Vous avez ma haine !

FECBWRKXwAgFL3IComme chaque année, la fin de semaine dernière a vu s’enchaîner en trois jours la commémoration de l’armistice de 1918, l’anniversaire de ma fille et le douloureux souvenir des attentats de 2015. Rude période de carambolages émotionnels. Comme un interstice miraculeux entre le modèle, perdu, d’héroïsme des Poilus et du grand homme d’État que fut Clemenceau, et l’horreur des attentats islamistes qui ont ensanglanté la nuit parisienne, les rires et la joie de ma fille m’étreignent : dans quel monde grandit-elle ?
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De la dictature à Rome

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Cicéron dénonce Catilina, Cesare Maccari (1889)

Salus populi suprema lex esto
Que le salut du peuple soit la suprême loi
(Cicéron, De Legibus, livre III)

La prudence humaine, quel que soit le degré de sagesse atteint, ne peut pas tout prévoir et les règles qu’elle édicte, aussi générales soient-elles, ne peuvent pas couvrir tous les cas. Il faut donc conserver dans l’ordre juridique la possibilité d’un pouvoir résiduel d’agir de manière discrétionnaire. De même, surgissent des situations exceptionnelles dans lesquelles il est intrinsèquement justifié d’attenter aux droits individuels pour prévenir un mal plus grand, ou d’agir en dehors de la loi, voire contre elle, lorsque le bien public ou l’intérêt général l’exigent. Les institutions d’exception servent à ménager, à l’intérieur de l’ordre juridique normal, les marges nécessaires à la gestion de ces cas qui appellent des mesures discrétionnaires – qui ne sont pas pour autant arbitraires – qui dérogent aux normes juridiques en vertu d’un but qui est le bien public ou l’intérêt général.
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Les lectures de Cinci : vive la laïcité !

Le Bêtisier du laïco-sceptique, textes de Renée Fregosi, Nathalie Heinich, Virginie Tournay et Jean-Pierre Sakoun, dessins de Xavier Gorce, éd. Minerve, 2021.

Le livre en deux mots

Ce petit livre, conçu sous l’heureux parrainage du Comité Laïcité République et de son président Jean-Pierre Sakoun, est essentiel. Sept chapitres rassemblent les réponses à la plupart des questions plus ou moins naïves, plus ou moins malveillantes, auxquelles sont régulièrement sommés de répondre les défenseurs de la laïcité. La brièveté de chacun des textes, construits à partir d’arguments solides et d’explications limpides, vise à l’efficacité. Lire la suite…

Les lectures de Cinci : une boussole républicaine

Pour une République laïque et sociale : héritages, défis, perspectives, Charles Coutel, préface de Patrick Kessel, éd. L’Harmattan, coll. Débats laïques, 2021.

CoutelLe livre en deux mots

Le philosophe Charles Coutel, spécialiste, entre autres !, des Lumières, de Condorcet, de la laïcité, etc. etc., a offert cette année un livre précieux aux défenseurs de la République, dédié « à la mémoire de Samuel Paty, professeur mort pour la République ». Loin de se contenter d’un énième catéchisme creux appelant, de cliché en lieu commun, aux mânes des grands anciens, il concentre au contraire ses réflexions sur l’action. Lire la suite…

Les lectures de Cinci : contre les fantasmes identitaires

Les Nostalgériades : Nostalgie, Algérie, Jérémiades, Fatiha Agag-Boudjahlat, éd. du Cerf, 2021.

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J’ai déjà dit tout le bien que je pense de Fatiha Agag-Boudjahlat lorsque j’ai parlé de son ouvrage Le grand détournement en 2017. L’affection que je porte à cette enseignante passionnée par son métier et par ses élèves, à cette militante universaliste, à cette républicaine exigeante… n’a pas diminué depuis. Quel plaisir, donc, de se plonger dans son dernier opus ! Lire la suite…

La mort du bac, l’enterrement de l’école

1280px-gustave_courbet_-_a_burial_at_ornans_-_google_art_projectOn achève le bac comme on met à mort les chevaux dans les westerns : une larme à l’œil et une balle dans la tête. Le tout dans un silence incroyable. Alors que la fin du baccalauréat national devrait révolter tout le pays, faire descendre le peuple dans la rue pour protester contre ce crime envers l’avenir – rien : la réouverture des terrasses et le foot semblent importer bien plus que nos enfants. Dont acte. Lire la suite…

Mélenchon et LFI : la longue agonie

La Mort de SardanapaleJ’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017. Je relis ce que j’ai publié alors, et je persiste : à l’époque, c’était le moins mauvais candidat [1]. Il était le seul à proposer un programme économique et social à la fois cohérent et opposé au néolibéralisme représenté par tous ses adversaires. Quant aux principes républicains, laïcité en tête, il y avait encore, alors, suffisamment d’humanistes à les défendre dans son parti pour que l’issue du conflit larvé ne soit pas écrite d’avance. Lire la suite…

La gauche coucou

Le sommeil de la raison engendre des monstres (1799), Goya

De « coucou », le Littré donne neuf définitions, parmi lesquelles :

1. Oiseau du genre des pies qui dépose ses œufs dans le nid des autres oiseaux. Le coucou est un oiseau voyageur.
L’oiseau nommé coucou des Canaries répétait son chant monotone. CHATEAUB. Voy. Amér. 340
4. Terme de jardinage
Fraisier qui fleurit beaucoup, mais ne fructifie pas.
9. Synonyme mitigé de cocu.

Ces trois-là particulièrement m’évoquent certaine idéologie qui prétend s’installer dans le nid de la gauche, pérore beaucoup mais ne « fructifie » guère, et cocufie le peuple.
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L’universalisme républicain dans la « tenaille identitaire » ?

Marianne par Benjamin Régnier
Marianne par Benjamin Régnier

Une thèse, actuellement discutée avec âpreté dans quelques cénacles où se croisent des défenseurs sincères de la République et de l’universalisme, décrit l’état des forces idéologiques en France sous l’image de la « tenaille identitaire ». Aussi séduisante soit-elle, elle doit être discutée sérieusement tant les enjeux sont cruciaux.


Sommaire :
Pour : la République sous les feux croisés des identitaires
Contre : un équilibre de pure apparence
Les impensés du débat : la République a d’autres ennemis !
L’universalisme par-delà les identités


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Discours (imaginaire) à la nation (2021)

Elysée

Il y a cinq ans et une semaine, j’imaginais un discours que pourrait prononcer le président d’alors pour son allocution du 31 décembre 2015. Un quinquennat plus tard, je m’amuse à offrir à son successeur un nouveau texte.

Allez Manu, profites-en, c’est cadeau !

(Quoi ? c’est le moment de croire au Père Noël, non ?)

***

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

Nous achevons une année lourde de grandes douleurs et d’une indicible tristesse mais les maux que nous avons connus sont encore loin d’être derrière nous. Lire la suite…