Les canicules s’emballent, les idéologues aussi

Regulus, William Turner (1828)

Depuis 2003, nous n’avons rien appris, rien fait… si ce n’est perdre un jour férié (d’ailleurs, où est passé l’argent de cette « journée de solidarité » ?). En témoignent la sidération, les tergiversations et le chaos vécus ces derniers jours. Nous venons de connaître, en l’espace d’un mois, deux canicules exceptionnelles de tous les points de vue. Comme toujours en cette matière, il faut être très prudent et prendre garde de ne pas verser dans la confusion entre météo et climat, entre le temps qu’il fait ponctuellement quelques jours en France et les bouleversements environnementaux à l’échelle de la planète. C’est l’erreur que commettent, par bêtise ou mauvaise foi, les climato-négationnistes lorsque, goguenards, ils prennent un froid hiémal vigoureux ou une pluie estivale abondante pour autant de preuves du « mensonge » que serait le réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine. Rien de tel ici : quand tous les records sont battus à ce point – et plusieurs fois ! –, ces épisodes caniculaires ne peuvent pas, ne doivent pas être interprétés comme des accidents anecdotiques mais bien comme des symptômes révélateurs des bouleversements catastrophiques actuels. Aujourd’hui aberrations statistiques, ils ont de bonnes chances, demain, de devenir la norme – avec des durées, non plus de « seulement » cinq à dix jours, comme nous venons de l’expérimenter, mais d’un mois ou plus.

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L’amnésie numérique

La Mémoire, René Magritte (1948)

Le naïf qui a récemment tenté d’ouvrir un fichier qu’il avait créé dans les années 2000 (ou, pour les plus inconscients ou téméraires, dans les années 1990) se reconnaît rapidement à sa mine déconfite face aux tourments existentiels que provoque l’impossibilité à retrouver les mots ou les images d’une époque dont le souvenir se heurte au mur de l’obsolescence numérique. Que restera-t-il, dans cinquante ou cent ans, de ce que nous produisons aujourd’hui ? Et, sans doute pire encore, de tout ce qui a été produit jusqu’à nous, et dont nous sommes les héritiers négligents ? [1]

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Les crises de l’autorité

La Mort de Socrate, Jacques-Louis David (1787)

Un député de la Nation frappe un proviseur adjoint de lycée et une CPE, il écope d’une amende de 5 000 euros… qu’il paie donc avec l’argent du contribuable. Voilà ce que vaut aujourd’hui l’autorité de l’institution scolaire : 5 000 euros et le mépris violent de la représentation nationale.
Un député de la Nation achète des drogues dures avec son indemnité parlementaire à un mineur, non seulement il ne démissionne pas mais il est même montré en exemple par son parti et n’écope que d’une peine de 1 000 euros… qu’il paie donc lui aussi avec l’argent du contribuable. Voilà ce que vaut aujourd’hui l’autorité de la loi : 1 000 euros et le mépris goguenard de la représentation nationale.
Et ainsi de suite, ad nauseam.

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L’inculture scientifique et la victoire des obscurantistes

Le Bonnet d’âne, Jean Geoffroy (1880)

Qu’il est triste, le pays de Descartes, de Pasteur, de Curie et de tant d’autres immenses bienfaiteurs de l’humanité ! Le niveau de la population française en sciences est lamentable. Les écoliers décrochent dans toutes les matières et dans les disciplines scientifiques tout particulièrement ; même les meilleurs élèves qui entrent dans les classes préparatoires (et, par conséquent, dans les grandes écoles d’ingénieurs, où le niveau en français, en histoire et en culture générale n’était déjà pas bien fameux il y a vingt ans… mais, au moins en mathématiques et en physique, ça se tenait encore à peu près) n’ont jamais été si mauvais en sciences. Quant au reste des Français, les connaissances fondamentales absolument nécessaires à l’honnête homme du XXIe siècle ont déserté ce qu’il reste de culture commune – pour le plus grand bonheur de tous les charlatans, obscurantistes et idéologues.

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Tout fout l’camp !

Stańczyk, Jan Matejko (1862)

Reviennent, sur le devant de la scène où se joue le navrant spectacle de l’humanité, de vieux fantômes que l’on croyait définitivement exorcisés. Mais enfin, quelle naïveté ! Comme s’ils avaient disparu tout ce temps et réapparaissaient miraculeusement ! Rien n’est jamais définitif avec l’homme, rien n’est jamais assuré. Rien. Si ce n’est sa capacité à s’enfoncer toujours plus bas dans l’obscur.

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Pour un républicanisme radical

Papier peint révolutionnaire décorant la salle de réunion du Comité de Salut public

Extirper le mal à la racine.

Appeler à un « républicanisme radical », c’est sonner le rassemblement – au nom d’une vision du monde qui, bien qu’elle prenne (ou plutôt parce qu’elle prend) sa source aux origines de notre civilisation, n’a rien perdu de sa puissance ni de sa pertinence. Un appel au rassemblement, donc. Car nos adversaires sont nombreux ; et nos ennemis peut-être plus encore. Les premiers veulent notre défaite dans l’arène politique ; les seconds ne désirent que notre mort. Sans nous enivrer de niais fantasmes eschatologiques, nous devons prendre la mesure existentielle de nos combats.

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Face au désastre climatique

Le Moine au bord de la mer, Caspar David Friedrich (entre 1808 et 1810)

Quoi qu’en disent les négationnistes climatiques qui ont rejoint les autres complotistes divers et variés dans les limbes de la paranoïa, le consensus scientifique est bien établi : nous vivons une catastrophe climatique et environnementale inédite, dont l’activité humaine est la cause directe. Entre réchauffement climatique et extinction de masse, les grands équilibres de notre planète sont en train de s’effondrer sous nos yeux, mettant en péril non seulement l’existence de l’humanité mais de la vie elle-même. Nous le savons, nous le voyons… et nous nous payons de mots plutôt que d’agir.

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Un problème ? Une appli !

Le « solutionnisme » est cette idée simpliste selon laquelle tous les problèmes, quelles que soient leur nature et leur complexité, peuvent trouver une solution sous la forme d’algorithmes et d’applications informatiques. Très en vogue dans la Silicon Valley depuis plusieurs années, il s’est largement répandu grâce à ses illusions séduisantes et imprègne dorénavant les imaginaires collectifs, notamment celui de la start-up nation chère à notre Président.

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L’intelligence sous-traitée

Metropolis, film culte de Fritz Lang (1927)

Nous sommes de plus en plus cons. C’est pas moi qui le dis, c’est statistique, scientifique, quantifié, sourcé et démontré : le QI moyen s’effondre. En même temps©, le nombre de « hauts potentiels intellectuels » (HPI) autodiagnostiqués – parce qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même – explose : preuve irréfutable de l’extension du domaine de l’imbécillité !

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Le viol des mots

La Tour de Babel, Pieter Brueghel l’Ancien (v. 1563)

La fin d’une civilisation, c’est d’abord la prostitution de son vocabulaire.
Romain Gary, Europa

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