
Il y a un an, je débutais 2023 avec le constat désespéré d’une France qui ne s’aimait pas [1]. Aujourd’hui, je pourrais publier le même billet… en un peu plus tragique encore. Nous nous enfonçons dans le repli individualiste, le marasme national et le ressentiment politique. La classe dirigeante est sans doute la plus incompétente et la plus lamentable de notre histoire et le peuple lui-même semble avoir abandonné toute vertu civique et toute décence commune.
Et je ne vois guère comment nous pourrions sortir de l’ornière.
Républicains, nous sommes orphelins, isolés et n’avons pas même la volonté de nous réunir – trop occupés que nous sommes, risibles Narcisses, à nous regarder le nombril et à nous chamailler pour des broutilles. La constitution d’un grand mouvement républicain capable d’incarner sérieusement notre famille de pensée, de s’imposer dans le débat public, de remporter la bataille culturelle puis la guerre politique, de réinstaurer, enfin, la République, me paraît plus illusoire que jamais. Cela signifie-t-il abandonner la lutte ? Non, évidemment. Mais il faut être lucide.
Voici plus de neuf ans que je publie ici mes billets. J’y cible mes adversaires et mes ennemis, qu’ils soient de gauche ou de droite, identitaires ou néolibéraux, obscurantistes religieux ou technolâtres antihumanistes, destructeurs de la planète ou de l’homme ; je tance sévèrement mes amis, lorsque je les vois trop souvent déconner ; j’essaie d’user autant de l’ironie du pamphlet, genre littéraire aussi noble que réjouissant, que de la rigueur de la philosophie, pour exhiber les travers de mes contemporains – qu’avec eux je partage largement. De la culture de l’avachissement à la société de l’obscène, je ne peux me résoudre à la déshumanisation protéiforme qui étend son empire, pas plus qu’aux trahisons et manipulations que subissent la culture et la science, dans lesquelles le génie humain s’immortalise.
Tout cela, je l’ai déjà écrit, déjà décrit. Après 374 billets, j’ai parfois l’impression de me répéter. In girum imus nocte et consumimur igni. Répétition et pédagogie, me répondra-t-on pour me rassurer. Certes. Mais, pour cette nouvelle année, j’ai envie de changer. Sans doute continuerai-je à railler férocement le « wokisme » et ses prêtres ascétiques, à ferrailler contre le néolibéralisme et ses petits gris de l’axe Bercy-Bruxelles-Berlin, à gueuler que, plus que jamais, il nous faut écraser l’infâme avant qu’il ne nous massacre, à tonner contre les réseaux dits sociaux et les chaînes de désinformation en continu, à défendre la vocation de l’école contre son effondrement et ses fossoyeurs, à prescrire l’intelligence des mes amis morts, Arendt, Camus, Gary et tous les autres, comme remède à la bêtise qui encrasse les esprits des vivants, à m’émerveiller devant la beauté du monde et de l’art, à tenter, vainement, de participer à l’édification d’un monde commun dans lequel puisse vivre ma fille…
Toutes ces batailles doivent être menées. Sans trêve ni repos.
Je suis pourtant las – les trois premiers billets de décembre, consacrés à notre devise nationale et qui forment, en quelque sorte, un résumé de la plupart de mes combats, m’ont laissé exsangue. Et je me prends à désirer avancer en d’autres terrains, changer de champ lexical comme d’autres changent de masque ou de costume, ouvrir des perspectives vers lesquelles je n’ai pas encore osé m’aventurer. Et puis écrire moins. Ou plus lentement. En 2024, tous les lundis ne seront peut-être pas Cinci.
Il est hautement probable que, comme toutes les bonnes résolutions de début d’année, celles-là ne tiendront que le temps de leur formulation. Nous verrons. En attendant, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère, je t’ai souhaité la semaine dernière un joyeux Noël : je te souhaite aujourd’hui, le plus sincèrement du monde, une bonne année 2024 !
Cincinnatus, 1er janvier 2024
[1] Voir « Une tragédie française ».

Votre voix est importante, j’oserai dire nécessaire. Je ne commente pas souvent, car il y a souvent rien à ajouter à ce que vous dites. Mais je souhaite le meilleur pour vous, les vôtres et, soyons optimistes, pour notre pays qui doit bien receler encore quelques hommes de bonne volonté , discrets, mais efficients !
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Viendra ce moment où les républicains de tous bords se rassembleront autour d’une incarnation.
D’ici cela, le temps nous est accordé pour nous préparer à livrer bataille et campagnes électorales.
En attendant, je vous souhaite une très bonne année.
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Répugnante république! Un mythe ,une relique, la peur de l’autre chez le français de souche! Les bancs de l’école t’encensent, mais pour lire l’histoire je dois m’opposer aux bourgeois ! Tu as choisi ! Je ne te souhaites rien.
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Alors pourquoi perdre du temps à me lire et commenter ?
Bonne année quand même à vous et à votre ressentiment.
Cincinnatus
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Bonjour,
Je vous lis (à vrai dire par intermittence et donc je n’ai pas tout lu, mais je vous lis…) depuis quelques mois et pour faire court: ça me plaît.
Vos colères sont souvent les miennes et votre ton me réjouit.
Mon entourage se plaint de ces mêmes emportements quand j’aborde avec lui les sujets « difficiles »; votre lecture m’apporte des arguments complémentaires et j’en suis heureux.
Mis à part le monde, surtout ne changez rien!
Merci,
Pierre
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Je vous remercie sincèrement pour votre lecture et vos encouragements !
Cincinnatus
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