La trahison des images

Amoureux de la Vérité et rêveurs de sagesse, tremblez ! Rien ne pourra plus être tangible, certain, étayé, tenu pour réel : la suspicion doit accompagner chaque « information » – bienvenue dans l’ère de la « post-vérité » et des « fake news ». Ces mots, produits d’importation, désignent-ils des phénomènes à tel point nouveaux qu’il n’existait pas de termes ni de concepts pouvant les décrire ? Sans même évoquer Platon, Descartes ou Nietzsche, leurs questionnements et leurs usages du doute, constatons la vénérable ancienneté de notions comme intox, manipulation, trucage, mensonge ou propagande qui ont toujours existé et ont prospéré sous toutes les formes de régimes politiques et d’organisations sociales. Alors… quoi de neuf sous le soleil ou dans la Caverne ? L’angoisse vaguement paranoïaque devant les possibilités qu’offre la technique en matière de détournement des images et vidéos n’est-elle qu’une mode inventée par les cyniques postmodernes pour se faire frémir artificiellement ?
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Les enfants de Torquemada

Tribunal de l'Inquisition (Goya)
Tribunal de l’Inquisition, Francisco de Goya (1812-1819)

Autoproclamés représentants de minorités supposément opprimées, néoféministes intersectionnels, porte-étendards de conceptions très particulières de la justice, fanatiques « éveillés » (« woke » dans la langue originelle de ce produit d’importation) aux discriminations réelles ou imaginaires… médias et réseaux dits sociaux vivent au rythme de leurs oukases et fatwas. Les Fouquier-Tinville de bac à sable ne supportent aucune restriction à leurs caprices, aucun frein à leurs libertés – quoiqu’ils n’aient pas la moindre idée de ce que signifie ce mot. Ils hurlent à la dictature et au complot contre la jeunesse lorsque des mesures prophylactiques sont adoptées pour protéger la population. Ils combattent la grammaire et censurent la culture au nom d’un féminisme dévoyé et d’un « antiracisme » racialiste. Ils brisent des enseignants et mettent des vies en danger pour complaire aux pires archaïsmes religieux. Tous les prétextes sont bons pour lancer des campagnes dans lesquelles les revendications, pleurnicheries et mises au pilori se mélangent dans un tourbillon de violence et de haine.


Sommaire :
La justice victime du déballage médiatique
Une crise d’adolescence collective
Un puritanisme étouffant


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La Vérité est ailleurs…

Les paranoïas collectives et individuelles qui s’abreuvent complaisamment des rumeurs et scénarios farfelus n’ont pas attendu la caisse de résonnance des réseaux sociaux pour imprégner les esprits. Certes. Ceci étant, les possibilités de propagation instantanée des informations, vraies mais surtout fausses, ajoutées à la constitution de communautés agrégées autour de visions du monde partagées dont l’entre-soi renforce les préjugés, amplifient ces phénomènes à un degré inconnu auparavant. Sans céder à la disqualification facile de ceux qui se laissent convaincre par les discours complotistes, il est plus fructueux de tenter d’analyser les mécanismes en jeu et leur efficace. Lire la suite…

Tous des sales gosses !

Quelle société de petits cons nous formons ! Où que le regard se tourne, point d’adultes : ça grouille d’adolescents mal élevés, quelle que soit leur date de naissance. Même les cheveux blanchis par l’âge ne semblent avoir acquis de leurs années passées que la vanité de cœur et la myopie d’esprit. Et en matière de maturité, il n’est rien à chercher non plus du côté des toniques intermédiaires entre le bachot et l’EHPAD. Des corps protégés par la médecine moderne trimballent des ego bouffis de dérisoires certitudes. Lire la suite…

Écologie : quel spectacle !

La planète mérite mieux que Greta Thunberg. Peut-être les éventuels lecteurs de ces lignes, quelques années après leur rédaction, s’interrogeront-ils sur le sens de cette première phrase ; peut-être Greta Thunberg aura-t-elle disparu des écrans et des esprits ; peut-être ne subsistera-t-il d’elle qu’un lointain souvenir d’éphémère passionaria chez les vieux cons surannés – Greta Thunberg, un destin de Casimir ?
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Progrès scientifique : Prométhée chez les traders

Metropolis

1. L’inéluctabilité du « progrès scientifique » : un mythe à anéantir par la raison

Les débats à propos de sujets relevant de la recherche et de l’expérimentation scientifiques sont trop souvent hantés par le spectre du « progrès scientifique » et de sa présupposée inéluctabilité. En réalité, deux faux arguments se tapissent derrière ce cliché.
Le premier : « la science progresse, qu’on le veuille ou non – il faut l’accepter. »
Le second : « si c’est scientifiquement possible, alors quelqu’un finira par le faire – autant que ce soit nous. » Lire la suite…

L’astre mort de la discussion

 

Tout ce qui est excessif est insignifiant

(Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord)

Recuite à toutes les sauces les plus indigestes, la citation de Talleyrand exprime l’aversion tant pour l’outrecuidance que pour la discussion. Ainsi le pamphlet meurt-il de l’indigence intellectuelle et rhétorique contemporaine. Cette tradition à laquelle les plus grands se sont prêtés avec une joie gourmande ne peut qu’insupporter notre époque incapable de second degré. L’ironie, la finesse d’esprit, mises au service d’un discours volontairement démesuré, ne supportent pas la bêtise ambiante. Parce que tel est le principe du pamphlet : élever le discours à la puissance de l’outrance pour dévoiler l’obscène du réel. Mais toujours avec esprit ; et, pour les plus talentueux, un humour féroce et assassin. Aujourd’hui, Voltaire grillerait sur un bûcher facebookien ; Desproges serait crucifié.
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La démagogie a de l’avenir

Tout débute toujours à l’école. Aujourd’hui, tout s’y achève aussi, comme on achève dans les films un vieux compagnon blessé : des larmes dans les yeux et une balle dans la tête. L’idéal émancipateur des Lumières, incarné dans une école dévouée à l’instruction de citoyens en devenir, expire dans les remugles de la démagogie crasse. « Chez l’enfant, il n’y a d’éternité qu’en puissance » (Kierkegaard). Puissance interdite de se réaliser par les excès d’une « bienveillance » étouffoir. Au nom de bons sentiments et d’une autoproclamée éthique de la compassion qui ne puise en réalité qu’au ressentiment des adultes, l’école abandonne son domaine – celui de la transmission des savoirs et de la fréquentation des classiques en toutes disciplines, destinées à structurer l’enfant et à l’intégrer au monde commun.
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Heure d’été : un affligeant divertissement

Je ne commente ici l’actualité chaude que lorsque l’événement me semble exemplaire de quelque chose de plus profond que la superficialité du buzz médiatique ou de l’émotion aveugle. La fin prochaine du changement d’heure, à ce titre, ne relève pas de l’anecdote horlogère mais de la caricature. Bien entendu, en finir avec cette stupidité sans nom est une perspective réjouissante. Mais de quelle manière se réalise-t-elle et avec quelles conséquences ! Ce qui se joue ici n’est que la convergence entre une inculture scientifique généralisée, une sinistre parodie du débat et de la décision démocratiques, et l’arrogance de l’individu contemporain seulement orienté par la recherche de son petit confort immédiat.
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Noires violences

Il y a un peu plus d’un mois, je soulignais ici la justesse de la colère des « gilets jaunes » (Colère jaune). En effet, la colère, lorsqu’elle est synonyme de révolte, a toute sa place parmi les sentiments politiques : comme le montre magistralement Camus, dans son continuum de la révolte métaphysique contre l’absurde à la révolte politique contre l’injustice, elle exprime une affirmation, un franc OUI – et forme un puissant moteur de l’action. Tout notre imaginaire collectif, imprégné des récits romanesques de nos révolutions, lie intrinsèquement l’engagement politique à la noble colère envers l’insupportable, le révoltant, le scandaleux, l’obscène.
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