Les canicules s’emballent, les idéologues aussi

Regulus, William Turner (1828)

Depuis 2003, nous n’avons rien appris, rien fait… si ce n’est perdre un jour férié (d’ailleurs, où est passé l’argent de cette « journée de solidarité » ?). En témoignent la sidération, les tergiversations et le chaos vécus ces derniers jours. Nous venons de connaître, en l’espace d’un mois, deux canicules exceptionnelles de tous les points de vue. Comme toujours en cette matière, il faut être très prudent et prendre garde de ne pas verser dans la confusion entre météo et climat, entre le temps qu’il fait ponctuellement quelques jours en France et les bouleversements environnementaux à l’échelle de la planète. C’est l’erreur que commettent, par bêtise ou mauvaise foi, les climato-négationnistes lorsque, goguenards, ils prennent un froid hiémal vigoureux ou une pluie estivale abondante pour autant de preuves du « mensonge » que serait le réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine. Rien de tel ici : quand tous les records sont battus à ce point – et plusieurs fois ! –, ces épisodes caniculaires ne peuvent pas, ne doivent pas être interprétés comme des accidents anecdotiques mais bien comme des symptômes révélateurs des bouleversements catastrophiques actuels. Aujourd’hui aberrations statistiques, ils ont de bonnes chances, demain, de devenir la norme – avec des durées, non plus de « seulement » cinq à dix jours, comme nous venons de l’expérimenter, mais d’un mois ou plus.

*

L’énergie est sans doute l’enjeu majeur. Et le nucléaire la meilleure réponse. En tout cas, la plus scientifique, la plus robuste, la plus fiable, la plus économique, la plus propre, la plus pilotable, la plus en mesure d’assurer notre souveraineté énergétique… bref : si le nucléaire n’est pas la solution miracle à la crise que nous vivons et que nous allons vivre plus dramatiquement encore dans les années qui viennent, elle est absolument incontournable. L’avantage extraordinaire que nos prédécesseurs nous ont légué est, hélas, consciencieusement torpillé par tout ce que la France compte d’ennemis étrangers comme de l’intérieur. La fronde antinucléaire est ainsi menée par les idéologues écologistes dénués de la moindre connaissance scientifique (je reviendrai dans quelques instants à ces sinistres pitres), téléguidés par les industries du gaz et du charbon qui financent également les associations de type Greenpeace, maîtresse dans la désinformation.

L’Allemagne – ce « modèle » tant vanté par les écologistes pour son asservissement au lobby des énergies renouvelables –, avec ses centrales à charbon dont la pollution tue des milliers d’Européens chaque année, est l’un des plus gros producteurs de carbone ; sa production d’électricité émet plus de dix fois plus de gaz à effet de serre que la France [1], qui demeure l’un des meilleurs élèves au monde. Bien peu soucieux, en réalité, de la planète et craignant surtout pour son hégémonie en Europe, notre voisin n’a jamais supporté l’avantage économique et industriel que représentait le nucléaire français, pourtant écologiquement très vertueux, et a tout fait pour le calomnier et l’anéantir… avec quelque succès !

Imprégnés de cette propagande mensongère, les dirigeants français se sont appliqués à mener des politiques énergétiques au service d’intérêts étrangers opposés aux nôtres (Dominique Voynet n’est que l’exemple le plus abject et caricatural de plusieurs générations d’élus sans vision ni conscience), avec le développement d’éoliennes coûteuses, polluantes et inefficaces, les fermetures de centrales nucléaires comme Fessenheim ou l’abandon du projet Astrid… autant de sabotages qui apparaissent comme des trahisons criminelles.

L’idéologie qui anime et sous-tend une grande partie des discours assenés par les politiques et militants écologistes n’a pas grand-chose à voir avec la nécessité absolue d’une prise en compte sérieuse et scientifique de la catastrophe climatique, mais tout à voir, en revanche, avec la religion. Moraline, puritanisme, dolorisme : ces donneurs de leçon, ces curés froids à gueule de gibet, le plus souvent bien à l’abri dans leurs appartements et leurs bureaux climatisés où ils profitent du confort qu’ils refusent aux autres, n’ont que le cilice à l’esprit et la pénitence à la bouche. Quelle idéologie mortifère, qui réclame que nous souffrions le plus possible pour expier nos crimes imaginaires et prendre conscience des enjeux environnementaux et climatiques ! Il y a là une passion cléricale, une passion morbide qui puise à tout ce que la pensée magique et la religion ont toujours produit de pire, de plus funeste – une passion imperméable à tout argument scientifique, rationnel. Ces croyances obscurantistes sont d’autant mieux ancrées qu’elles sont délirantes.

Et en leur nom, on laisse mourir des gens qui pourraient continuer de vivre. Sans rien changer aux comportements collectifs. Comment peut-on perdre à ce point toute forme d’humanité ? Ce que j’appelle la société de l’obscène, c’est aussi cette déconnexion complète de la souffrance de l’autre, ce snobisme infect, cette illusion d’incarner le Bien qui conduit inéluctablement à la déshumanisation.

Car cette idéologie tue.

À cause d’elle et de ses zélotes demi-instruits, au lieu d’œuvrer à l’intérêt général, nous nous perdons dans des débats surréalistes sur… la climatisation !

Alors, puisqu’il faut en parler, parlons-en, de la climatisation. Dénués de toute connaissance scientifique de base, n’ayant aucune idée de comment fonctionne une climatisation, ils déblatèrent des inepties et refusent de comprendre qu’une climatisation sur le principe de la pompe à chaleur air-air réversible consomme très peu d’énergie électrique, énergie à la fois abondante et décarbonée, en France, grâce au… nucléaire (et au photovoltaïque en été, lorsque la production est la plus élevée) ! La seule chaleur qu’elle « fabrique » est celle, marginale, qu’émet son moteur : schématiquement, elle « extraie des calories » à l’intérieur qu’elle « déplace » à l’extérieur. Comme ces calories seraient de toute façon « sorties » d’une manière ou d’une autre, le bilan est globalement nul. La climatisation ne « réchauffe » donc pas la planète. Quant à la pollution par les gaz réfrigérants, c’est le seul vrai point noir, bien connu, et l’objet de recherches intenses qui, ajoutées aux progrès techniques et aux évolutions normatives, ont déjà permis de la diminuer très largement. Enfin, la climatisation s’avère beaucoup plus écologique que le chauffage utilisé l’hiver (qui « fabrique » de la chaleur, lui… ce qui n’émeut guère nos anticlim doctrinaires), qu’elle remplace très avantageusement en étant beaucoup plus efficace qu’un chauffage électrique (consommation trois à quatre fois inférieure) et complètement décarbonée par rapport aux chaudières aux énergies fossiles. Autrement dit : l’installation massive de climatisations sur le principe de la pompe à chaleur réversible permettrait de réduire en même temps la consommation électrique et les émissions de gaz à effet de serre [2] !

Malgré ces faits, malgré la science et malgré la raison, l’idéologie l’emporte encore, notamment dans les projets immobiliers de construction ou de restauration. L’anecdotique et l’accessoire y prennent la place centrale et les véritables enjeux sont délaissés. Avec des conséquences d’autant plus insupportables qu’elles auraient pu, qu’elles auraient dû être évitées. Je l’ai écrit au début de ce billet : depuis 2003, nous n’avons rien appris, rien fait. Les exemples médiatiques de la gare (inaugurée en 2020) et de l’hôpital (prévu pour 2028) de Nantes, édifiés selon des principes bien plus idéologiques que rationnels, montrent l’inanité de cette démarche : ces étuves non climatisées ne peuvent qu’être des espaces hostiles aux êtres humains. Il en va de même des crèches, des écoles, des hôpitaux, des Ehpad, etc., dans lesquels la climatisation a été rejetée par principe – et, il faut être honnête, par économie, l’écologie étant un excellent prétexte lorsqu’elle peut servir à réduire les coûts. Tous ces espaces ont un point commun : ils sont censés être des havres pour les plus fragiles. Si les décisions avaient été guidées par la raison et non par l’idéologie, par l’intérêt général et non par l’incurie des élus nationaux comme locaux, bien des morts et bien des souffrances auraient pu être largement évitées, parmi les plus jeunes, les plus pauvres, les plus précaires, les plus vieux, les plus vulnérables. Ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Et les mêmes qui s’en sortent sans jamais rendre compte de leur (ir)responsabilité.

Les villes deviennent donc invivables. Nos élus en sont largement responsables qui, non seulement n’appliquent pas les solutions nécessaires mais, en plus, souvent au prétexte fallacieux de l’écologie, aggravent encore la situation avec leurs politiques urbaines de densification (folie des dents creuses comblées qui créent des « canyons urbains » privés de ventilation), de minéralisation, de bétonnage, d’utilisation de revêtements de mauvaise qualité, de suppression des arbres matures, etc. Paris est l’exemple caricatural de ces politiques antiécologiques… menées par des municipalités auxquelles participent le plus souvent des élus prétendument écolo. Pourquoi a-t-on si aisément oublié Adolphe Alphand, qui doit jouer au ventilateur dans sa tombe s’il voit ce que l’on inflige à sa ville, et son entreprise novatrice et salutaire de végétalisation (réelle) de Paris au XIXe siècle avec la plantation de très nombreux arbres ? L’amnésie qui accompagne l’inculture et l’arrogante illusion « progressiste » nous fait dilapider, avec une morgue suicidaire, ce précieux héritage, inconscients que nous sommes de l’importance de ce patrimoine.

Pendant que nous perdons notre temps avec des débats stupides, nous perdons aussi de vue des enjeux gravissimes : en-dehors de nos villes-fours, dans cette France rurale qui n’intéresse ni les médias ni les politiques, cette canicule a provoqué la mort de millions de bêtes d’élevage et d’animaux sauvages, brisé une part importante de notre agriculture et grandement fragilisé voire anéanti des écosystèmes entiers [3]. Ici aussi, en matière d’agriculture et de protection des écosystèmes, la situation réclame une politique ambitieuse ; ici aussi, nous souffrons d’un terrible déclassement de la France.

Devons-nous vraiment nous résoudre, comme le veau que l’on conduit à l’abattoir, à crever de froid en hiver et de chaud en été ? Dans les deux cas, nous subissons une forme de déchéance nationale qui atteint déjà tant de pans de notre société : école, hôpital, transports… La France devient de plus en plus un pays… du tiers-monde. Et pour y répondre, nous ne faisons que multiplier les bricolages débiles (recouvrir les fenêtres de « blanc de Meudon » : vraiment ? on en est là ?), proposer des solutions contre-productives (le dogme de l’isolation des bâtiments qui les transforme souvent en véritables « bouilloires thermiques ») ou encore plus polluantes.

Il serait pourtant possible, avec une volonté politique portée par de véritables hommes d’État (espère disparue en nos contrées), de rendre à la France son rang de leader mondial de l’énergie nucléaire. Quand un dirigeant politique proposera-t-il enfin un nouveau « plan Messmer », avec la construction de dizaines d’EPR et surtout l’investissement massif nécessaire dans la recherche scientifique en matière nucléaire ? Mesures de salubrité nationale auxquelles il faut ajouter – parce que tout commence toujours là : à l’école – le renforcement de l’enseignement scientifique à tous les niveaux, dans un pays où l’inculture scientifique fait des ravages autant dans la population qu’au sein d’une classe politique profondément ignare, donc perméable aux pires obscurantismes et aux propagandes idéologiques.

Il faut en finir avec les leçons de morale d’idéologues incompétents : tout discours sur l’écologie, sur l’environnement, sur le climat, qui ne se fonde pas sur des connaissances scientifiques minimales, est nul et non avenu. Chacun a le droit d’avoir une opinion et de l’exprimer dans l’espace public mais l’iségorie, fondamentale en démocratie, ne signifie pas que toutes les opinions se valent et l’expertise dans un domaine doit être reconnue. Or, de ce point de vue, les partis soi-disant écologistes, dont aucun cadre n’a la moindre légitimité scientifique malgré leurs innombrables diplômes de sociologie en « gender studies » de l’université Paris-VIII, sont les pires impostures possibles. De même, les Autorités administratives indépendantes, les associations, les lobbies divers, gangrenés par l’idéologie et obstinément imperméables à la science, sont les pires ennemis de la planète – l’ADEME, par exemple, doit être démantelée et ses fonctions réintégrées aux administrations centrales et, surtout, confiées à des ingénieurs et des scientifiques sérieux.

*

Évidemment, moins encore que le nucléaire, la climatisation ne saurait être envisagée comme la solution miracle, ni même unique, contre le réchauffement climatique – cette idée est complètement idiote et, contrairement à ce qu’affirment les sombres inquisiteurs de l’antiscience, personne ne prétend rien de tel ! Mais nous avons là une solution rationnelle et raisonnable d’adaptation, qui sauverait des milliers de vies. Et qui doit être cumulée avec d’autres : reconstruire une filière nucléaire intégrée et renouer avec la tradition d’excellence française, je l’ai dit ; mais aussi végétaliser réellement les villes (au contraire de l’hécatombe d’arbres causée par la municipalité parisienne) ; électrifier les usages ; réindustrialiser le pays afin de retrouver notre souveraineté, de diminuer les pollutions dues au commerce international et de cesser d’exporter notre pollution et nos émissions dans des pays dont la faiblesse ou l’absence des normes permettent un injuste dumping environnemental (argument à la fois écologique et économique) ; protéger et adapter notre agriculture ; en finir avec les escroqueries des moulins à vents qui ne produisent rien, polluent, détruisent les paysages, fragilisent notre réseau électrique et engraissent des entrepreneurs et des politiciens corrompus ; et puis (quoique la liste ne s’arrête pas là), tâche bien difficile, modifier nos habitudes de consommation. Or, pour ce dernier point, la culpabilisation individuelle (si tu ne tries pas ta poubelle, tu détruis la planète) et la déresponsabilisation collective (il suffit de faire pipi sous la douche pour sauver la planète), comme le dolorisme antihumaniste, ne servent à rien. Comme s’il fallait choisir entre sauver la planète et sauver les êtres humains : l’alternative est absurde et criminelle.

Il faut être très clair : nous ne retrouverons jamais le climat de notre enfance. En revanche, il faut tout faire pour que la planète ne devienne pas invivable. Il s’agit donc tout à la fois de s’adapter et de réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre. Et, pour cela, nous avons besoin de sciences mais aussi de politique, dans le sens le plus fort du terme.

Cincinnatus, 29 juin 2026


[1] 342g eqCO2/kWh pour l’Allemagne contre 32 pour la France en 2025.

[2] Lire l’article « Climatisation : ces 12 idées reçues qui empêchent la France de s’adapter », sur le site Les électrons libres.

[3] Je recommande vivement de suivre les interventions de l’agroclimatologue Serge Zaka dans les médias et sur les réseaux dits sociaux.

Esthétique de la basket

Trois paires de chaussures, Vincent van Gogh (1886)

De toutes les tailles, de toutes les formes (ou presque), de toutes les couleurs (surtout les plus criardes), de toutes les marques (très au-delà du seul secteur du sport, et jusqu’aux grandes maisons de luxe qui s’y sont mises il y a déjà bien longtemps, flairant la mode qui ne se démodera plus…), pour tous les âges et pour tous les goûts (surtout les plus mauvais) : la basket (par facilité, et au risque de me faire crucifier par les puristes, j’engloberai sous ce terme toutes les déclinaisons : basket, tennis, etc., et, une fois n’est pas coutume, on ne pourra pas me reprocher de n’être pas inclusif !), qui est à la chaussure ce que McDo est à la gastronomie, ce que l’art contemporain est à l’art, ce que la prostitution est à l’amour ou ce que LFI est à la démocratie (libre à chacun de choisir l’analogie qui lui parle le plus), occupe des murs entiers dans les magasins de sport, s’incruste dans toutes les boutiques de fringues, prend une place folle dans nos placards, garde-robes et autres dressings, et semble imposer sa tyrannie sur nos pieds, reléguant mocassins et escarpins, derbies et richelieus, brodequins et godillots, ballerines et bottines dans les limbes enténébrés de la tatane.

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Le syndicalisme dévoyé

La Grève au Creusot, Jules Adler (1899)

Qui a une plus mauvaise image dans l’opinion publique que les fonctionnaires ? Les syndicats de fonctionnaires. Et autant je me bats constamment pour rectifier celle des premiers, le plus souvent injuste et dictée par les passions tristes de l’envie, de la jalousie et du ressentiment, ainsi que par une méconnaissance profonde du fonctionnement et des missions des services publics et de leurs agents [1] ; autant il m’est difficile de ne pas reconnaître que bien des critiques dirigées contre les seconds ont un certain fond de vérité [2].

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L’Abandon

J’ai vu le film L’Abandon, de Vincent Garenq.

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Permis de tuer

Les corps des frères de Witt, Jan de Baen (1672-1675)

Aux États-Unis, l’assassinat de Charlie Kirk. En France, le meurtre de Quentin Deranque. Deux militants aux idées contestables (comme le sont toutes les idées dès qu’elles descendent parmi les hommes), tués dans des conditions différentes. Mais dont les morts ont suscité des réactions similaires – surtout : les mêmes justifications. Parce que leurs idées déplaisaient à certains, alors il devenait licite de s’en prendre à eux physiquement, jusqu’à l’élimination. Dont acte.

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Le sens de la nuance

Philosophe en méditation, Rembrandt (1632)

Le microcosme des réseaux dits sociaux, avec ses modes et ses règles, déborde, dégueule de toutes parts. Les formats qu’imposent les algorithmes – mais derrière les algorithmes, il y a des hommes et des intérêts, toujours, bien sûr, même s’ils ne savent pas, même s’ils ne comprennent pas, même s’ils ne veulent pas voir – les formats qu’imposent les algorithmes collent à la peau même de ceux qui croient y échapper. (La contamination de l’espace public n’est peut-être rien d’autre que son adaptation au temps ? vaines ratiocinations de la poule et de l’œuf. Peu importe.)

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Recherche hommes d’État désespérément

Georges Clemenceau, Marie-Gabriel Biessy

En bon républicain, j’ai en horreur tous les césarismes, j’exècre les aventuriers et les mercenaires, je fuis les obsédés du pouvoir personnel et les sauveurs autoproclamés, je conspue les matamores et les bateleurs, je conchie les imposteurs et les opportunistes.

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Les mots perdus

Rien n’est plus maltraité aujourd’hui que la langue. Affadie, affaiblie, abandonnée… le massacre se déroule dans un silence assourdissant puisque que ceux-là qui devraient la chérir et la défendre s’en fichent éperdument. Le vocabulaire se rabougrit, les nuances disparaissent, les mots aux variations subtiles sont remplacés par leurs versions anglo-saxonnes qui perdent l’essentiel de leurs significations dans le voyage transatlantique… ne subsiste qu’un langage sans finesse ni grandeur, seulement utilitariste, à peine efficace pour une communication formelle mais sans doute parfaitement adapté à la culture de l’avachissement [1] : à quoi serviraient une grammaire évoluée et un lexique étendu pour commander sa pitance en ligne ?

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Les gangsters de la République

Nos représentants semblent avoir perdu de vue l’intérêt général, l’honneur et la vertu civique.

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Une nouvelle ère puritaine

American Gothic, Grant Wood (1930)

Écr.l’inf.

Les rabat-joie et les tristes sires, les petits Torquemada et les grands inquisiteurs, les puceaux de bénitier et les barbus façon balai à chiotte, les coincés du cul et les peine-à-jouir, les donneurs de leçon et les père-la-moraline, les philistins et les philodoxes… quelles que soient leurs obédiences, leurs religions, leurs doctrines et leurs névroses, ils peuvent tous se réjouir : ils sont les maîtres de notre temps, les grands ordonnateurs de la morale de l’époque, les procureurs des bonnes mœurs et les bourreaux de toutes les déviances. L’esprit de pesanteur règne sur notre société qui, d’ennui, se laisse séduire par les puritanismes les plus cons. Ça pue le curé froid !

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