Vae victis

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Le « walk of shame » de Cersei dans Game of Thrones : modèle de cette élection ?

Depuis une semaine, la campagne présidentielle est terminée. Emmanuel Macron est le nouveau président de la République. Tant mieux pour lui. Comme beaucoup, j’ai mis dans l’urne un bulletin à son nom, ne faisant mon choix qu’au dernier moment, dans l’isoloir. On ne s’étonnera pas que cela ne signifie pas une adhésion au personnage ni à son programme : au contraire [1]. Quoiqu’amère, j’assume cette décision parce que c’est mon vote, décidé en conscience… et malgré toutes les innommables pressions exercées entre les deux tours. Car, si la campagne électorale avant le premier tour avait déjà été odieuse, celle qui a suivi a repoussé les bornes de l’abjection. C’est toute la France qui a sombré dans une folie puérile et suicidaire [2].
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Des lendemains qui déchantent

2014-11-17_emmanuel_macron_ministre_de_l_economie_de_lindustrie_et_du_numerique_at_bercy_for_global_entrepreneurship_week_7eme_cae_conference_annuelle_des_entrepreneursEmmanuel Macron (24,01 %)

Le vainqueur depuis longtemps annoncé est bien arrivé en tête hier soir. Le héros balzacien, chouchou des médias, des sondages manipulateurs et performatifs, du CAC 40, de l’oligarchie, qui lui ont tout passé, qui l’ont protégé pendant des mois, a réussi son hold-up. Lire la suite Des lendemains qui déchantent

Une campagne détestable

Pollice Verso, by Jean-Léon Gérôme
La politique selon twitter (Pollice Verso, Jean-Léon Gérôme)

J’ai vécu pas mal de campagnes, j’ai même participé activement à plusieurs. J’en connais l’exaltation, les crispations, l’adrénaline, l’énervement. J’ai chanté des slogans qui préféraient le bon mot de mauvais goût à la profondeur du sens[1]. J’ai vu les perfidies, les boules puantes, les rumeurs, les bassesses. On ne me traitera pas de bisounours.

Mon billet de la semaine dernière m’a valu les foudres de bon nombre d’allumés. Lire la suite Une campagne détestable

Pourquoi je vais voter Mélenchon

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(Montage Reuters)

Bien qu’il ait profité pendant de nombreuses années du confort du Parti socialiste et du Sénat ; Lire la suite Pourquoi je vais voter Mélenchon

Mélenchon et Le Pen, ce n’est pas pareil !

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Caricature de Plantu parue dans L’Express du 19 janvier 2011

Comparer Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen est devenu un lieu commun médiatique pour les jeter dans un même panier étiqueté « populistes ». Du dessin dégueulasse de Plantu à la veulerie des présentateurs de « L’Émission politique » de France 2 ou aux fats chroniqueurs de Ruquier, cet arrogant bouffon antidémocrate, nous subissons un matraquage volontaire selon lequel le candidat de la France insoumise et la candidate du Front national, ce serait bonnet blanc et blanc bonnet. Les Dupont et Dupond du populisme en quelque sorte. Lire la suite Mélenchon et Le Pen, ce n’est pas pareil !

De la vertu en République

Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu
Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu

C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d’elle-même parmi les menaces et les châtiments ; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise à son tour ; mais la vertu  politique est un renoncement à soi-même, qui est toujours une chose très pénible.
On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.
Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or le gouvernement est comme toutes les choses du monde ; pour le conserver, il faut l’aimer.

(Montesquieu [1])

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Français, halte à la haine de soi !

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Claude Monet, La Rue Montorgueil à Paris. Fête du 30 juin 1878

Mes chers compatriotes,

Cessons de nous laisser aller aux passions tristes, à une mélancolie bileuse, à une dépression nombriliste. Abandonnons enfin le déclinisme kitsch et le décadentisme de supermarché qui nous rongent les entrailles. Nous sombrons collectivement dans une mauvaise caricature de l’Héautontimorouménos baudelairien, ce « bourreau de soi-même », ce « sinistre miroir où la mégère se regarde »[1]. Lire la suite Français, halte à la haine de soi !

Vote électronique : l’ère de la démocratie-gadget

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« V’là ma cartouche », Honoré Daumier (Source : gallica.bnf.fr, BnF)

La démocratie et le vote. D’un côté : un type de gouvernement, un mouvement historique et un espace public de discussion. De l’autre : un dispositif de sélection et un rituel éminemment symbolique. On ne peut ramener la première au second[1] mais on ne peut non plus dénaturer le second sans affaiblir la première dans le même geste. Or, c’est ce que font ceux qui, aveuglés, ou corrompus, par l’illusion techniciste ou d’alléchantes perspectives pécuniaires, chantent depuis une quinzaine d’années les vertus du « vote électronique ». Et, confondant l’outil et l’activité, se font les VRP des « machines à voter »[2] qu’ils promeuvent comme solutions miracles à l’abstention, à la défiance des électeurs envers les élus, au vote extrémiste… et pourquoi pas promettre la fortune et le retour de l’être aimé, tant qu’on y est ?

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Veillée funèbre pour l’honneur disparu

Sous le crépuscule hivernal, ils ne se retrouvèrent qu’une poignée, rassemblés devant la modeste tombe. La pierre laissait lire ces seuls mots gravés : « Ci-gît l’honneur ».

Après un long silence, le premier parla ainsi :
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Non ! Hitler n’est pas arrivé au pouvoir démocratiquement

Je remercie ici vivement Bernard Manin dont l’enseignement sur les institutions d’exception, que j’ai eu la chance de suivre il y a quelques années, a inspiré ce billet.

Un cliché, largement répandu, voudrait que l’accession d’Hitler au pouvoir en 1933 se soit réalisée par les urnes et la volonté populaire. Et de se lamenter sur la grandeur et les limites de la démocratie. Il faut tordre le cou à ces idées fausses car la réalité est bien différente et beaucoup plus complexe. Pour ce faire, repassons-nous le film des événements et tâchons de comprendre les mécanismes qui ont conduit à l’arrivée d’Hitler et des nazis à la tête de l’État, et tout particulièrement le rôle crucial qu’ont joué certaines dispositions de la Constitution de Weimar.
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