Alors que nous sortons d’un été apocalyptique qui devrait provoquer une mobilisation nationale unanime pour adapter le pays à la catastrophe climatique en cours, et imposer aux partis politiques et aux candidats à la prochaine élection présidentielle l’urgence de prendre leurs responsabilités et d’annoncer des mesures à la hauteur des enjeux, tous s’enferment dans une médiocrité crasse et une déconnexion coupable. Lire la suite…
Jeune Homme à la fenêtre, Gustave Caillebotte (1876)
Ça y est : j’ai pris ma carte au RN. Tu t’en doutais depuis un moment ; cette fois, c’est fait. J’ai bien regardé partout, j’ai benchmarké tous les partis et, franchement, y a pas photo : pour faire carrière en politique, le RN, c’est le meilleur investissement pour l’avenir.
Marine Le Pen condamnée. Le 31 mars, la favorite pour la prochaine élection présidentielle a été reconnue coupable de détournement de fonds publics et de complicité de ce délit dans l’affaire des assistants de parlementaires européens issus de son parti. Sa peine pour l’utilisation illégale de ces quatre millions d’euros au profit du parti : quatre ans de prison, dont deux ferme sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Et surtout l’exécution provisoire de la peine d’inéligibilité : l’appel n’est pas suspensif. Quoi qu’elle fasse, en attendant le jugement en appel, Marine Le Pen est inéligible. La culpabilité de Marine Le Pen fait moins parler que cette exécution provisoire qui l’évince, a priori, de l’élection de 2027.
Tempête de neige en mer, Joseph Mallord William Turner (1842)
Une semaine après le second tour de ces législatives précipitées, quelques réflexions en vrac sur les « gagnants » et les « perdants » de cette détestable séquence antipolitique.
Scène de Carnaval, ou Le Menuet, Giandomenico Tiepolo (1754) Musée du Louvre, Département des Peintures
Les partis politiques français se livrent à un bal masqué dont plus personne n’est dupe. Dans une entreprise commune d’enfumage généralisé, l’écart entre, d’une part, le positionnement affiché et, d’autre part, les discours, programmes et idéologies, ne cesse de se creuser, à tel point qu’aucun n’occupe sur l’échiquier la place qu’il prétend être la sienne.
Le scénario de la prochaine élection présidentielle semble écrit d’avance avec la victoire annoncée de Marine Le Pen. En tout cas, tout est fait pour que les prédictions sondagières deviennent réalité. Certes, nous pouvons nous attendre à ce qu’un trublion quelconque à la popularité aussi subite qu’artificielle sorte opportunément du chapeau de nos prestidigitateurs médiatiques pour épicer quelque peu une histoire bien plate. Faire monter la sauce tout en connaissant la conclusion : tout cela a pourtant un furieux air de déjà-vu !
Le patriotisme c’est l’amour des siens. Le nationalisme c’est la haine des autres. Romain Gary
Chers amis,
Comme vous, j’aime la France. Sa langue, sa culture, son histoire, ses paysages, ses cuisines, son modèle économique et social, ses services publics, son esprit frondeur, sa capacité à se déchirer pour l’accessoire et à se rassembler pour l’essentiel, ses principes, sa laïcité, sa devise, son drapeau, son hymne, sa conception de la galanterie, sa grandeur quand elle oublie ses médiocrités, son universalisme… mais aussi et surtout ce qu’elle représente dans l’imaginaire collectif – et pour quoi tant ont été capables de donner leur vie.
Toutes les nuits pendant les trois semaines qui suivirent le déclenchement de l’état de siège, le pays vécut des émeutes inouïes. Les centres-villes des métropoles, mais aussi des villes moyennes ainsi que quelques bourgs, subirent des violences à répétition d’un lumpencaïdat depuis longtemps travaillé par les mafias criminelles et religieuses. Chaque soir, casseurs et voyous descendaient dans les rues pour s’attaquer aux boutiques qu’ils pillaient, aux symboles de l’État – quatre préfectures et douze mairies furent incendiées –, aux écoles, aux bibliothèques, aux musées, aux théâtres, aux hôpitaux et jusqu’aux crèches. Le mobilier urbain fut largement vandalisé et des arbres furent même déracinés. Symbole terrible, la statue de la République, à Paris, fut dynamitée. Les émeutiers, pour certains lourdement armés, dévastaient tout mais, surtout, tendaient des guet-apens aux policiers et aux militaires avec lesquels ils voulaient ostensiblement en découdre. En trois semaines, quinze policiers et sept soldats furent tués dans ces combats de rue, provoquant une escalade sans précédent des violences.