historique de l’homme incapable d’imagination, s’est enrichi d’une nouvelle dimension – la délégation à la machine de ce précieux privilège : le soin de créer. Alors que la machine devrait nous délivrer des autres tâches pour que nous nous consacrions entièrement à l’intelligence et à la création, c’est précisément ce qui est censé nous caractériser en tant qu’êtres humains, ce qui nous élève à la dignité d’homme, ce qui procure un instant de grandeur à nos existences, que nous lui cédons volontairement. Ce renoncement de l’homme à son humanité par l’abandon de soi à une paresse inouïe marque le franchissement d’un nouveau seuil dans la culture de l’avachissement. Le « syndrome de l’imposteur », très à la mode, trouve une réciproque ironique dans cette reddition délibérée à la contrefaçon, dans le soulagement de l’intelligence par les béquilles technologiques.

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Des tricheurs…

Le Tricheur à l’as de carreau, Georges de La Tour (1635)

Maître de l’hypocrisie, Prince de l’arnaque, Roi de la triche : mes masques sont autant de secondes peaux.

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Esthétique de la basket

Trois paires de chaussures, Vincent van Gogh (1886)

De toutes les tailles, de toutes les formes (ou presque), de toutes les couleurs (surtout les plus criardes), de toutes les marques (très au-delà du seul secteur du sport, et jusqu’aux grandes maisons de luxe qui s’y sont mises il y a déjà bien longtemps, flairant la mode qui ne se démodera plus…), pour tous les âges et pour tous les goûts (surtout les plus mauvais) : la basket (par facilité, et au risque de me faire crucifier par les puristes, j’engloberai sous ce terme toutes les déclinaisons : basket, tennis, etc., et, une fois n’est pas coutume, on ne pourra pas me reprocher de n’être pas inclusif !), qui est à la chaussure ce que McDo est à la gastronomie, ce que l’art contemporain est à l’art, ce que la prostitution est à l’amour ou ce que LFI est à la démocratie (libre à chacun de choisir l’analogie qui lui parle le plus), occupe des murs entiers dans les magasins de sport, s’incruste dans toutes les boutiques de fringues, prend une place folle dans nos placards, garde-robes et autres dressings, et semble imposer sa tyrannie sur nos pieds, reléguant mocassins et escarpins, derbies et richelieus, brodequins et godillots, ballerines et bottines dans les limbes enténébrés de la tatane.

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Iran : la libération d’un peuple

Je n’aime pas traiter ici de l’actualité la plus à vif – je préfère laisser la chouette de Minerve s’éveiller à la nuit tombée. Il y a pourtant des événements qui appellent le témoignage direct et la réflexion concentrée au présent de l’instant historique ; il faut alors les entourer des plus grandes précautions autant que de l’humilité la plus sincère. Ce qui s’est passé ce week-end en Iran exige d’être prudent… mais également d’assumer une forme d’engagement. Ce que nous vivons ces jours-ci sera probablement perçu par les historiens des prochaines générations comme l’équivalent de la chute du Mur de Berlin ou celle des tours jumelles : l’élimination (peut-être) de l’un des régimes les plus criminels au monde. Soyons donc lucides mais ne boudons pas notre plaisir, pour une fois, de vivre des temps intéressants. (J’ai écrit ce billet hier soir dans l’urgence et un train – je ne l’ai donc pas autant poli que ce que j’aurais voulu, que mes lecteurs ne m’en veuillent pas trop.)

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Du massacre des Iraniens et du sexe des anges (Asha Emen)

La Calomnie d’Apelle, Sandro Botticelli (vers 1495)

Derrière le pseudonyme d’Asha Emen, il y a une femme extraordinaire que j’ai la chance de compter parmi mes meilleurs amis. Iranienne par naissance, Française par passion, Asha, puisque je dois l’appeler ainsi pour la protéger et pour protéger les siens, Asha nous fait un cadeau inestimable : ce texte passionné et passionnant qui sonne comme un appel à la France, cette patrie qu’elle a choisie, un appel à comprendre ce qui se déroule en Iran, cette patrie qu’elle voit aujourd’hui essayer se libérer dans le sang, la douleur et la mort, du joug terrible qui l’écrase depuis 1979, en cherchant dans la réconciliation avec son passé la force de se construire un avenir. Pour saisir ce qui se passe dans l’une des plus anciennes et des plus riches civilisations du monde, pour les Iraniens qui meurent en ce moment même parce qu’ils se font une certaine idée de la liberté qui devrait résonner aux oreilles de notre nation comme un vieux chant bien connu et nous prendre aux tripes, il faut lire, relire et faire lire ce magnifique texte d’Asha.

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Des sacs de cadavres, des chiffres aberrants. Ils savent que ces assassins vont leur tirer dessus et ils y vont. Lire la suite…

Le blues du manager

Nighthawks, Edward Hopper (1942)

Remets-m’en un, Sam, ne laisse pas venir la sécheresse, j’veux pas la sentir. Pas maintenant. Pas ce soir. Pourquoi je fais la gueule ? Tu veux dire : aujourd’hui en particulier ? Bof. Peut-être parce qu’on a beau être misanthrope, il reste toujours un peu d’humanisme au fond de soi pour continuer de désespérer. Des mots… oui, des mots. Et alors ? Tu en veux encore, des mots ? Je vais t’en donner, moi, des mots. Assez pour faire des histoires. Mais attention : des mauvaises histoires, des petites, des banales, des un peu minables. Des histoires qu’on n’a pas envie de raconter. Ni d’entendre surtout. Des histoires qui ont honte d’être. Et pourtant.

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Ces « sentiments » d’insécurité

Anxiété, Edvard Munch (1894)

L’angoisse ; la peur, même. Tu les connais bien. Diffuses, comme une petite musique lancinante, elles ne te quittent jamais vraiment ; ou bien foudroyantes, elles te paralysent et te plongent dans une solitude vide qui ne te laisse même pas la possibilité de hurler…

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Émeutes urbaines : les bons, les brutes et les truands

Destin des Empires – La Destruction, Thomas Cole (1836)

Samedi 31 mai 2025, victoire d’un club de football, le Paris Saint-Germain, dans une quelconque compétition ploutocratique. Onze millionnaires incultes, payés pour jouer à la baballe par un pays ennemi de la France, qui finance les déstabilisations et attentats islamistes qui ont tué des centaines de Français ces dernières années, ont gagné. Grand bien leur fasse. Dans la foulée : comme tout le monde s’y attendait – et s’ils avaient perdu, ç’aurait été la même chose –, des hordes violentes ont déferlé sur les Champs-Élysées pour tout saccager sur leur passage, détruire du mobilier urbain, vandaliser des bâtiments publics et privés, incendier des voitures, piller des boutiques et, le plus amusant aux yeux de ces adeptes de l’adrénaline pour tromper l’ennui, affronter policiers et pompiers à coups de mortiers d’artifices. Il paraît que ça s’appelle « faire la fête ». Cette manière de « faire la fête » ressemble à s’y méprendre à celle que les mêmes emploient pour « protester contre l’injustice » ou pour « manifester leur colère ». Manque d’imagination ? Quel que soit le prétexte, depuis les émeutes de 2005, en passant par celles qui ont achevé le mouvement des Gilets jaunes ou celles de 2023, nous subissons régulièrement ces bouffées de violence. Au point de nous habituer ?

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Les exclus du monde

À la porte de l’éternité, Vincent van Gogh (1890)

Vous qui êtes trop vieux pour « sortir de votre zone de confort », vous qui n’avez pas les moyens matériels de vous payer une connexion, vous qui ne souhaitez pas vous faire greffer un téléphone à votre main, vous qui n’avez pas envie d’être asservis à des gadgets technologiques ou qui, tout simplement, ne savez pas comment ils fonctionnent, vous qui êtes malades, bancroches, handicapés, blessés, fatigués, cacochymes, valétudinaires, pauvres, mal-foutus ou pas foutus-du-tout, trop-lents dans un monde trop rapide, vous tous qui ne voulez pas ou ne pouvez pas vous plier pas aux diktats de cette modernité tyrannique et n’entrez pas, par volonté ou nécessité, dans ses cadres, dans ses petites boîtes formatées, comme autant de lits de Procuste ; alors même qu’on nous bassine avec « l’inclusivité », ce barbarisme de la novlangue bien-pensante et moralisatrice, vous n’êtes pas seulement exclus de l’espace public privatisé, de ces territoires que les élus et les mafieux choisissent de réserver à leurs clientèles, à ceux qui leur ressemblent ou les servent : vous êtes exclus du monde lui-même.

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