De la triche

Les Tricheurs, Valentin de Boulogne (1620)

Dans un monde où le trucage et les fausses valeurs triomphent partout, la seule certitude qui nous reste est celle des chefs-d’œuvre.
Romain Gary

Tous ventriloques, imposteurs, faux-monnayeurs, nous nous jouons du réel et le transformons en une vaste mascarade. Le remords est devenu étranger, de signer ce qu’on n’a pas produit soi-même. Le plagiat, grand invariant historique de l’homme incapable d’imagination, s’est enrichi d’une nouvelle dimension – la délégation à la machine de ce précieux privilège : le soin de créer. Alors que la machine devrait nous délivrer des autres tâches pour que nous nous consacrions entièrement à l’intelligence et à la création, c’est précisément ce qui est censé nous caractériser en tant qu’êtres humains, ce qui nous élève à la dignité d’homme, ce qui procure un instant de grandeur à nos existences, que nous lui cédons volontairement. Ce renoncement de l’homme à son humanité par l’abandon de soi à une paresse inouïe marque le franchissement d’un nouveau seuil dans la culture de l’avachissement. Le « syndrome de l’imposteur », très à la mode, trouve une réciproque ironique dans cette reddition délibérée à la contrefaçon, dans le soulagement de l’intelligence par les béquilles technologiques.

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Des tricheurs…

Le Tricheur à l’as de carreau, Georges de La Tour (1635)

Maître de l’hypocrisie, Prince de l’arnaque, Roi de la triche : mes masques sont autant de secondes peaux.

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Comme un besoin urgent de Beau

La Naissance de Vénus, Sandro Botticelli (vers 1485)

La beauté est une apocalypse. Elle nous révèle notre désastre intime et nos odeurs de pied. Elle incendie tout sur son passage.
Pierre Jourde, La Marchande d’oublies

Avez-vous jamais ressenti, vous aussi, cet écœurement physique, ce sentiment de claustration panique qui vous prend presque par surprise, lorsque vous levez les yeux et que vous voyez le monde alentour ? Cette tentative d’évasion de vos yeux qui fuient, comme d’eux-mêmes, tout ce qui vous assiège, et échouent à trouver quelque chose sur quoi se reposer ? Cette exigence désespérée, vitale, qui vous étreint les entrailles, d’un havre à habiter, d’une harmonie à retrouver pour oublier, ne serait-ce qu’une seconde, l’agression continue d’un monde qu’édifie l’homme contre lui-même ? Comme une embolie de l’âme qui étoufferait de l’absence de Beau.

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Ne m’appelez plus jamais France

Allégorie de la France sous la figure de Minerve foulant aux pieds l’Ignorance et couronnant la Vertu, Sebastiano Ricci (1718)

Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.
Pierre Reverdy

J’ai perdu le droit à mon nom.

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Encore une rentrée politique bien morne

L’Orage, Georges Michel (1830)

Alors que nous sortons d’un été apocalyptique qui devrait provoquer une mobilisation nationale unanime pour adapter le pays à la catastrophe climatique en cours, et imposer aux partis politiques et aux candidats à la prochaine élection présidentielle l’urgence de prendre leurs responsabilités et d’annoncer des mesures à la hauteur des enjeux, tous s’enferment dans une médiocrité crasse et une déconnexion coupable. Lire la suite…

Les canicules s’emballent, les idéologues aussi

Regulus, William Turner (1828)

Depuis 2003, nous n’avons rien appris, rien fait… si ce n’est perdre un jour férié (d’ailleurs, où est passé l’argent de cette « journée de solidarité » ?). En témoignent la sidération, les tergiversations et le chaos vécus ces derniers jours. Nous venons de connaître, en l’espace d’un mois, deux canicules exceptionnelles de tous les points de vue. Comme toujours en cette matière, il faut être très prudent et prendre garde de ne pas verser dans la confusion entre météo et climat, entre le temps qu’il fait ponctuellement quelques jours en France et les bouleversements environnementaux à l’échelle de la planète. C’est l’erreur que commettent, par bêtise ou mauvaise foi, les climato-négationnistes lorsque, goguenards, ils prennent un froid hiémal vigoureux ou une pluie estivale abondante pour autant de preuves du « mensonge » que serait le réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine. Rien de tel ici : quand tous les records sont battus à ce point – et plusieurs fois ! –, ces épisodes caniculaires ne peuvent pas, ne doivent pas être interprétés comme des accidents anecdotiques mais bien comme des symptômes révélateurs des bouleversements catastrophiques actuels. Aujourd’hui aberrations statistiques, ils ont de bonnes chances, demain, de devenir la norme – avec des durées, non plus de « seulement » cinq à dix jours, comme nous venons de l’expérimenter, mais d’un mois ou plus.

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Esthétique de la basket

Trois paires de chaussures, Vincent van Gogh (1886)

De toutes les tailles, de toutes les formes (ou presque), de toutes les couleurs (surtout les plus criardes), de toutes les marques (très au-delà du seul secteur du sport, et jusqu’aux grandes maisons de luxe qui s’y sont mises il y a déjà bien longtemps, flairant la mode qui ne se démodera plus…), pour tous les âges et pour tous les goûts (surtout les plus mauvais) : la basket (par facilité, et au risque de me faire crucifier par les puristes, j’engloberai sous ce terme toutes les déclinaisons : basket, tennis, etc., et, une fois n’est pas coutume, on ne pourra pas me reprocher de n’être pas inclusif !), qui est à la chaussure ce que McDo est à la gastronomie, ce que l’art contemporain est à l’art, ce que la prostitution est à l’amour ou ce que LFI est à la démocratie (libre à chacun de choisir l’analogie qui lui parle le plus), occupe des murs entiers dans les magasins de sport, s’incruste dans toutes les boutiques de fringues, prend une place folle dans nos placards, garde-robes et autres dressings, et semble imposer sa tyrannie sur nos pieds, reléguant mocassins et escarpins, derbies et richelieus, brodequins et godillots, ballerines et bottines dans les limbes enténébrés de la tatane.

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Le syndicalisme dévoyé

La Grève au Creusot, Jules Adler (1899)

Qui a une plus mauvaise image dans l’opinion publique que les fonctionnaires ? Les syndicats de fonctionnaires. Et autant je me bats constamment pour rectifier celle des premiers, le plus souvent injuste et dictée par les passions tristes de l’envie, de la jalousie et du ressentiment, ainsi que par une méconnaissance profonde du fonctionnement et des missions des services publics et de leurs agents [1] ; autant il m’est difficile de ne pas reconnaître que bien des critiques dirigées contre les seconds ont un certain fond de vérité [2].

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L’Abandon

J’ai vu le film L’Abandon, de Vincent Garenq.

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Permis de tuer

Les corps des frères de Witt, Jan de Baen (1672-1675)

Aux États-Unis, l’assassinat de Charlie Kirk. En France, le meurtre de Quentin Deranque. Deux militants aux idées contestables (comme le sont toutes les idées dès qu’elles descendent parmi les hommes), tués dans des conditions différentes. Mais dont les morts ont suscité des réactions similaires – surtout : les mêmes justifications. Parce que leurs idées déplaisaient à certains, alors il devenait licite de s’en prendre à eux physiquement, jusqu’à l’élimination. Dont acte.

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