L’universalisme républicain dans la « tenaille identitaire » ?

Marianne par Benjamin Régnier
Marianne par Benjamin Régnier

Une thèse, actuellement discutée avec âpreté dans quelques cénacles où se croisent des défenseurs sincères de la République et de l’universalisme, décrit l’état des forces idéologiques en France sous l’image de la « tenaille identitaire ». Aussi séduisante soit-elle, elle doit être discutée sérieusement tant les enjeux sont cruciaux.


Sommaire :
Pour : la République sous les feux croisés des identitaires
Contre : un équilibre de pure apparence
Les impensés du débat : la République a d’autres ennemis !
L’universalisme par-delà les identités


Lire la suite…

Ils ne pensent qu’à ça !

Ils me fatiguent. Ils ne pensent vraiment qu’à ça. Ça : la présidentielle, l’Élysée, bien sûr ! En pleine crise sanitaire, alors que les hôpitaux craquent et que les gens meurent, ils plastronnent et commencent à jouer des coups de billard à quatorze bandes pour griller leurs adversaires putatifs. L’intérêt général ? peu leur importe, seuls comptent les leurs, d’intérêts bien calculés. Les médias, complices de ce théâtre des vanités, s’en régalent, tirant comme toujours des plans sur la comète qui se révèleront aussi faux que les prédictions de leurs drogues sondagières. On s’en fout, ça fait vendre, coco ! À la même époque il y a cinq ans, ils n’avaient pas encore misé sur Emmanuel Macron et affirmaient haut et fort qu’Alain Juppé serait triomphalement élu… ce en quoi, finalement, ils ne se sont pas tant trompés que cela, la politique appliquée étant peu ou prou celle qu’aurait menée n’importe quel candidat LR. Quoi qu’il en soit, tout ce petit monde a décidé qu’à encore un an et demi de l’échéance, la campagne était déjà lancée. Au secours ! Lire la suite…

La République à chaque coin de rue

Devise républicaine

Partout où l’État s’est retiré, les mafias identitaires et/ou criminelles se sont installées, encouragées par les dévots du saint-marché. Face à l’extension du domaine du caïdat, mais aussi, plus généralement, pour sortir la France du marasme dans lequel l’ont plongée des décennies de néolibéralisme (les deux sont liés), une seule politique sérieuse et digne est possible : un réinvestissement massif de la République et de l’État. Pour cela, les politiques dites de la ville et de l’aménagement du territoire doivent être reprises en main avec ce seul objectif : « la République à chaque coin de rue ». Lire la suite…

Le jour d’après sera pareil à la nuit d’avant

Tous s’y mettent : le pouvoir actuel qui essaie de faire oublier que, par son incurie et son cynisme, il est coupable de milliers de morts ; ses zélés prédécesseurs qui nous ont conduits à l’abyme en appliquant consciencieusement depuis quarante ans les dogmes du néolibéralisme ; les vieilles gloires retirées qui tentent encore un come-back plutôt pitoyable après avoir tant de fois montré leurs limites que personne ne peut les prendre au sérieux ; les opposants épidermiques qui se réjouissent ouvertement de la crise et feignent d’ignorer que le problème avec l’ivresse du Grand Soir, c’est toujours la gueule de bois du petit matin. Tous entonnent en chœur l’air ampoulé du « rien ne sera plus jamais comme avant ! » Qui peut les croire ? Continuer la lecture de Le jour d’après sera pareil à la nuit d’avant

De la volonté en politique

Les eunuques au pouvoir

En politique, tout n’est qu’affaire de volonté. Les contingences, les contraintes, aussi insurmontables puissent-elles paraître, ne sont que des murs de papier pour celui qui veut. Le réel doit d’autant plus être pris au sérieux qu’il peut être aisément manipulé par un vouloir suffisant – là réside même le principe commun de l’idéologie et de l’utopie dans toutes leurs acceptions. Les totalitarismes du vingtième siècle l’ont bien compris qui ont fait de l’idée que « tout est possible » le moteur de leur propagande [1]. Depuis, cet hybris déchaîné a essaimé ; et ses fruits sont dévorés aujourd’hui partout où les éléments-de-langage ont remplacé la pensée : un ancien président en a même fait son slogan de campagne !

Il n’existe qu’une seule loi : tout ce qui est fait par l’homme dans le champ humain peut être défait par l’homme [2]. Continuer la lecture de De la volonté en politique

Un républicanisme économique ?

Le républicanisme est une pensée politique, pas une doctrine économique. Et pourtant, de sa vision du monde cohérente – sa Weltanschauung –, peuvent se déduire des principes en matière d’économie.
Penser l’homme, le monde et la société conduit à penser les rapports économiques réels et souhaités : observer l’être et imaginer le devoir-être sans toutefois chercher à déduire le second du premier, ni légitimer le premier par le second, fautes logiques trop répandues. En d’autres termes : construire un idéal régulateur, un horizon désirable, qui doit servir à fois de boussole et de pierre de touche à la critique du réel [1]. Continuer la lecture de Un républicanisme économique ?

Malaise dans la représentation : 6. Pouvoir

Où se trouve le pouvoir politique ? ou plutôt : comment celui-ci se distribue-t-il vraiment entre les trois « pouvoirs » classiques que l’on apprend dès l’école – le législatif, l’exécutif et le judiciaire – et quelles relations ont-ils entre eux ? Le cliché éculé de la séparation des pouvoirs comme fondement de notre démocratie ne résiste pas longtemps à l’examen de l’actualité… d’autant qu’à trop se rengorger de ce concept – comme tant d’autres depuis longtemps vidés de leur substance, hélas ! –, on ne sait même plus ce qu’il signifie. Continuer la lecture de Malaise dans la représentation : 6. Pouvoir

L’humanisme comme remède au transhumanisme

Vitruve
L’homme de Vitruve, par Léonard de Vinci

Et si la meilleure réponse à l’hybris transhumaniste était à chercher dans l’humanisme, tout simplement ? Quoi, l’humanisme ? Cette notion désuète, rendue ringarde par la modernité triomphante qui prétend la dépasser par l’adjonction des préfixes trans- ou post- ? Quelle drôle d’idée ! Quel anachronisme de mauvais goût ! L’on se souvient même qu’à une certaine époque, l’humanisme se donnait une dimension politique en se payant le luxe de s’accompagner de l’épithète civique. L’humanisme civique, synonyme de républicanisme : concepts surannés à l’heure où l’on préfère remplacer civique par citoyen, substantif étrangement devenu adjectif cuisiné à toutes les sauces. Discrédités, calomniés, ridiculisés par les prétentieux adorateurs du monde moderne, renvoyés sans appel dans le camp « réac » comme tous ceux qui n’acceptent pas aveuglément les promesses sucrées d’une technique toute-puissante, l’humanisme et le républicanisme n’ont pourtant peut-être pas dit leur dernier mot. Continuer la lecture de L’humanisme comme remède au transhumanisme

Les lectures de Cinci : la laïcité et ses ennemis

Le grand détournement, Fatiha Boudjahlat, Les éditions du Cerf, 2017.

Le livre en deux mots

9782204122795-59e7435365ccaFatiha Agag-Boudjahlat est une républicaine passionnée. L’enseignante et ancienne secrétaire nationale du MRC à l’éducation vit les agressions contre la laïcité au quotidien, au point de fonder le mouvement Viv(r)e la République avec sa complice Céline Pina [1], que je salue ici. Mais ça ne lui suffit pas : lassée de devoir répéter les mêmes arguments, de subir les mêmes attaques iniques, d’assister aux reculs et abandons de territoires entiers de la République au profit des mafias identitaires, elle nous livre ce premier ouvrage riche de ses expériences et de ses convictions. Continuer la lecture de Les lectures de Cinci : la laïcité et ses ennemis

Petite missive adressée à mes amis insoumis

Cette lettre a été écrite il y a quelque temps déjà, parallèlement à la précédente adressée à mes amis centristes. Son brouillon était déjà très avancé lorsque j’ai découvert celle d’Ambroise de Rancourt à Jean-Luc Mélenchon sur le blog de Coralie Delaume. Dans la mesure où un certain nombre de nos points de vue se recoupent largement, je me suis interrogé sur l’opportunité de publier la mienne. Mais c’est justement parce que je partage globalement ses critiques, ainsi que celles de nombreux militants de la France insoumise (et je prends pour un signal important la tribune d’Henri Pena-Ruiz dans Marianne cette semaine), que j’ai choisi de poursuivre ma démarche et de participer au débat qui, je crois, doit nécessairement s’ouvrir quant à la Weltanschauung de ce mouvement. Les lecteurs de ce blog ne seront guère étonnés de retrouver développés les enthousiasmes et les critiques que j’ai déjà exprimés ici depuis plusieurs mois.

*

Chers amis,

Vous le savez, j’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon, parce que j’ai vu en lui un républicain sincère, un ardent défenseur de la laïcité. J’avais déjà voté pour lui en 2012. À l’époque, contrairement à beaucoup, je n’avais pas été choqué par sa campagne de bruit et de fureur. Elle témoignait, à mes yeux, d’une passion politique et de convictions fortes qui tranchaient avec l’unanimisme désespérant du TINA néolibéral [1]. J’ai ensuite suivi son évolution avec un intérêt critique, pendant cinq ans, jusqu’à la dernière présidentielle. Continuer la lecture de Petite missive adressée à mes amis insoumis