Trop d’État… ou trop peu ?

Postulant que l’État incarne le principal danger pour les libertés individuelles, les libéraux de gauche comme de droite suspectent toutes ses initiatives de dérive autoritaire. En particulier, ils réclament que son ingérence dans les affaires économiques soit circonscrite à un cercle toujours plus étroit… si possible même vide.
À ce sujet, une petite anecdote personnelle, une fois n’est pas coutume : il y a de cela quelques années, un recruteur, en plein entretien d’embauche, m’infligea cette « blagounette » : « quelle est la différence entre l’État et la mafia ? » Réponse, selon lui : « le taux d’extorsion, plus élevé pour l’État. » Ah. Ah. Ah. (rictus crispé devant tant de bêtise).

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Cessez le feu sur les fonctionnaires !

Ça a commencé avec une nouvelle sortie de notre inénarrable ministre de l’économie sur le « statut des fonctionnaires ». Et, comme prévu, tout s’est emballé[1]. Les habituels contempteurs de « ces feignants de fonctionnaires inutiles » se sont déchaînés contre « les privilèges de ces bons-à-rien qui n’en foutent pas une pendant que les pauvres salariés du privé triment comme des brutes ».
Youpi. Le plus grand génie de tous les temps, c’est quand même Pavlov.

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Sur la logique de fronts

C’est la rentrée pour les carnets de Cincinnatus. Pour lancer cette nouvelle saison, je choisis de ne pas revenir tout de suite sur les élections d’hier en Grèce, même si d’autres s’y risquent avec talent, ici ou . En ce qui me concerne, pour l’actualité chaude, je préfère d’autres lieux.

Vous êtes peut-être passés à côté mais, cet été, le landernau médiatico-intellectuel a bruit d’une polémique comme il les aime tant. Tout est parti d’une saillie de Jacques Sapir, économiste à l’EHESS et chantre de la lutte contre l’euro, publiée sur Figarovox. Immédiatement accusé d’appeler à un rapprochement de la gauche souverainiste et anti-européenne avec le FN, il s’est défendu, multipliant interviews et billets sur son blog RussEurope. Nombreuses furent les réactions, notamment celle de Frédéric Lordon, figure intellectuelle majeure de la gauche dite radicale. Les commentateurs et analystes ont commentaté et analysté. Certains mieux que d’autres, comme souvent.
Maintenant que le soufflé retombe doucement, à moi de m’y mettre (la chouette de Minerve, tout ça tout ça…).

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Wargame idéologique : l’échiquier renversé

Après avoir décrit le paysage idéologique à gauche et à droite, il est temps de conclure la trilogie sur ce jeu de guerre.

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Le plateau est brisé ; les pièces, hagardes. Mélangées. Certaines ont disparu. On se rassemble, non par appartenance antérieure à un camp ou l’autre, mais par ressemblance.

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Wargame idéologique à droite

Il y a quelques semaines, je décrivais la guerre idéologique à gauche et tentais une typologie des courants de pensée qui s’y affrontent. Comme je ne suis pas sectaire, il est largement temps de faire le même exercice avec la droite.
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Le déficit budgétaire expliqué à ma mère

Petit dialogue familial.

Maman de Cincinnatus (MdC) : Tiens, j’ai fait une tarte Tatin en dessert.

Cincinnatus (C) : Hmmmm merci m’man !

MdC : Dis-moi Cinci, il y a un truc que j’ai du mal à comprendre : c’est quoi cette histoire de « règle d’or » et de 3% de déficit ? 3% de quoi ? Déficit de quoi ?

C : Vastes questions ! En gros, on parle de deux choses. Le déficit budgétaire, c’est la différence entre les recettes et les dépenses dans le budget de l’État. Le déficit public, c’est la même chose, la différence entre les recettes et les dépenses, mais pour l’ensemble des administrations publiques, c’est-à-dire à la fois l’État, les collectivités territoriales, les administrations de sécurité sociale, etc. La règle des 3%, c’est pour le déficit public.

MdC : Et donc ce déficit ne doit pas dépasser 3%… de quoi ?!

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La République à la reconquête de ses territoires perdus

J’ai parlé ailleurs de la balkanisation de la nation. Cette fragmentation se retrouve très concrètement dans la géographie même de notre pays. Lorsque l’on parle des territoires français, des mots d’une violence et d’une charge historique inouïes sont souvent employés, y compris par les plus hauts représentants de l’État : « ghettos », « apartheid »… Ces mots ont un sens précis et les utiliser pour décrire la situation actuelle n’est pas anodin.

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La nation balkanisée

La nation française est pulvérisée. Atomisée façon puzzle nanométrique. Elle a laissé la place à des monades esseulées et transies qui cherchent un peu de réconfort dans le rapprochement avec leurs semblables. L’agglutination des mêmes recompose les débris de l’ancienne nation dans de nouvelles configurations. Mais en favorisant le principe unique de l’entre-soi. Et aucune narration collective ne vient lier entre elles ces communautés fantasmées.

La nation est devenue un gros mot, une obscénité pour tous les porte-flingues de la pensée unique, à la légèreté toute tarantinesque, une résurgence d’un passé honni – comme si tout ce qui était avant devait être vomi :

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Wargame idéologique à gauche

Soyons clair : derrière l’expression « wargame idéologique », je n’entends pas ici les hommes ni les femmes politiques qui s’étripent pour une place au soleil médiatique. Ce ne sont pas non plus les partis dans leurs luttes internes ou externes qui m’intéressent dans ce billet, ou alors à la diagonale de leurs idées… quand ils en ont.

– Bon, ok, mais alors de quoi ça va parler ?!
– D’un truc qui me tient drôlement à cœur : les idéologies.

J’ai déjà écrit combien il est urgent de « réidéologiser » le politique, de réintroduire de la pensée, de s’équiper d’un outillage intellectuel solide et de favoriser la confrontation d’idées différentes. Si la plupart des partis, à gauche comme à droite, présentent, hélas !, un électroencéphalogramme plat, cela ne signifie pas pour autant que tout se résume à un champ de ruine intellectuel.
J’examinerai le cas de la droite plus tard, pour l’instant, observons ce qui se passe à gauche. Ou du moins du côté de ceux qui se définissent comme « de gauche ».

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L’enlèvement d’Europe par les cabris

Fable hommage à un python humaniste

Une grande catastrophe les avait tous hébétés :
Un continent entier avait tenté de se suicider,
Deux fois dans le temps d’une vie d’homme.
Alors, malheureux et perdus, ils se regardaient :
« Qu’avons-nous fait ? » Et ils tournaient dans un sens.
« Qu’allons-nous faire ? » Et ils tournaient dans l’autre.

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