Déconstruction : la destruction du commun

Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines
Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines, Hubert Robert (1796)

Ce billet a été publié la première fois le 24 février 2021 sur le blog On Vous Voit, dont je remercie toute l’équipe pour la confiance qu’elle m’a témoignée.

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Tels sont surtout les comédiens, les musiciens, les orateurs et les poètes.
Moins ils ont de talent, plus ils ont d’orgueil, de vanité, d’arrogance.
Tous ces fous trouvent cependant d’autres fous qui les applaudissent.
Érasme, L’Éloge de la folie (1508)

Si la « déconstruction », comme concept ou méthode, vient de Heidegger, elle a été récupérée et développée en France par Derrida, puis a déménagé aux États-Unis avec les adeptes de la brumeuse « French theory », avant de revenir en France comme un boomerang. Elle a perdu à chaque étape tant de sens et de rigueur qu’elle apparaît aujourd’hui comme un salmigondis idéologique que ne reconnaîtrait sûrement pas Heidegger (ni peut-être même Derrida, c’est pour dire !). On est très loin de l’ambition initiale d’émancipation : que, par l’usage de la critique, l’homme ne soit plus la dupe de son propre langage ni de ses catégories conceptuelles [1].
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Un républicanisme économique ?

Le républicanisme est une pensée politique, pas une doctrine économique. Et pourtant, de sa vision du monde cohérente – sa Weltanschauung –, peuvent se déduire des principes en matière d’économie.
Penser l’homme, le monde et la société conduit à penser les rapports économiques réels et souhaités : observer l’être et imaginer le devoir-être sans toutefois chercher à déduire le second du premier, ni légitimer le premier par le second, fautes logiques trop répandues. En d’autres termes : construire un idéal régulateur, un horizon désirable, qui doit servir à fois de boussole et de pierre de touche à la critique du réel [1].
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« It’s the economy, stupid »

La formule est signée James Carville, stratège de Bill Clinton pour sa campagne victorieuse contre George H. Bush en 1992. Initialement destinée aux équipes de militants, elle était affichée dans le quartier général, accompagnée de deux autres : « Change vs. more of the same » et « Don’t forget health care », vite oubliées. Son efficacité rhétorique l’a très rapidement transformée en slogan de campagne, repris, modifié, parodié dans toutes sortes de contextes. D’une simplicité désarmante, volontairement provocante et agressive, elle signifie que l’économie est l’enjeu central sur lequel axer toute la campagne, que c’est en se concentrant exclusivement dessus que l’on remportera la victoire, que tout le reste (le politique en particulier) n’a aucune espèce d’importance puisque c’est l’économie qui décide de tout, qui dicte sa loi et qui définit l’agenda politique. Si vous n’avez pas compris que seule compte l’économie, vous être stupide ; circulez, y a rien à voir.
Mouais.

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