Jeune Homme à la fenêtre, Gustave Caillebotte (1876)
Ça y est : j’ai pris ma carte au RN. Tu t’en doutais depuis un moment ; cette fois, c’est fait. J’ai bien regardé partout, j’ai benchmarké tous les partis et, franchement, y a pas photo : pour faire carrière en politique, le RN, c’est le meilleur investissement pour l’avenir.
Fin décembre dernier, le député du Val d’Oise Carlos Martens Bilongo abandonne tout surmoi et livre, avec une franchise formidable, le fond de sa « pensée » raciste et misogyne dans un média communautaire. Sa collègue à l’Assemblée, la députée de Paris Sarah Legrain, lui propose sur les réseaux sociaux de « l’aider à se déconstruire » pour se débarrasser de sa misogynie (parce que le racisme, on s’en fout, n’est-ce pas ?). Immédiatement, c’est l’hallali : de quel droit cette femme blanche ose-t-elle reprendre un homme noir ? Accusée de reproduire ainsi les pires schémas colonialistes, traitée de « fémonationaliste » (on y reviendra dans un instant), l’odieuse bénéficiaire d’un « privilège blanc » (idem) est déchirée en public par une foule sentimentale de militants insoumis aussi obsédés par la race qu’une escouade du Ku Klux Klan à l’heure où mûrissent les fruits étranges. Quant à Bilongo, personne dans son camp n’exige de lui la moindre excuse… qu’il présentera pourtant dans un communiqué d’une hypocrisie exemplaire. Bienvenue, cher lecteur, dans le monde merveilleux de l’intersectionnalité !
Les Collecteurs d’impôts, Marinus van Reymerswale (XVIe s.)
« On paie trop d’impôts ». Certes. Ce cri universel réunit tous les individus, tous les peuples, tous les pays, toutes les sociétés. Il faut néanmoins avouer qu’à l’agacement bien compréhensible se mêlent souvent la mauvaise foi et le ressentiment. Car, quel que soit le montant réellement prélevé de toutes les manières possibles – et, dans ce domaine, l’imagination humaine n’a guère de limite –, c’est toujours trop : celui qui se voit délesté de 70 % de ses revenus réclame un rabais à 50, celui à qui on prend 30 % milite pour descendre à 10… et même lorsqu’on n’en paie point, on voudrait encore en payer moins. Il serait d’ailleurs, au contraire, bien difficile de trouver quelqu’un qui affirmerait sincèrement vouloir en payer plus… en-dehors d’une clique de quelques milliardaires provocateurs qui s’offrent ainsi à intervalle régulier un petit coup de pub à la générosité feinte. Trop d’impôts, donc ? Mouais. Mais pour quoi faire ? et surtout : « où va l’argent ? », se demande-t-on avec, cette fois, quelque justesse.
La Calomnie d’Apelle, Sandro Botticelli (vers 1495)
Derrière le pseudonyme d’Asha Emen, il y a une femme extraordinaire que j’ai la chance de compter parmi mes meilleurs amis. Iranienne par naissance, Française par passion, Asha, puisque je dois l’appeler ainsi pour la protéger et pour protéger les siens, Asha nous fait un cadeau inestimable : ce texte passionné et passionnant qui sonne comme un appel à la France, cette patrie qu’elle a choisie, un appel à comprendre ce qui se déroule en Iran, cette patrie qu’elle voit aujourd’hui essayer se libérer dans le sang, la douleur et la mort, du joug terrible qui l’écrase depuis 1979, en cherchant dans la réconciliation avec son passé la force de se construire un avenir. Pour saisir ce qui se passe dans l’une des plus anciennes et des plus riches civilisations du monde, pour les Iraniens qui meurent en ce moment même parce qu’ils se font une certaine idée de la liberté qui devrait résonner aux oreilles de notre nation comme un vieux chant bien connu et nous prendre aux tripes, il faut lire, relire et faire lire ce magnifique texte d’Asha.
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Des sacs de cadavres, des chiffres aberrants. Ils savent que ces assassins vont leur tirer dessus et ils y vont. Lire la suite…
Brigitte Bardot n’existe plus. BB, elle, persiste dans nos imaginaires. Le décès de l’idole a déclenché des réflexes devenus habituels : aux hommages enamourés se sont opposées les nécrologies perfides. Sublime incarnation de la féminité et de la liberté ou immonde suppôt de l’extrême droite, Bardot a continué de faire couler l’encre et le fiel, même dans sa mort – qui est aussi celle, plus que symbolique, d’une époque.
Bal du moulin de la Galette, Auguste Renoir (1876)
Le légendaire cri du cœur de Pompidou à son jeune conseiller Chirac pourrait tout aussi bien être poussé aujourd’hui, tant tout ce qu’entreprennent nos dirigeants politiques semble fait pour rendre la vie des gens plus difficile, plus compliquée, plus stressante. Des ostréiculteurs obligés d’installer des WC et un lavabo dans tous leurs bateaux aux automobilistes interdits de centres-villes au prétexte qu’ils seraient des « ennemis de la planète », des salariés écrasés par le micromanagement au agriculteurs assassinés par des réglementations que dictent les croyances plutôt que la science, les colères et le ras-le-bol paraissent plus que légitimes.
Ils ne pensent qu’à ça, ces obsédés ! « FACHOS ! », gueulent-ils à tout-va, du côté de la « gauche », de la « vraie gauche », de la pure, de la dure – même s’il faut reconnaître qu’ils ne sont pas les seuls, sur l’échiquier politique, à se servir de la reductio ad hitlerum comme seule « argumentation » pour discréditer l’autre. L’insulte politique la plus répandue, avec toutes ses variations, selon l’heure et l’humeur, se rapporte toujours à une forme de nostalgie perverse de l’expérience fasciste : « nazis », « bruit de bottes », « heures les plus sombres », « années 30 », etc. ad nauseam et tutti quanti. Lire la suite…
À propos d’Épuisé, de Johann Margulies (éditions de l’Observatoire, 2025)
Ce billet est une histoire d’amitiés. D’abord, celle qui me lie depuis de nombreuses années à Jo Zefka, l’une de ces trop rares personnes qui font que les réseaux dits sociaux ne sont pas seulement un immonde cloaque ; ensuite, celle que j’entretiens depuis aussi longtemps avec Johann Margulies, le premier auteur invité à avoir publié un billet dans ces carnets et dont l’humour, l’intelligence et l’humanité n’ont rien à envier à ceux du précédent ; enfin, et peut-être surtout, celle entre ces deux-là, qui a donné naissance à cette très belle recension par le premier du livre écrit par le second : Épuisé. Jo a lu l’ouvrage aussi profond que bouleversant de Johann – le récit à la fois intime, philosophique et politique de sa maladie. Ensemble, avec ce billet et ce livre, ils nous font des cadeaux précieux. Il faut lire ce texte de Jo ; il faut lire le bouquin de Johann.