Les lectures de Cinci : vive la laïcité !

Le Bêtisier du laïco-sceptique, textes de Renée Fregosi, Nathalie Heinich, Virginie Tournay et Jean-Pierre Sakoun, dessins de Xavier Gorce, éd. Minerve, 2021.

Le livre en deux mots

Ce petit livre, conçu sous l’heureux parrainage du Comité Laïcité République et de son président Jean-Pierre Sakoun, est essentiel. Sept chapitres rassemblent les réponses à la plupart des questions plus ou moins naïves, plus ou moins malveillantes, auxquelles sont régulièrement sommés de répondre les défenseurs de la laïcité. La brièveté de chacun des textes, construits à partir d’arguments solides et d’explications limpides, vise à l’efficacité. Lire la suite…

Les lectures de Cinci : une boussole républicaine

Pour une République laïque et sociale : héritages, défis, perspectives, Charles Coutel, préface de Patrick Kessel, éd. L’Harmattan, coll. Débats laïques, 2021.

CoutelLe livre en deux mots

Le philosophe Charles Coutel, spécialiste, entre autres !, des Lumières, de Condorcet, de la laïcité, etc. etc., a offert cette année un livre précieux aux défenseurs de la République, dédié « à la mémoire de Samuel Paty, professeur mort pour la République ». Loin de se contenter d’un énième catéchisme creux appelant, de cliché en lieu commun, aux mânes des grands anciens, il concentre au contraire ses réflexions sur l’action. Lire la suite…

Les lectures de Cinci : contre les fantasmes identitaires

Les Nostalgériades : Nostalgie, Algérie, Jérémiades, Fatiha Agag-Boudjahlat, éd. du Cerf, 2021.

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J’ai déjà dit tout le bien que je pense de Fatiha Agag-Boudjahlat lorsque j’ai parlé de son ouvrage Le grand détournement en 2017. L’affection que je porte à cette enseignante passionnée par son métier et par ses élèves, à cette militante universaliste, à cette républicaine exigeante… n’a pas diminué depuis. Quel plaisir, donc, de se plonger dans son dernier opus ! Lire la suite…

La mort du bac, l’enterrement de l’école

1280px-gustave_courbet_-_a_burial_at_ornans_-_google_art_projectOn achève le bac comme on met à mort les chevaux dans les westerns : une larme à l’œil et une balle dans la tête. Le tout dans un silence incroyable. Alors que la fin du baccalauréat national devrait révolter tout le pays, faire descendre le peuple dans la rue pour protester contre ce crime envers l’avenir – rien : la réouverture des terrasses et le foot semblent importer bien plus que nos enfants. Dont acte. Lire la suite…

Mélenchon et LFI : la longue agonie

La Mort de SardanapaleJ’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017. Je relis ce que j’ai publié alors, et je persiste : à l’époque, c’était le moins mauvais candidat [1]. Il était le seul à proposer un programme économique et social à la fois cohérent et opposé au néolibéralisme représenté par tous ses adversaires. Quant aux principes républicains, laïcité en tête, il y avait encore, alors, suffisamment d’humanistes à les défendre dans son parti pour que l’issue du conflit larvé ne soit pas écrite d’avance. Lire la suite…

La gauche coucou

Le sommeil de la raison engendre des monstres (1799), Goya

De « coucou », le Littré donne neuf définitions, parmi lesquelles :

1. Oiseau du genre des pies qui dépose ses œufs dans le nid des autres oiseaux. Le coucou est un oiseau voyageur.
L’oiseau nommé coucou des Canaries répétait son chant monotone. CHATEAUB. Voy. Amér. 340
4. Terme de jardinage
Fraisier qui fleurit beaucoup, mais ne fructifie pas.
9. Synonyme mitigé de cocu.

Ces trois-là particulièrement m’évoquent certaine idéologie qui prétend s’installer dans le nid de la gauche, pérore beaucoup mais ne « fructifie » guère, et cocufie le peuple.
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L’universalisme républicain dans la « tenaille identitaire » ?

Marianne par Benjamin Régnier
Marianne par Benjamin Régnier

Une thèse, actuellement discutée avec âpreté dans quelques cénacles où se croisent des défenseurs sincères de la République et de l’universalisme, décrit l’état des forces idéologiques en France sous l’image de la « tenaille identitaire ». Aussi séduisante soit-elle, elle doit être discutée sérieusement tant les enjeux sont cruciaux.


Sommaire :
Pour : la République sous les feux croisés des identitaires
Contre : un équilibre de pure apparence
Les impensés du débat : la République a d’autres ennemis !
L’universalisme par-delà les identités


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Discours (imaginaire) à la nation (2021)

Elysée

Il y a cinq ans et une semaine, j’imaginais un discours que pourrait prononcer le président d’alors pour son allocution du 31 décembre 2015. Un quinquennat plus tard, je m’amuse à offrir à son successeur un nouveau texte.

Allez Manu, profites-en, c’est cadeau !

(Quoi ? c’est le moment de croire au Père Noël, non ?)

***

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

Nous achevons une année lourde de grandes douleurs et d’une indicible tristesse mais les maux que nous avons connus sont encore loin d’être derrière nous. Lire la suite…

Une nouvelle République ?

La Ve République est morte. Plusieurs fois, même ! Les générations successives de lois de décentralisation, les cohabitations, le passage au quinquennat avec inversion du calendrier, les modifications incessantes de la Constitution pour la rendre compatible avec la législation européenne… autant d’assassinats dignes d’un film noir hollywoodien ou d’une farce à l’italienne, selon les goûts : alors que le cadavre apparaît dans sa nudité aux yeux de tous, chacun s’acharne, par intérêt bien compris, à feindre qu’il vit encore. Nos institutions, pas plus que notre vie politique, n’ont quoi que ce soit à voir avec ce que fut « la Cinquième » mais nous continuons à nous bercer d’illusions et à honorer un nom étranger à la chose qu’il est censé désigner. De là, faut-il en déduire la nécessité d’une refondation constituante ? Peut-être. En tout cas, il paraît urgent de revoir en profondeur nos institutions qui n’ont plus grand-chose de républicain ni de démocratique [1]. Lire la suite…

Quel monde pour toi, ma fille ?

Tu viens d’avoir trois ans, ma fille. Dans quel monde en auras-tu trente, vers le mitan du siècle ? Ce siècle dans lequel je suis entré à déjà vingt. Enfant du vingtième et homme du vingt-et-unième, je me sens surtout millénaire. Frémiras-tu, toi aussi, au souvenir de cette mer Égée qui porte les vaisseaux des Achéens vers l’Est et l’immortalité ? Ou toutes ces histoires qui me constituent vous seront-elles étrangères, à toi et à tes compagnons temporels ? Je sens aujourd’hui survenir la rupture du fil ténu qui relie les vivants aux morts, les présents aux passés. L’augmentation des fondations, conception romaine de la culture qui m’est parvenue non sans mal, signifiait un respect critique et cette volonté de transmission que je t’assène dans mon effroi devant son obsolescence. Le monde commun semble s’anéantir sous nos yeux, à mesure que la culture s’éteint. Nous avons dilapidé notre héritage, faute de nous y intéresser, de chérir ce patrimoine comme il se doit. Que vous lèguerons-nous, sinon un monde amnésique – le contraire d’un monde, donc ? Fin de la transmission [1]. Lire la suite…