Les enfants de Torquemada

Tribunal de l'Inquisition (Goya)
Tribunal de l’Inquisition, Francisco de Goya (1812-1819)

Autoproclamés représentants de minorités supposément opprimées, néoféministes intersectionnels, porte-étendards de conceptions très particulières de la justice, fanatiques « éveillés » (« woke » dans la langue originelle de ce produit d’importation) aux discriminations réelles ou imaginaires… médias et réseaux dits sociaux vivent au rythme de leurs oukases et fatwas. Les Fouquier-Tinville de bac à sable ne supportent aucune restriction à leurs caprices, aucun frein à leurs libertés – quoiqu’ils n’aient pas la moindre idée de ce que signifie ce mot. Ils hurlent à la dictature et au complot contre la jeunesse lorsque des mesures prophylactiques sont adoptées pour protéger la population. Ils combattent la grammaire et censurent la culture au nom d’un féminisme dévoyé et d’un « antiracisme » racialiste. Ils brisent des enseignants et mettent des vies en danger pour complaire aux pires archaïsmes religieux. Tous les prétextes sont bons pour lancer des campagnes dans lesquelles les revendications, pleurnicheries et mises au pilori se mélangent dans un tourbillon de violence et de haine.


Sommaire :
La justice victime du déballage médiatique
Une crise d’adolescence collective
Un puritanisme étouffant


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Complices !

couverture charlie caricaturesVendredi 16 octobre 2020, il y a trois jours, un professeur d’histoire et de géographie, Samuel Paty, a été assassiné. Parce qu’il avait fait son métier, parce qu’il avait tenté d’éveiller les consciences de ses élèves, parce qu’il leur avait fait un cours sur la liberté d’expression, parce qu’il leur avait montré et expliqué les caricatures du prophète de l’islam publiées dans Charlie Hebdoil a été décapité [1]. L’assassin n’est pas le seul coupable. Ses complices doivent répondre de ce crime. Leur place est devant un tribunal [2] : Lire la suite…

L’universalisme dans le piège des racistes

Aucun vaccin n’existe contre le racisme, aucun gène n’immunise contre l’abjection. Une nouvelle bouillie pseudo-conceptuelle, directement importée des campus américains, fait actuellement fureur et imprègne les esprits mal instruits, les entrepreneurs identitaires, certaines universités qui préfèrent les militants aux scientifiques, les partis politiques en panne d’idées et jusqu’à de vénérables associations de défense des droits de l’homme. Les moyens de son succès ? Une rhétorique efficace qui ne repose que sur des sophismes démagogiques, la désignation de victimes par nature et de bourreaux par naissance, une réécriture de l’histoire qui élève l’anachronisme au rang de méthode, l’utilisation des réseaux sociaux comme caisse de résonnance… Tout ce que la mauvaise foi, la bêtise, l’inculture et la haine produisent de plus hideux, tout cela se croise au foyer de ce mouvement d’humeur qui fait craindre les ravages d’une nouvelle « Révolution culturelle ». Lire la suite…

« Ta gueule, t’es pas concerné »

Au sommet de l’arrogance recuite, l’interdit de parole par culpabilité d’essence, résumé dans cette formule rabâchée comme un leitmotiv totalitaire : « ta gueule, t’es pas concerné » [1]. Cette censure diablement à la mode repose sur deux postulats très simples mais intrinsèquement faux qui se cumulent : d’une part, seule une personne ayant subi quelque injustice, vécu quelque situation, aurait le droit de s’exprimer à ce sujet ; d’autre part, on naît victime ou bourreau. Conséquence : seules les femmes sont légitimes à évoquer le sexisme parce que tous les hommes sont des porcs, seuls les « racisés » peuvent s’exprimer sur le racisme parce que tous les blancs sont racistes [2], seuls les homosexuels ont le droit de s’élever contre l’homophobie parce que tous les hétérosexuels sont homophobes, etc. etc.
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