Les lectures de Cinci : hommage aux identités complexes

Racée, Rachel Khan, éd. de l’Observatoire, 2021.

Rachel Khan - RacéeLe livre en deux mots

Quelle belle réflexion sur l’importance des mots et de la langue, sur ces inventions de la novlangue barbare, sur ces mots qu’on fait mentir, qui enferment, qui imposent, qui assignent ! Lire la suite…

Les lectures de Cinci : le courage d’une jeune femme

Je suis le prix de votre liberté, Mila, Grasset, 2021.

9782246827894-001-TLe livre en deux mots

Depuis deux ans, Mila est menacée de mort. Elle a 18 ans. Tout le monde pense connaître « l’affaire Mila », tant elle a été médiatisée. Dans ce livre, la victime expose les faits et la manière dont elle a vécu – et vit encore – leurs conséquences. Lire la suite…

La mort du bac, l’enterrement de l’école

1280px-gustave_courbet_-_a_burial_at_ornans_-_google_art_projectOn achève le bac comme on met à mort les chevaux dans les westerns : une larme à l’œil et une balle dans la tête. Le tout dans un silence incroyable. Alors que la fin du baccalauréat national devrait révolter tout le pays, faire descendre le peuple dans la rue pour protester contre ce crime envers l’avenir – rien : la réouverture des terrasses et le foot semblent importer bien plus que nos enfants. Dont acte. Lire la suite…

Généalogies de l’état civil – 3. Le citoyen névrosé selon Freud

Sigmund FreudLes théories classiques du contrat social soulignent l’artificialité de l’État formé par la volonté humaine afin d’assurer aux individus d’exercer leur liberté – qu’elle soit privée chez Locke ou « civile » chez Rousseau – en toute sécurité. Le contrat opère la sortie de l’homme de l’état de nature et cette mythologie explique l’origine de la société. Or Freud propose une mythologie concurrente avec, pour fondation du lien social, non plus un contrat librement consenti mais le premier « meurtre en réunion ». Ce qui m’intéresse en suivant les réflexions de Freud, c’est la construction de cette narration et la métaphysique qui l’accompagne, quoi que je pense par ailleurs de la psychanalyse clinique.


Sommaire
La horde originaire et le meurtre du père
La méthode d’exploration
La généalogie du social
L’individu face à l’État : névrose et modernité
Le recours au grand Autre
La répression des pulsions dans la modernité


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« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue »

Phèdre, Alexandre Cabanel (1880)
Phèdre, Alexandre Cabanel (1880)

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue.

Pourquoi le vers 274, cet alexandrin que Racine pose sur les lèvres de Phèdre à la scène 3 du premier acte [1], est-il, en toute subjectivité, le plus beau – le plus sublime, devrais-je plutôt écrire – de toute la littérature en langue française ? Lire la suite…

Mélenchon et LFI : la longue agonie

La Mort de SardanapaleJ’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017. Je relis ce que j’ai publié alors, et je persiste : à l’époque, c’était le moins mauvais candidat [1]. Il était le seul à proposer un programme économique et social à la fois cohérent et opposé au néolibéralisme représenté par tous ses adversaires. Quant aux principes républicains, laïcité en tête, il y avait encore, alors, suffisamment d’humanistes à les défendre dans son parti pour que l’issue du conflit larvé ne soit pas écrite d’avance. Lire la suite…

Adversaires ou ennemis ?

Les SabinesEn politique, on n’a que des adversaires – non des ennemis. En tout cas, on devrait.
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Moraline à doses mortelles

*

Couvrez ce sein, que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

Molière, Le Tartuffe ou L’imposteur, Acte III, Scène 2

*

J’ai toujours préféré les moralistes aux moralisateurs.

*

Nous devons tant à Machiavel. Loin de la vulgate qui en fait un manipulateur cynique et l’alibi de tous les despotes, le penseur florentin, que ce soit dans son Prince ou dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, occupe toute son intelligence, et la finesse de sa plume, à analyser les mœurs politiques – et à défendre l’humanisme civique en lisant les institutions de la Rome antique avec l’œil du républicain de la Renaissance. Parmi ses précieux apports à la pensée, il affranchit le politique de la morale. Lire la suite…

La triste farce des régionales

Départements dans les limites des provinces d’Ancien Régime, Paul Vidal de La Blache

Dans un mois, les 20 et 27 juin, sous les hourras d’un enthousiasme inouï, auront lieu les prochaines élections régionales. Elles paraissent une illustration aussi farcesque qu’affligeante d’une idée que je tente de développer ici depuis longtemps : la démocratie n’est pas réductible au formalisme électoral [1].
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Raconte-moi une histoire !

Gustave doré - La lecture des contes en famille
Gustave doré, La lecture des contes en famille
© Bibliothèque nationale de France

En politique, il est toujours question de (se) raconter des histoires. Au sens péjoratif, bien sûr, comme autant de mensonges manipulatoires et démagogiques. Au sens enfantin, aussi, comme ces tendres instants qui endorment le corps pour mieux éveiller l’imaginaire. Au sens édifiant, enfin, comme ces narrations qui soudent l’individu au groupe politique et lui offrent une place dans une tradition dont il hérite et qu’il a la charge de transmettre.
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