Passe sanitaire : les vertiges de la déraison

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Louis Pasteur, par Albert Edelfelt (1885)

Ce billet est doublement exceptionnel. D’abord, il interrompt la série estivale des « lectures de Cinci » que vous retrouverez lundi prochain avec (encore) un bouquin formidable à lire à tout prix. Ensuite, il traite d’un sujet de l’actualité brûlante (en cet été pourri, il n’y a bien que cela pour nous réchauffer), alors que, normalement, je préfère laisser l’écume aux réseaux dits sociaux. Ces histoires de passe sanitaire prennent néanmoins un tour si inquiétant que je m’essaie à donner, à mon tour, mon avis sur le sujet [1].
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Le syndrome Batman

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Franchement, Docteur, je ne sais pas quand ça commencé ni si quelque chose a déclenché tout ça mais, d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais supporté l’injustice. Aucune injustice. Quelle qu’elle soit. D’où qu’elle vienne. Aussi infimes ou généralisées qu’elles soient, toutes les injustices me foutent dans une rogne pas possible. Lire la suite…

Une pandémie d’incivisme

Image de la Mort. Gravure sur bois de Michael Wolgemut, dans La Chronique de Nuremberg (1493)
Image de la Mort, Michael Wolgemut, dans La Chronique de Nuremberg (1493)

Quand retombent les billevesées du « vivre-ensemble » auxquelles plus personnes ne feint de croire, apparaît dans toute sa crudité l’anéantissement des solidarités. La crise sanitaire agit, à ce sujet, comme un cruel révélateur du chacun-pour-soi qui dicte nos comportements. Pour beaucoup, l’épidémie en cours n’est qu’une « maladie de vieux » au nom de laquelle on bride leurs chères libertés individuelles. Ne plus pouvoir aller au restaurant, au cinéma ni dans les bars est vécu comme une atteinte à leurs droits fondamentaux. Nous sommes devenus un peuple de sales gosses capricieux et pourris gâtés qui ne montrons aucun scrupule à affirmer haut et fort qu’on aurait mieux fait de laisser crever les vieux et les faibles.

Quelle société mérite de survivre qui se plaint de ne pas pouvoir se retrouver au bar mais n’a aucune pensée pour ses vieux qui meurent seuls ?
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Aux lecteurs

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Déjà.

Pour cette nouvelle année qui pointe, il m’a semblé qu’il était temps de rafraîchir un peu ce blog. Lire la suite…

Que les vieux crèvent !

Deux vieillards mangeant de la soupe - Goya
Francisco de Goya, Deux vieillards mangeant de la soupe (1819-1823)

On a mis à genoux un pays entier pour sauver quelques milliers de vieux qui, de toute façon, seraient morts dans les six mois !

1. Le mensonge

La première prémisse – ce virus ne tue que les vieux et les faibles – est un mensonge.

Quelle que soit la manière dont on découpe la population en statistiques façon tranches de saucisson, toutes les catégories sont touchées par ce virus. Lire la suite…

Quel monde pour toi, ma fille ?

Tu viens d’avoir trois ans, ma fille. Dans quel monde en auras-tu trente, vers le mitan du siècle ? Ce siècle dans lequel je suis entré à déjà vingt. Enfant du vingtième et homme du vingt-et-unième, je me sens surtout millénaire. Frémiras-tu, toi aussi, au souvenir de cette mer Égée qui porte les vaisseaux des Achéens vers l’Est et l’immortalité ? Ou toutes ces histoires qui me constituent vous seront-elles étrangères, à toi et à tes compagnons temporels ? Je sens aujourd’hui survenir la rupture du fil ténu qui relie les vivants aux morts, les présents aux passés. L’augmentation des fondations, conception romaine de la culture qui m’est parvenue non sans mal, signifiait un respect critique et cette volonté de transmission que je t’assène dans mon effroi devant son obsolescence. Le monde commun semble s’anéantir sous nos yeux, à mesure que la culture s’éteint. Nous avons dilapidé notre héritage, faute de nous y intéresser, de chérir ce patrimoine comme il se doit. Que vous lèguerons-nous, sinon un monde amnésique – le contraire d’un monde, donc ? Fin de la transmission [1]. Lire la suite…

Collapsologie : demain, la fin du monde ?

Le triomphe de la Mort - Bruegel
Le triomphe de la Mort – Pieter Bruegel l’Ancien (1562)

L’effondrement est à la mode. La crise environnementale imprègne les consciences et fait sortir les dystopies apocalyptiques de l’exercice de style littéraire et des psychopathologies anecdotiques ; les prédictions scientifiques apportent une caution rationnelle à ce qui jusqu’à présent relevait de la science-fiction ou de la paranoïa. En d’autres termes : l’« heuristique de la peur », réflexion complexe et pleine de nuances de Hans Jonas, accouche aujourd’hui d’une certitude que la fin de ce monde est proche et, surtout, inéluctable. Lire la suite…

La souffrance en concurrence

Ne te plains pas, ça pourrait être pire : tu pourrais être…

Combien de fois n’a-t-on pas entendu ce genre de phrase, assortie d’un soupir condescendant ? Quelle que soit la cause de votre souffrance (morale, psychologique, physique, existentielle…), par la confidence, vous cherchez en l’autre compassion ou compréhension… et vous ne recevez que la désignation d’une misère tierce, toujours pire que la vôtre, qui légitimerait l’intimation à vous taire. Selon ce sophisme dit « de la double faute », constater l’existence que quelqu’un, quelque part, souffre plus que soi interdirait toute récrimination, toute revendication. Le relativisme de la peine impose le silence. Mais quelle espèce de morale perverse est-ce là ? Lire la suite…

Moi, parent d’élève

Ça y est. Depuis cette rentrée, je suis devenu un… parent d’élève. En tant que tel, je découvre un nouveau monde sociabilités, avec ses personnages attachants ou détestables, flamboyants ou effacés. Un nouveau petit théâtre social, semblable à tous les autres, peuplé, peut-être, d’une plus grande proportion de caricatures. Je me vois ainsi naviguer entre les bobos déconnectés du monde réel qui instrumentalisent l’école de leurs enfants à leurs rêves démagogiques et la FCPE, rendue odieuse à mes yeux par son écrasante responsabilité dans les réformes délétères des dernières décennies. Difficile, donc, de me sentir une quelconque solidarité avec ces gens qui veulent s’impliquer dans l’école pour mieux la détruire. Ils s’amusent avec un détestable esprit de sérieux, se sentent « investis » et en oublient complétement le rôle et la vocation de l’institution scolaire.

Soyons juste : à l’échelle de l’établissement de ma fille, la plupart de leurs idées et initiatives sont très sympathiques et inoffensives. Je suis même prêt à participer sincèrement à celles qui agrémentent le quotidien de mon enfant, resserrent les liens avec ses camarades et souvent, hélas !, suppléent aux dysfonctionnements de l’administration scolaire. Lire la suite…

Tous des sales gosses !

Quelle société de petits cons nous formons ! Où que le regard se tourne, point d’adultes : ça grouille d’adolescents mal élevés, quelle que soit leur date de naissance. Même les cheveux blanchis par l’âge ne semblent avoir acquis de leurs années passées que la vanité de cœur et la myopie d’esprit. Et en matière de maturité, il n’est rien à chercher non plus du côté des toniques intermédiaires entre le bachot et l’EHPAD. Des corps protégés par la médecine moderne trimballent des ego bouffis de dérisoires certitudes. Lire la suite…