Les mots perdus

Rien n’est plus maltraité aujourd’hui que la langue. Affadie, affaiblie, abandonnée… le massacre se déroule dans un silence assourdissant puisque que ceux-là qui devraient la chérir et la défendre s’en fichent éperdument. Le vocabulaire se rabougrit, les nuances disparaissent, les mots aux variations subtiles sont remplacés par leurs versions anglo-saxonnes qui perdent l’essentiel de leurs significations dans le voyage transatlantique… ne subsiste qu’un langage sans finesse ni grandeur, seulement utilitariste, à peine efficace pour une communication formelle mais sans doute parfaitement adapté à la culture de l’avachissement [1] : à quoi serviraient une grammaire évoluée et un lexique étendu pour commander sa pitance en ligne ?

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Les gangsters de la République

Nos représentants semblent avoir perdu de vue l’intérêt général, l’honneur et la vertu civique.

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Une nouvelle ère puritaine

American Gothic, Grant Wood (1930)

Écr.l’inf.

Les rabat-joie et les tristes sires, les petits Torquemada et les grands inquisiteurs, les puceaux de bénitier et les barbus façon balai à chiotte, les coincés du cul et les peine-à-jouir, les donneurs de leçon et les père-la-moraline, les philistins et les philodoxes… quelles que soient leurs obédiences, leurs religions, leurs doctrines et leurs névroses, ils peuvent tous se réjouir : ils sont les maîtres de notre temps, les grands ordonnateurs de la morale de l’époque, les procureurs des bonnes mœurs et les bourreaux de toutes les déviances. L’esprit de pesanteur règne sur notre société qui, d’ennui, se laisse séduire par les puritanismes les plus cons. Ça pue le curé froid !

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Tristesses municipales

Il me semble toujours très difficile d’analyser les résultats d’élections municipales et, par conséquent, je me méfie des grandes annonces, qu’elles soient émises par les politiques eux-mêmes ou par les éditocrates en tous genres, empressés de plaquer sur le réel leurs grilles de lecture préfabriquées.

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L’amnésie numérique

La Mémoire, René Magritte (1948)

Le naïf qui a récemment tenté d’ouvrir un fichier qu’il avait créé dans les années 2000 (ou, pour les plus inconscients ou téméraires, dans les années 1990) se reconnaît rapidement à sa mine déconfite face aux tourments existentiels que provoque l’impossibilité à retrouver les mots ou les images d’une époque dont le souvenir se heurte au mur de l’obsolescence numérique. Que restera-t-il, dans cinquante ou cent ans, de ce que nous produisons aujourd’hui ? Et, sans doute pire encore, de tout ce qui a été produit jusqu’à nous, et dont nous sommes les héritiers négligents ? [1]

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Le niveau monte !

Misbehaving, George Brehm

Quelle chance ont ces nouvelles générations ! Elles vivent une époque en tous points formidable. L’horizon de leurs possibilités n’a jamais été aussi large.

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Iran : la libération d’un peuple

Je n’aime pas traiter ici de l’actualité la plus à vif – je préfère laisser la chouette de Minerve s’éveiller à la nuit tombée. Il y a pourtant des événements qui appellent le témoignage direct et la réflexion concentrée au présent de l’instant historique ; il faut alors les entourer des plus grandes précautions autant que de l’humilité la plus sincère. Ce qui s’est passé ce week-end en Iran exige d’être prudent… mais également d’assumer une forme d’engagement. Ce que nous vivons ces jours-ci sera probablement perçu par les historiens des prochaines générations comme l’équivalent de la chute du Mur de Berlin ou celle des tours jumelles : l’élimination (peut-être) de l’un des régimes les plus criminels au monde. Soyons donc lucides mais ne boudons pas notre plaisir, pour une fois, de vivre des temps intéressants. (J’ai écrit ce billet hier soir dans l’urgence et un train – je ne l’ai donc pas autant poli que ce que j’aurais voulu, que mes lecteurs ne m’en veuillent pas trop.)

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Dépolitisation, piège à cons ?

Ah ! quel plaisir d’être électeur !, Honoré Daumier

On se plaint à chaque nouvelle élection, on se lamente devant les chiffres de l’abstention ; de tous les côtés, on geint, on gémit, on surjoue les pleureuses en jurant que le « premier parti de France », qui ne cesse de croître, va maintenant refluer, sera désormais la préoccupation principale, enfin la cible de toutes les attentions, promis-juré-craché-croix-de-bois, on vous a entendus, Français qui vous abstenez, qui votez avec les pieds, qui préférez aller à la pêche qu’aux urnes, si si, même qu’on a vraiment saisi votre message, jusque-là, on était un peu dur de la feuille, on n’était pas sûr d’avoir bien tout interprété comme il fallait… mais cette fois, c’est pas pareil, ça y est vraiment, on a compris.

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L’Opportuniste

Jeune Homme à la fenêtre, Gustave Caillebotte (1876)

Ça y est : j’ai pris ma carte au RN.
Tu t’en doutais depuis un moment ; cette fois, c’est fait.
J’ai bien regardé partout, j’ai benchmarké tous les partis et, franchement, y a pas photo : pour faire carrière en politique, le RN, c’est le meilleur investissement pour l’avenir.

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L’hypocrisie intersectionnelle

Les Hypocrites, Gustave Doré

Fin décembre dernier, le député du Val d’Oise Carlos Martens Bilongo abandonne tout surmoi et livre, avec une franchise formidable, le fond de sa « pensée » raciste et misogyne dans un média communautaire.
Sa collègue à l’Assemblée, la députée de Paris Sarah Legrain, lui propose sur les réseaux sociaux de « l’aider à se déconstruire » pour se débarrasser de sa misogynie (parce que le racisme, on s’en fout, n’est-ce pas ?).
Immédiatement, c’est l’hallali : de quel droit cette femme blanche ose-t-elle reprendre un homme noir ? Accusée de reproduire ainsi les pires schémas colonialistes, traitée de « fémonationaliste » (on y reviendra dans un instant), l’odieuse bénéficiaire d’un « privilège blanc » (idem) est déchirée en public par une foule sentimentale de militants insoumis aussi obsédés par la race qu’une escouade du Ku Klux Klan à l’heure où mûrissent les fruits étranges. Quant à Bilongo, personne dans son camp n’exige de lui la moindre excuse… qu’il présentera pourtant dans un communiqué d’une hypocrisie exemplaire.
Bienvenue, cher lecteur, dans le monde merveilleux de l’intersectionnalité !

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