Les sondages contre la démocratie

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Sondeur dévorant la démocratie

Les sondages électoraux devraient être interdits. Et qu’on ne me sorte pas le couplet sur la fièvre, le thermomètre, etc. : les sondages n’ont rien d’un instrument servant à mesurer scientifiquement les volontés de l’électorat. Tout cela, ce n’est que de l’enfumage : j’ai déjà longuement expliqué pourquoi ils n’ont rien de scientifique et comment ils fabriquent de toutes pièces l’« opinion publique » (lire : « Sondages : une cure de désintox, vite ! »). Les conséquences de cette scientificité usurpée et des manipulations des citoyens sont gravissimes pour une démocratie déjà mal en point.
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De la dictature à Rome

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Cicéron dénonce Catilina, Cesare Maccari (1889)

Salus populi suprema lex esto
Que le salut du peuple soit la suprême loi
(Cicéron, De Legibus, livre III)

La prudence humaine, quel que soit le degré de sagesse atteint, ne peut pas tout prévoir et les règles qu’elle édicte, aussi générales soient-elles, ne peuvent pas couvrir tous les cas. Il faut donc conserver dans l’ordre juridique la possibilité d’un pouvoir résiduel d’agir de manière discrétionnaire. De même, surgissent des situations exceptionnelles dans lesquelles il est intrinsèquement justifié d’attenter aux droits individuels pour prévenir un mal plus grand, ou d’agir en dehors de la loi, voire contre elle, lorsque le bien public ou l’intérêt général l’exigent. Les institutions d’exception servent à ménager, à l’intérieur de l’ordre juridique normal, les marges nécessaires à la gestion de ces cas qui appellent des mesures discrétionnaires – qui ne sont pas pour autant arbitraires – qui dérogent aux normes juridiques en vertu d’un but qui est le bien public ou l’intérêt général.
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Tous responsables !

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La Nef des fous, Jérôme Bosch (1500)

Il y a de quoi désespérer, tant l’offre politique est affligeante. De tous les côtés : de sinistres pantins identitaires, des clones tristes néolibéraux ; aucun dirigeant d’envergure, doté d’un minimum de culture et du sens des responsabilités ; rien que des velléitaires n’ayant pour toute justification de leur ambition qu’un pitoyable : « après tout, pourquoi pas moi ? ». Les derniers squatteurs de l’Élysée ont bien montré l’exemple.
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L’Union européenne contre l’Europe

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L’enlèvement d’Europe, Giambattista Tiepolo (1725)

J’aime l’Europe. Sans doute est-ce pour cela que je ne peux supporter ce que les institutions de l’Union européenne lui font. La confusion des deux – UE et Europe – est d’ailleurs la meilleure arnaque antipolitique qui soit (avec l’idée ahurissante que les éoliennes sont bonnes pour l’environnement, mais c’est une autre histoire).
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Combien ça coûte ?

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Avarice, Pieter Brueghel l’Ancien (1558)

Avec les grandes manœuvres qui s’organisent pour la prochaine élection présidentielle, nous allons devoir subir l’exercice devenu rituel pour chaque candidat : le « chiffrage du programme ». Ce spectacle, si enthousiasmant qu’il donnerait envie à une araignée de se suicider en se pendant à un fil de sa toile, est devenu un lieu commun de toute campagne. Les candidats se soumettent ainsi, volontairement, aux analyses très-scientifiques d’économistes très-sérieux, dont les oracles déterminent la crédibilité des programmes de gouvernement. Chaque idée, chaque proposition, chaque ligne est mesurée en euros de recette ou de dépense ; chaque hypothèse est évaluée et associée à une probabilité définissant son « réalisme » ; chaque vision du monde est découpée en petits morceaux, tous quantifiés pour déterminer à quel point elle est « soutenable ». Ce bal des faux-culs n’a qu’un seul objectif : asservir le politique à l’économique.
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Les lectures de Cinci : une boussole républicaine

Pour une République laïque et sociale : héritages, défis, perspectives, Charles Coutel, préface de Patrick Kessel, éd. L’Harmattan, coll. Débats laïques, 2021.

CoutelLe livre en deux mots

Le philosophe Charles Coutel, spécialiste, entre autres !, des Lumières, de Condorcet, de la laïcité, etc. etc., a offert cette année un livre précieux aux défenseurs de la République, dédié « à la mémoire de Samuel Paty, professeur mort pour la République ». Loin de se contenter d’un énième catéchisme creux appelant, de cliché en lieu commun, aux mânes des grands anciens, il concentre au contraire ses réflexions sur l’action. Lire la suite…

Adversaires ou ennemis ?

Les SabinesEn politique, on n’a que des adversaires – non des ennemis. En tout cas, on devrait.
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Moraline à doses mortelles

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Couvrez ce sein, que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

Molière, Le Tartuffe ou L’imposteur, Acte III, Scène 2

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J’ai toujours préféré les moralistes aux moralisateurs.

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Nous devons tant à Machiavel. Loin de la vulgate qui en fait un manipulateur cynique et l’alibi de tous les despotes, le penseur florentin, que ce soit dans son Prince ou dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, occupe toute son intelligence, et la finesse de sa plume, à analyser les mœurs politiques – et à défendre l’humanisme civique en lisant les institutions de la Rome antique avec l’œil du républicain de la Renaissance. Parmi ses précieux apports à la pensée, il affranchit le politique de la morale. Lire la suite…

La triste farce des régionales

Départements dans les limites des provinces d’Ancien Régime, Paul Vidal de La Blache

Dans un mois, les 20 et 27 juin, sous les hourras d’un enthousiasme inouï, auront lieu les prochaines élections régionales. Elles paraissent une illustration aussi farcesque qu’affligeante d’une idée que je tente de développer ici depuis longtemps : la démocratie n’est pas réductible au formalisme électoral [1].
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Raconte-moi une histoire !

Gustave doré - La lecture des contes en famille
Gustave doré, La lecture des contes en famille
© Bibliothèque nationale de France

En politique, il est toujours question de (se) raconter des histoires. Au sens péjoratif, bien sûr, comme autant de mensonges manipulatoires et démagogiques. Au sens enfantin, aussi, comme ces tendres instants qui endorment le corps pour mieux éveiller l’imaginaire. Au sens édifiant, enfin, comme ces narrations qui soudent l’individu au groupe politique et lui offrent une place dans une tradition dont il hérite et qu’il a la charge de transmettre.
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