
Nos représentants semblent avoir perdu de vue l’intérêt général, l’honneur et la vertu civique.
La mafia macroniste
À tout seigneur tout honneur, commençons avec ceux qui sont censés détenir le pouvoir depuis maintenant presque dix ans. En à peine une décennie, la macronie a atteint des niveaux de décrépitude morale rarement connus, même par le PS du début des années 1990, même par l’UMP de la fin des années 2000. Si fiers, après leur hold-up de 2017, de s’afficher comme des « amateurs de la politique », les marcheurs propulsés à la tête du pays dans le sillage du banquier d’affaire à la gueule d’acteur américain et au sourire Colgate ont en effet démontré leur… amateurisme. Trop pressés d’ajouter à leur profil linkedin la ligne « disrupteur de la start-up nation », ils ont tenté d’importer du privé les pires modes, les pires modèles, ce qui ne fonctionnait déjà pas dans les entreprises. Le « management » et la « gouvernance » en lieu et place de la politique et du gouvernement. Et ils ont découvert qu’on ne gouverne pas la France comme on dirige un BDE d’école de commerce. Non, vraiment ?
Déjà étique, déjà étroit, déjà réduit à la réunion des néolibéraux jadis éclatés à gauche et à droite, rejoints par les tocards et les tricards de tous les partis où ils végétaient, l’avenir bouché par leur incompétence, le rassemblement macronien des origines s’est de plus en plus ratatiné, rabougri, avec les départs successifs des lassés et des déçus. Ne restent plus aujourd’hui que les plus mauvais, c’est dire !
Aucune vertu civique ; aucune conscience de l’intérêt général : ils endettent la France tout en saignant les services publics, ils dilapident l’argent public en le distribuant généreusement aux copains, aux clientèles, aux cabinets de conseil qui, en échange, ne vendent que du vent, ils privatisent l’État en le soumettant à leurs intérêts privés, ils asservissent les institutions à leur hybris.
On ne compte plus les exemples scandaleux d’abus de pouvoir et de prévarication de ce clan : nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, de Ferrand au Conseil constitutionnel… et dernièrement, limogeage par ce dernier de la secrétaire générale Aurélie Bretonneau, qu’il avait lui-même nommée il y a un an, renvoyée brutalement parce qu’elle a le tort d’être attachée à la séparation des pouvoirs et au respect du rôle et des prérogatives du Conseil – Ferrand, lui, préfère instrumentaliser l’institution pour en faire une chambre d’enregistrement au service de l’exécutif.
Exsangue, subclaquant, le mouvement du Président réussit à se diviser encore en micro-chapelles qui, toutes, espèrent l’emporter l’année prochaine pour continuer de se nourrir sur la bête, d’appauvrir les Français pour mieux s’enrichir eux-mêmes : version réaliste de la théorie du « ruissellement ». Attal, Philippe et consorts se disputent l’héritage tout en prenant leurs distances avec un Emmanuel Macron carbonisé, décrédibilisé… exercice de haute hypocrisie, certes, mais qui peut fonctionner grâce à l’enfermement de la nation dans une tripartition artificielle de l’offre politique. Quelles perspectives réjouissantes !
La meute mélenchoniste
En guise de « mouvement gazeux », Jean-Luc Mélenchon a réussi à agréger autour de lui une clique aux relents sectaires, entièrement dévouée au gourou, au parrain, au guide suprême, au lider minimo. De sa garde rapprochée aux militants actifs, LFI rassemble une bande de décérébrés aux comportements de voyous. Cette véritable mafia ne recule devant aucune violence, y compris le meurtre d’opposants politiques par leur milice, qu’elle ose justifier par un soi-disant « antifascisme »… alors que les nervis du parti sont aujourd’hui ce qui se rapproche le plus du fascisme historique.
Après avoir sciemment, méthodiquement profané l’Assemblée où ils sont représentés par des dealers, des crapules et des ennemis avérés de la France, les Insoumis continuent d’appliquer leur programme « le bruit et la fureur » avec la « bordélisation » des institutions et de la vie politique françaises. On a ainsi assisté à des scènes ahurissantes lors des dernières élections municipales. Imprégnés jusqu’à l’os de la « culture » du caïdat, des militants et des élus ont multiplié pressions et intimidations pour obtenir des places là où le PS conservait encore quelques bribes d’honneur et refusait les « fusions techniques », comme à Marseille où le chef de file insoumis, la serpillière du régime algérien et ancien chauffeur du patron, la fripouille Delogu pensait devenir maire de la deuxième ville de France en achetant les voix des délinquants et des narcotrafiquants.
Là où elle a réussi à l’emporter, cette pègre perçoit la victoire aux élections comme une conquête territoriale : la première action de plusieurs élues LFI est de contester le règlement des conseils municipaux pour pouvoir siéger voilées, Roubaix est devenu le Molenbeek français, soumis à la loi des islamistes, des maires LFI s’enorgueillissent de vouloir désarmer la police municipale et de laisser les trafiquants trafiquer tranquilles… les territoires abandonnés par l’État sont, de facto, privatisés pour le plus grand malheur des habitants et de la République.
Dès le lendemain de ces élections, comme de vulgaires hooligans, ils s’étaient déjà déchaînés à Vaulx-en-Velin, à Creil, à Roubaix, au Blanc-Mesnil ou à Saint-Denis : partout, les passations de pouvoir ont donné lieu à un spectacle effarant conjuguant humiliations, cris, menaces physiques et même chasse à l’homme envers les élus sortants, à l’image de ces sales gosses qui harcèlent leurs camarades et leurs professeurs. Les nouveaux maires n’ont rien fait pour empêcher ces déferlements de haine – au contraire, ils ont accompagné de sourires goguenards cette fête obscène de l’humiliation –, pas plus d’ailleurs que les cadres du mouvement n’ont esquissé le commencement d’une condamnation.
Il y a même une fierté affichée devant ces défoulements tribaux de confiscation sauvage du bien public. Le mépris affiché pour la démocratie, l’absence de respect des institutions révèlent, une nouvelle fois, le danger que représente ce lumpencaïdat qui prétend prendre le pouvoir et pense diriger une mairie comme un point de deal et gouverner le pays comme un réseau mafieux. Ces épisodes gravissimes auraient dû donner lieu à une prise de parole officielle du président de la République pour les condamner et rappeler les règles fondamentales de la vie publique. Nous avons attendu. Nous n’avons rien entendu.
Les truands locaux
Les nouveaux élus municipaux vont pouvoir profiter pleinement de leurs prérogatives pour faire croître leur petit business identitaro-mafieux. Parce que c’est peut-être à l’échelon local que les cuisines politiques sentent encore le plus mauvais. La décentralisation des dernières décennies ressemble fort à un formidable retour en arrière avec la sape profonde de l’indivisibilité de la République et une reféodalisation du territoire soumis au pouvoir discrétionnaire de petits potentats locaux qui règnent sur une cour servile. Il règne dans nos collectivités territoriales un parfum nauséabond d’Ancien Régime faisandé.
Les ethnorégionalismes ont le vent en poupe et profitent pleinement de la vague identitaire [1]. Sous le maquillage sympathique du folklore, ce sont des machines idéologiques qui réinventent le passé – et on les comprend, tant leurs origines sont pour la plupart sordides, mêlant collaborationnisme actif et racisme débridé – pour mieux se faire passer pour des victimes. La construction de toutes pièces d’identités fantasmées écrase les véritables « petites patries » sous les pressions, les intimidations et les menaces – tiens, un air de déjà-vu ! Le chantage qu’elle font peser sur des dirigeants politiques nationaux trop faibles (ou complices) pour défendre l’État leur permettent d’obtenir des pouvoirs toujours plus exorbitants, et s’appuie sur une surenchère permanente où l’apparente concurrence sert leurs intérêts bien compris. Le dépeçage de l’État, la dislocation de la nation, la fragmentation du territoire aboutissent à la fin de l’égalité des citoyens et à l’affaiblissement des solidarités au seul profit des régions les plus riches.
Dans leur combat contre l’État et la démocratie, ces mafias trouvent un allié de choix dans la technocratie qui inspire toutes les réformes décentralisatrices et la création de ces échelons intermédiaires – intercommunalités et grandes régions, auxquelles il faut ajouter la surcouche des institutions de l’Union européenne – qui détruisent les strates véritablement démocratiques – commune, département et État.
Depuis 1992, les différents types d’intercommunalité assèchent les territoires ruraux. Sans doute tenons-nous là l’échelon le plus antidémocratique, le plus inutile et le plus coûteux du « millefeuille », qui vide les municipalités de leurs finances et les maires de leurs prérogatives. Et ce grand nettoyage est encore renforcé par le mouvement de métropolisation qui concentre tous les moyens dans les grandes agglomérations. Résultat : les territoires ruraux se meurent.
En montant d’un cran dans l’échelle, nous atteignons ces « grandes régions », que la loi NOTRe de 2015 a voulu créer sur le modèle des Länder allemands. Sauf que l’importation brutale d’un modèle étranger dans une réalité géographique, culturelle, politique, etc. différente ne peut entraîner que des dysfonctionnements graves et un rejet du greffon. Nos régions dessinées en dépit du bon sens rassemblent ainsi des réalités hétéroclites et sont à ce point éloignées de leurs administrés que citoyens comme élus locaux sont totalement démunis devant ces monstres froids qui ne comprennent rien et regardent, indifférents, ce qui se passe dans les villes et dans les villages placés sous leur joug d’aussi loin que s’ils vivaient sur Sirius. Cette absurdité magistrale permet à des satrapes sans intelligence ni compétence de se prendre pour des chefs d’État miniatures. Ubu va bien, merci, il préside nos régions.
Grandes métropoles, intercommunalités, régions… à la tête de la plupart de ces exécutifs locaux transformés en bastions inexpugnables s’installent des barons entourés de courtisans incompétents, perméables à tous les lobbies, et qui profitent de l’argent déversé par l’État. Les postes se distribuent non selon l’intérêt général mais en fonction des services rendus ou attendus. Le copinage et le clientélisme achètent la paix sociale et les réélections, quitte à traiter directement avec les voyous et les trafiquants. Combien de quartiers, combien de villes, abandonnés par la République, sont soumis aux mafias criminelles et religieuses avec l’assentiment et même la complicité active des élus ?
Les vertueux corrompus
Ces complicités coupables ne concernent pas que des élus locaux corrompus. De manière générale, ce sont même les politiques qui exhibent le plus leur vertu et leur morale, les pires puritains, les plus grands donneurs de leçons, qui s’avèrent les plus malhonnêtes.
Ainsi des écologistes englués dans leur moraline et leur sempiternelle promesse de « faire de la politique autrement ». Au pouvoir, ces imposteurs montrent leur vrai visage : une secte antiscientifique à tel point idéologisée qu’ils tentent par tous les moyens de plier le réel à leurs délires. Plus grave : au lieu d’assumer le mandat qui leur est confié et de servir l’ensemble de leur administrés avec pour seule boussole l’intérêt général, ils s’attaquent explicitement à tous ceux qui osent ne pas penser comme eux ou qu’ils estiment être des ennemis de la planète – ce qui, dans leur esprit, revient au même. Cette trahison de leurs responsabilités les pousse à pourrir la vie de pans entiers de la population qui n’ont pas les moyens d’appliquer les diktats de ces Savonarole verts.
Leurs politiques délétères ruinent les finances publiques, dépensées en subventions exorbitantes à leurs protégés. En effet, tel Janus, le clientélisme auquel ils se livrent montre deux faces : d’un côté, subventionner massivement les associations amies et saccager les villes dans le seul but de flatter le bobo trentenaire en bonne santé et sans enfant érigé en superhéros parce qu’il est « déconstruit » et « conscientisé » (le mot est aussi laid que la chose est bête), utilise l’écriture excluante et fait du vélo ; de l’autre, caresser les barbus misogynes, inviter les rappeurs islamistes aux universités d’été du mouvement, conclure des marchés de dupes avec les imams fréro-salafistes, acheter les voyous et les caïds, pactiser avec les plus grandes raclures – influenceurs de haine, entrepreneurs identitaires, terroristes, islamistes, etc.
Ainsi, également, du RN, héritier du « tête haute, mains propres », pris la main dans le pot de confiture et qui se montre tout aussi répugnant que les autres. L’affaire dite des assistants parlementaires et la condamnation de Marine Le Pen a fêlé le masque porté par la petite entreprise familiale lepéniste. La « dédiabolisation » a permis au parti de se débarrasser de ses éléments les plus gênants et d’adopter une posture « attrape-tout » qui sert à chacun le discours qu’il attend. Dans sa quête du pouvoir, la mue politique n’a toutefois pas rompu avec certains fondamentaux de l’époque de Jean-Marie Le Pen, et les prétentions à une différence ontologique avec le reste de la classe politique, qui opposerait le RN propre aux autres partis pourris, demeurent un argument inlassablement ressassé en une forme d’écholalie qui rappelle étrangement la méthode Coué.
Las ! Les progrès électoraux, qu’ils soient locaux, nationaux ou européens, fragilisent ces proclamations creuses en mettant en lumière les pratiques réelles du RN au pouvoir : corruption, prévarication, incompétence, médiocrité, népotisme, clientélisme… Le RN ne vaut finalement pas mieux que les autres. L’autoproclamé rassemblement des « patriotes » partage même avec ses adversaires la tendance fâcheuse à faire passer avant l’intérêt national celui de ses bailleurs de fonds. Si certains se font porte-parole des mollahs iraniens, il s’agit ici d’assurer la propagande du Kremlin… dans tous les cas, les agents de l’étranger produisent et relaient intoxications et fausses informations afin de saper la République et la démocratie, fragiliser la France et diviser la nation. Les vibrants défenseurs de la nation ne sont finalement que de vulgaire tartuffes.
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Au milieu de la corruption, soyons incorruptibles.
Cincinnatus, 6 avril 2026
[1] Je recommande vivement l’excellent ouvrage de Benjamin Morel sur le sujet, La France en miettes : régionalismes, l’autre séparatisme, Les Éditions du Cerf, 2023.
