
La pauvreté progresse en France. 62 % des Français l’ont déjà connue ou frôlée ; 52 % ne gagnent pas suffisamment pour épargner ; 47 % ont du mal à régler leurs factures d’énergie ; 16 % se battent contre un découvert permanent. Sur un peu plus de 68 millions de Français, 9,1 millions vivent avec moins de 1 216 € par mois, soit le seuil de pauvreté. Et l’on monte à 11,2 millions de pauvres si l’on intègre les personnes « hors logement ordinaire », pour reprendre les catégories de l’Insee. Si le taux de pauvreté en France est légèrement inférieur à celui de l’Union européenne, l’institut de statistique montre que, depuis les années 2000, les inégalités ont augmenté et que le patrimoine détermine bien plus le niveau de richesse que le travail – et encore, les données utilisées ne vont que jusqu’en 2021-2022. L’augmentation des revenus ne suffit pas à compenser l’inflation… qui, elle-même, ne mesure que très imparfaitement ce que vivent réellement les gens.
Les statistiques sont importantes. Elles disent quelque chose du réel. Mais elles n’en disent pas tout. On ne comprend pas un pays le nez collé à des tableaux de chiffres. La France demeure un pays riche, où les inégalités sont plutôt moindres qu’ailleurs. Or, dans ce pays qui, peut-être plus que les autres, prend au sérieux le concept d’égalité dans toute sa complexité et l’élève au rang de clef de voûte de ses principes constitutifs (liberté – égalité – fraternité), quelle que soit leur ampleur, les inégalités choquent.
Et, à peine ai-je écrit ces lignes, la lucidité commande que je me reprenne : choquent-elles vraiment ? Le retour dans le rang de la France, son intégration plus ou moins forcée, plus ou moins volontaire, plus ou moins fataliste, dans la norme internationale – alors qu’elle a si longtemps assumé son exceptionnalité – tend au contraire à faire passer inaperçues ces inégalités qui devraient nous faire ériger des barricades. La passion de l’égalité semble nous avoir quittés, sous les coups de la société de l’obscène. Hypnotisés par nos écrans, nous ne sommes plus capables d’appréhender le monde sans leur truchement. La succession frénétique d’images et de vidéos anesthésie l’esprit et tétanise la pensée. Nous nous indignons par réflexe télécommandé – le cerveau devenu inutile, la moelle épinière suffit largement – pour n’importe quelle « cause » mise en scène mais n’accordons pas un regard à contemporains. Les clochards – réduits d’abord à un simple acronyme, SDF, puis devenus sous l’action de l’odieuse novlangue « personnes en situation de rue » : le ridicule ne tue pas, la misère, si ! – pullulent mais ils sont au sens propre invisibles ; ce n’est pas que nous ferions semblant de ne pas les voir lorsque nous les enjambons sur le perron de notre immeuble : la mithridatisation des esprits fait que réellement nous ne les voyons plus, ils sont là mais se fondent dans le décor.
Mais la question sociale serait réglée, nous affirme-t-on de part et d’autre de l’axe suranné gauche-droite : circulez, y a rien à voir !
La gauche qui n’aime pas les pauvres
Pour la « gauche » qui a abandonné le peuple et s’est réfugiée dans les clientélismes identitaires, la question ne se pose même pas : parler de pauvreté, de classes populaires, c’est, au choix, promouvoir une discrimination, un « classisme » (aussi odieux que le racisme ou le sexisme), ou bien défendre une position d’extrême droite puisque les prolétaires blancs sont, bien entendu, d’horribles fascistes – seuls comptent les nouveaux damnés de la Terre que l’on ne reconnaît pas à leurs difficultés à remplir le frigo le 12 du mois mais à leur couleur de peau ou à leur religion : un footballeur millionnaire basané ou un bourgeois musulman sont des opprimés, un ouvrier ou un chômeur blancs sont des oppresseurs. La gauche Gobineau a encore frappé. N’ayant rien à dire à la France périphérique, aux ouvriers, aux prolétaires, aux petits salariés et fonctionnaires, elle les ignore ou les diabolise. Il est d’ailleurs parfaitement emblématique que les Restaus du cœur – les Restaus du cœur ! – subissent les attaques de cette « gauche » parce qu’ils ont la sagesse d’interdire dans leur charte tous les signes religieux, parmi lesquels le voile islamique… ce que ne peut supporter cette « gauche » qui a cessé de bouffer des curés pour mieux sucer les imams : la fumeuse « intersectionnalité des luttes » consiste en réalité à en nier certaines (sociales, féministes) au profit d’autres, jugées plus « rentables » (raciales, religieuses).
Il y a une petite dizaine d’années, un militant socialiste partisan d’Arnaud Montebourg (personnalité qui incarnait alors « l’aile gauche » du PS et qui paraissait le seul, dans le parti qui fut celui de Jaurès, à avoir vaguement quelque chose à dire sur la question sociale) me sortit, la bouche pleine de petits fours, cette phrase qui, depuis, ne me quitte pas : « les ouvriers n’existent plus ». Ce bon socialiste, la trentaine, cadre dans le privé, habitant dans l’un de ces arrondissements dont l’évolution annonçait déjà, à l’époque, le ghetto de bobos qu’il est devenu depuis, assénait tranquillement cette « vérité » avec la confiance de celui-qui-sait-et-à-qui-on-ne-la-fait-pas. Sa culture politique s’arrêtait au fameux rapport de 2011 de Terra Nova… et cela suffisait largement puisqu’elle constituait le summum de ce que l’on pouvait trouver chez la cinquantaine de militants « montebourgeois » présents ce soir-là.
« Les ouvriers n’existent plus. » Prémisse confortable de tous les renoncements et de toutes les trahisons, cette idée permet d’évacuer le sentiment de culpabilité au moment de s’enfermer dans l’entre-soi sociologique et idéologique. Les nouveaux tartuffes – « couvrez cette pauvreté que je ne saurais voir » – s’affranchissent à bon compte de leur histoire, de leur tradition, de leurs références. C’est pratique, quand on n’a plus aucune proposition à faire pour résoudre la crise sociale, que de simplement en nier l’existence ! À « gauche », il faudrait travailler mais c’est trop difficile, trop compliqué de produire un discours rassembleur, susceptible de parler à tout le peuple français. Alors ces gens-là préfèrent prendre acte de l’abandon de l’électorat populaire, découper la nation en tranches de saucisson et servir à leurs nouvelles clientèles ce qu’ils pensent qu’elles attendent.
Le prolo n’existe pas… d’un point de vue électoral. Or, pour ce qui est de l’idéologie, il en va autrement puisqu’il sert de bouc émissaire idéal : beauf, plouc, passéiste, rétrograde, réactionnaire, responsable de la destruction de la planète par son mode de vie, suppôt du patriarcat, coupable de tous les crimes fantasmés de ses ancêtres imaginaires… La moraline dégouline pour mieux incriminer les classes populaires qui n’ont pas la chance d’avoir la bonne religion ni couleur de peau. Les discours culpabilisants sur la bagnole, la consommation, l’énergie, l’histoire, la société, etc. sont en décalage complet avec les besoins et la vie de bien des Français mais peu importe : ils n’ont pour but que de rassembler un socle électoral suffisant sur des territoires parfaitement délimités afin de s’assurer le renouvellement des mandats.
L’action de bien des barons locaux, véritables parrains mafieux, se résume à ces manipulations clientélistes par lesquelles ils dilapident l’argent public en subventions illégitimes et en dépenses somptuaires au seul bénéfice de leur clique. Comme dans un grand nombre de villes tombées entre les mains de cette « gauche » qui usurpe son nom, la politique de logement social à Paris ne vise pas la mixité sociale mais la construction volontaire de ghettos « qui votent bien », ou à tout le moins s’abstiennent, afin de s’assurer des réélections sans risque. La Municipalité en faillite continue d’acheter à prix d’or des immeubles entiers pour des opérations qui ne seront jamais rentables. Elle réduit ainsi d’autant le parc locatif et les possibilités d’accession à la propriété, et tue des quartiers entiers en excluant les classes populaires et moyennes qui y résidaient. Résultat : une juxtaposition de ghettos de riches bobos entièrement acquis à l’idéologie « progressiste » des édiles, et de ghettos de misère et d’insécurité que les habitants s’empressent de fuir dès qu’ils peuvent. L’instrumentalisation des plus pauvres à des fins électorales est une saloperie.
La droite qui aime l’argent
Saloperie qui n’épargne certainement pas le camp d’en face. Après tout, ce n’est pas parce que je tape sur la gauche que je devrais épargner la droite : il y en aura pour tout le monde ! En l’occurrence, sur la question sociale, les droites actuelles ne valent pas mieux que les gauches d’aujourd’hui et, à fronts renversés, la stratégie d’émiettement du peuple et de balkanisation de la nation est partagée par tous.
La rupture est consommée avec le gaullisme social qui accordait, lui, une attention sincère à la redistribution et aux conditions de vie des travailleurs. Attaché à une forme de capitalisme paternaliste, certes loin d’être la panacée, il témoignait un intérêt réel pour les êtres humains, y compris les plus pauvres. Rien de commun, donc, avec le néolibéralisme triomphant qui a emporté dans sa grande vague idéologique tous les dirigeants de droite et dont la propagande a su diffuser ses sophismes et le culte du dieu-pognon dans les esprits.
Selon leurs accointances et intérêts personnels, ils préfèrent vanter, au choix, les louanges de la « start-up nation », des « premiers de cordée », des « self-made men », des « winners », des « courageux entrepreneurs », des rentiers ou des héritiers d’empires qui ne se sont donné que la peine de naître et dilapident ce que leurs prédécesseurs ont patiemment bâti… Peu importe puisque, au fond, ils se fondent tous sur la même vision du monde, façon « le darwinisme social pour les nuls ». Nos chers dirigeants politiques, éditorialistes et autres petits télégraphistes du néolibéralisme aiment tant à chanter la vieille rengaine du « ils l’ont bien cherché » qu’ils fabriquent à tour de bras des boucs émissaires caricaturaux : fonctionnaires, assistés, chômeurs et divers cabossés de la vie seraient bien responsables de ce qui leur arrive et ne mériteraient donc pas les aides exorbitantes qu’un État obèse s’obstinerait à leur octroyer indûment avec l’argent des véritables producteurs de richesse, bla bla bla.
Discours convenus mais si séduisants et tant répétés ad nauseam que leur petite musique imprègne dorénavant même les esprits de ceux qui en subissent directement les conséquences mortifères : les pauvres ! Le développement d’un lumpenprolétariat essentiellement issu de l’immigration, offre à la gauche des « causes » à défendre au nom d’une morale exhibitionniste… mais, pour la droite, le bénéfice est double. La main d’œuvre bon marché fait le jeu cynique du Medef en instaurant une concurrence entre les plus pauvres et les un peu moins pauvres et en tirant ainsi les salaires et le droit du travail vers le bas – le grand patronat a toujours été le meilleur allié des idéologues de l’ouverture des frontières et de l’immigration massive, la « gauche » devrait peut-être lire Marx. Cette concurrence alimente en outre un ressentiment et une colère – fort légitimes au demeurant ! – quand des travailleurs français pauvres et des chômeurs voient que des clandestins, parfois sous OQTF (obligation de quitter le territoire), sont logés et travaillent illégalement.
Ainsi sont encouragées l’envie et la jalousie. Les plus miséreux détestent les pauvres qui honnissent ceux qui s’en sortent difficilement qui abhorrent ceux qui vivent décemment qui exècrent ceux qui bénéficient d’un confort supérieur qui ne rêvent que de prendre la place des plus riches qui méprisent tous les autres. Haïssez-vous les uns les autres ! Et les politiques font leur miel de cette pyramide de haine qui se calque sur la pyramide sociale, chaque parti piochant soigneusement ses clientèles aux différents degrés.
Tentons de résumer. Les uns tapent sur « les riches » sans même savoir de quels « riches » ils parlent : les 20 % les plus fortunés ? les 10 % ? 1 % ? 0,1 % ? peu importe, on est toujours le riche d’un autre et, dans la plus pure tradition démagogique, autant laisser planer le flou pour mieux flatter un électorat qui ne demande qu’à sortir les fourches. Les uns, donc, tapent sur les « riches » en général en même temps que sur les pauvres qui ne leur plaisent pas, tout en caressant les bourgeois qui leur conviennent ; les autres vantent la « réussite » mesurée en espèces sonnantes et trébuchantes, désignent pour ennemis ceux qui y échappent mais encouragent les haines recuites pour en tirer, eux aussi, des avantages électoraux. Le paysage politique est navrant.
Quant à améliorer les conditions d’existence des Français, à sortir de la misère ceux qui y sont enfermés, à rendre simplement décentes les vies de millions de gens… il n’en est même pas question ! Nos dirigeants politiques et tous ceux qui les entourent, les accompagnent, leur fournissent « éléments de langage » et « notes » au kilomètre parce qu’ils ne sont même plus capables de penser, tous ceux-là vivent dans une bulle complètement déconnectée de la réalité et trahissent la charge qui leur a été confiée.
La fin de la République sociale
À en croire les études de l’Insee, depuis le milieu des années 1990, les inégalités de niveau de vie augmentent nettement avant redistribution mais de manière plus limitée après redistribution. Les effets du système redistributif se sont donc amplifiés, soulignant l’intérêt du modèle social français, pourtant en piteux état et cible de toutes les attaques. Outre les mécanismes de redistribution qui participent de manière cruciale au maintien d’une cohésion sociale, l’ensemble des services publics ont subi des attaques continues qui les ont dangereusement affaiblis. Or les services publics, principaux amortisseurs des inégalités, sont ce qui reste à ceux qui ne possèdent plus rien d’autre. Il n’est pas anodin que les institutions publiques de l’école et de la santé soient les cibles privilégiées du new public management, déclinaison managériale de l’idéologie néolibérale dans le secteur public. Alors que la France était réputée posséder dans les deux cas des systèmes exemplaires, nous voilà réduits à des niveaux infâmants. École à deux vitesses, santé à deux vitesses : ce sont les plus pauvres qui trinquent.
L’effondrement de l’instruction publique et une institution scolaire en ruines, gangrenée par les idéologies les plus antirépublicaines (au premier rang desquelles le pédagogisme qui y a pris le pouvoir depuis les années 1980, malgré la résistance de professeurs exemplaires) encouragent ceux qui le peuvent à se tourner vers le privé. Et ce qui les anime, ce n’est pas – comme certains, y compris parmi les plus sincères républicains, se plaisent encore à le croire pour se donner bonne conscience – un objectif d’entre-soi et de sécession, mais bien la volonté de « sauver ses gosses ». Nous avançons ainsi vers le modèle opposé à celui de l’école creuset de l’égalité républicaine : une Garderie inclusive qui accueille ceux qui n’ont pas d’autre choix et ne leur enseigne plus rien, en face d’écoles privées dans lesquelles le niveau d’instruction dispensé est proportionnel aux moyens financiers des familles qui y mettent leurs enfants.
Du côté de la santé, l’hôpital public est à peu près dans le même état que l’Éducation nationale. De plus en plus de Français renoncent à se soigner en raison du coût que cela représente ; de plus en plus de Français ne peuvent plus se payer une mutuelle. Et de bonnes âmes « de gauche » proposent de rendre gratuites, c’est-à-dire de faire payer par la collectivité, les « transitions de genre » ! Alors que les soins dentaires et ophtalmologiques ne le sont pas et pèsent terriblement sur les budgets et la santé des plus pauvres, les fameux « sans-dents » de François Hollande ?! Le clientélisme électoral et l’idéologie aveugle dans toute leur indignité !
Ainsi semble parfaitement justifiée la colère généralisée contre des services publics qui ne remplissent plus correctement leurs fonctions bien que les impôts et taxes paraissent difficilement supportables. Depuis des décennies, les cadeaux fiscaux ont pour conséquence qu’une partie des Français ne gagne plus assez pour payer des impôts, qu’une autre a le sentiment d’être matraquée et qu’un tout petit clan se gave d’argent public sans rien reverser à la collectivité. La question sociale est inséparable de la question fiscale – et avant tout : de la justice fiscale. « Mais où va l’argent ? » Les discours démagogiques qui diffament les fonctionnaires profitent de ce terrain favorable alors même que les services sont à l’os, privés des moyens qui leur sont nécessaires pour fonctionner normalement, et que de trop nombreux fonctionnaires – contrairement à ce que prétendent les spécialistes de la fabrication de boucs émissaires –, loin d’être des « privilégiés », soient eux-mêmes contraints de vivre avec des revenus très faibles.
La privatisation de l’État se fait toujours au détriment des plus vulnérables et au bénéfices des plus fortunés. Elle prend, au moins, trois formes complémentaires. D’une part, la confiscation des pans susceptibles d’être rentables qui se voient arrachés du public pour être confiés au privé : privatisation des fleurons industriels publics issus des Trente Glorieuses, asséchement des budgets et des ressources humaines et, parallèlement, augmentation infinie des tâches ineptes pour fragiliser les services et justifier ainsi leur privatisation (école, santé…). D’autre part, le détournement de l’argent public vers les parasites qui se nourrissent sur la bête : instrumentalisation des procédures des marchés publics par des entreprises privées qui ont bien compris comment gonfler leurs marges en vampirisant les administrations, subventions indues à des associations amies, appel à des cabinets de conseil privés pour faire moins bien et plus cher le travail des fonctionnaires compétents, externalisation d’activités diverses qui ponctionnent des parts exorbitantes des budgets des services publics. Enfin, l’utilisation au service d’intérêts privés des moyens de l’État, notamment dans sa dimension régalienne.
Retour vers le passé
Les caisses publiques ne sont pas vides : elles sont vidées, ce n’est pas pareil ! Les propositions des politiques n’ont pas pour but d’arrêter l’hémorragie mais de poursuivre la saignée. Il n’y a qu’à voir les récentes provocations sur le dos des fonctionnaires et des services publics, mais aussi de tous les travailleurs avec l’idée de bosser gratuitement un jour par an. Pourtant, les moyens d’amélioration des services publics et les sources d’économie d’argent public sont connus ! Mais non : il faut faire souffrir toujours plus les plus faibles pour renforcer les plus forts. Ménager le vautour et déchirer la colombe. Quel sens des priorités ! Depuis le sinistre quinquennat sarkozien, le code du travail représente l’ennemi à abattre pour les nostalgiques des descriptions de Dickens ou Zola, alors que les conditions de travail se dégradent pour de très nombreux salariés. Les politiques déplorables commandées par l’Union européenne, inspirées par l’Allemagne et appliquées avec zèle par les gouvernements français ont conduit à un appauvrissement dramatique de notre pays et à son déclassement. Alors que nous possédions un avantage stratégique extraordinaire en matière énergétique, la filière nucléaire a été torpillée, nous plaçant dans une situation ubuesque dont les plus pauvres pâtissent les premiers ; la désindustrialisation laisse des territoires sinistrés et un pays à la merci de ses « partenaires » commerciaux (bel euphémisme quand on voit leur empressement à nous saigner) avec, comme toujours, les classes populaires comme principales victimes. Parce que ce ne sont guère les déracinés volontaires qui paient les pots cassés, mais ceux qui n’ont jamais de choix. Derrière la question sociale, point nécessairement celle du peuple. Celle des sans-voix qui se réfugient dans la résignation du « à quoi bon ? », dans le nihilisme du « rien à foutre ! » ou dans la colère du « ras-le-bol ! ». Cette colère populaire a commencé à s’exprimer, à l’époque, dans le premier mouvement des Gilets jaunes : cette France des ronds-points qui gueulait sa fatigue, son amertume, son désespoir mais qui a rapidement disparu des écrans pour laisser place aux violences.
Qui entendra le besoin de protection des plus fragiles, des plus cabossés, des plus pauvres ?
Cincinnatus, 16 décembre 2024

Quel plaisir de vous lire !
Hier, encore, je n’avais en tête que la dernière scène du Misanthrope.
Désespoir et renoncement.
Avec vos textes, j’ai le sentiment que tout n’est pas perdu, que le bon sens triomphera.
J’aimeAimé par 1 personne
bonjour,
je partage ici tous vos mots.
Mais ils engendrent aussi des questions: que doit-on faire pour que cela change? Dans quoi et comment s’investir pour que cela change ? Et puis surtout, que sommes nous prêts à sacrifier dans nos vies pour que cela change?
ce sera un combat, que sommes nous prêts à donner pour l’emporter?
Pierre
J’aimeJ’aime