Les lectures de Cinci : il était une fois la déshumanisation

La petite fabrique de l’inhumain, Marylin Maeso, Éditions de l’Observatoire, 2021.

la-petite-fabrique-de-l-inhumainLe livre en deux mots

La philosophe Maryline Maeso aime penser en bonne compagnie. C’est pourquoi elle a choisi Camus pour la guider – et nous avec elle – sur les tristes chemins de la déshumanisation. Lire la suite…

La chouinocratie des névroses militantes

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L’Enfant mal élevé, Rembrandt (1635)

Je suis infertile. Pour donner naissance à ma fille, nous avons dû passer par un long et difficile parcours d’aide médicalisée à la procréation (AMP) – j’ai déjà raconté tout cela [1]

Mais, aujourd’hui, j’ai décidé de sortir du silence auquel le système me contraint afin de m’élever publiquement contre l’infertilophobie.
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Cinquante nuances de républicains

990px-22the_school_of_athens22_by_raffaello_sanzio_da_urbinoTroisième et dernier billet d’entomologie-très-scientifique-des-idéologies-contemporaines-et-de-leurs-représentants-idéaux-typiques : après les identitaires et les néolibéraux, il est temps de se pencher sur quelques spécimens de la famille républicaine.
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Collapsologie : demain, la fin du monde ?

Le triomphe de la Mort - Bruegel
Le triomphe de la Mort – Pieter Bruegel l’Ancien (1562)

L’effondrement est à la mode. La crise environnementale imprègne les consciences et fait sortir les dystopies apocalyptiques de l’exercice de style littéraire et des psychopathologies anecdotiques ; les prédictions scientifiques apportent une caution rationnelle à ce qui jusqu’à présent relevait de la science-fiction ou de la paranoïa. En d’autres termes : l’« heuristique de la peur », réflexion complexe et pleine de nuances de Hans Jonas, accouche aujourd’hui d’une certitude que la fin de ce monde est proche et, surtout, inéluctable. Lire la suite…

Bioéthique : la grande confusion

Bioéthique : n. f. – 1982 de bio- et éthique. Discipline étudiant les problèmes moraux soulevés par la recherche biologique, médicale ou génétique.

Le Petit Robert de la langue française

Cette définition du dictionnaire, plutôt claire quoique déjà très large, subit une extension indigeste par l’accumulation de sujets et objets a priori étrangers à son champ d’application mais qui s’y voient ajoutés pour des raisons parfois obscures. Ainsi ce terme de « bioéthique » en vient-il, d’intersection des champs de la morale et de la recherche, à évoluer en réunion de vastes domaines, au risque de désigner tout et n’importe quoi – ce qui relève largement de l’éthique sans préfixe, de la science, de la politique, du droit, de l’économie, du marché, de l’idéologie, etc. etc. Au point d’en devenir aussi fade qu’incompréhensible.
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L’humanisme comme remède au transhumanisme

Vitruve
L’homme de Vitruve, par Léonard de Vinci

Et si la meilleure réponse à l’hybris transhumaniste était à chercher dans l’humanisme, tout simplement ? Quoi, l’humanisme ? Cette notion désuète, rendue ringarde par la modernité triomphante qui prétend la dépasser par l’adjonction des préfixes trans- ou post- ? Quelle drôle d’idée ! Quel anachronisme de mauvais goût ! L’on se souvient même qu’à une certaine époque, l’humanisme se donnait une dimension politique en se payant le luxe de s’accompagner de l’épithète civique. L’humanisme civique, synonyme de républicanisme : concepts surannés à l’heure où l’on préfère remplacer civique par citoyen, substantif étrangement devenu adjectif cuisiné à toutes les sauces. Discrédités, calomniés, ridiculisés par les prétentieux adorateurs du monde moderne, renvoyés sans appel dans le camp « réac » comme tous ceux qui n’acceptent pas aveuglément les promesses sucrées d’une technique toute-puissante, l’humanisme et le républicanisme n’ont pourtant peut-être pas dit leur dernier mot.
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L’hybris transhumaniste : idéologie et utopie

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h+ : un des logos-symboles du transhumanisme

Les histoires que nous servent les trans- et les post-humanistes ne doivent pas être méprisées comme les délires de gogos illuminés ou de quelques geeks fans de science-fiction [1]. Ce serait passer à côté de l’un des courants de pensée les plus puissants et les plus influents de notre époque. Et d’autant plus puissant et influent qu’il est doté des moyens financiers que lui fournit le capitalisme mondialisé, des moyens technologiques de la Silicon Valley, et des moyens symboliques de l’industrie du spectacle.
Alors : le transhumanisme, combien de divisions ?
Suffisamment pour être pris au sérieux.

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Et ils se disent de gauche !

Le paysage politique français est accablant. Son pendant intellectuel ne l’est pas moins. Quand les clercs trahissent les valeurs qui fondent leur légitimité, on assiste au spectacle navrant de « pédagogistes » qui détruisent l’école, de « féministes » qui sapent l’égalité des droits, d’« antiracistes » qui démolissent l’universalisme. Néolibéraux et identitaires de tous poils s’en frottent les mains.

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Les lectures de Cinci : un grand humaniste – Romain Gary

Avant une pause estivale de quelques semaines, je voudrais inviter les lecteurs de ce blog à se tourner vers l’un de mes écrivains préférés : Romain Gary. Cet auteur allie dans chacun de ses ouvrages intelligence, élégance et lucidité, à tel point que choisir parmi ses romans ceux qui devraient être mis en avant devient une entreprise douloureuse. J’en ai sélectionné cinq mais il faut lire aussi tous les autres. Parce que Gary aide à devenir humain.

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La Promesse de l’aube, Romain Gary, Folio, 1960.

Le livre en deux mots

Attention : chef-d’œuvre d’humanisme !
Dans ce roman autobiographique, Gary mêle réalité et fiction avec pudeur. Du gamin de Vilnius au héros de la Résistance, il se raconte avec cette ironie qu’il manie si bien, cet humour lucide, toujours juste, parfois cruel, envers lui-même et ses contemporains. Mais la narration de sa jeunesse est surtout le prétexte à un émouvant hommage à sa mère. Continuer la lecture de Les lectures de Cinci : un grand humaniste – Romain Gary

Quand le théâtre nous rend humains

Cieux, tendez-vous de noir ! Jour, fais place à la nuit !
Comètes, qui annoncez les révolutions dans les siècles et les États,
Brandissez dans le firmament vos tresses de cristal,
Pour en fouetter les mauvaises étoiles rebelles
(Shakespeare, Henry VI)

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J’ai eu la chance d’assister en peu de temps à deux spectacles particulièrement réussis. Tout semble les opposer sauf l’essentiel : ils incarnent tous les deux ce qui rend le théâtre nécessaire à l’homme.

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