Nous venons de commémorer le dixième anniversaire du massacre de Charlie Hebdo. Le 7 janvier 2015, aux alentours de 11h30, deux terroristes pénètrent dans les bureaux du journal satirique et y assassinent une partie de l’équipe ainsi que deux policiers. Dans les jours qui suivent, leur complice tue une policière puis quatre personnes dans la prise d’otage de l’Hyper Casher de la porte de Vincennes. Les noms des victimes ne doivent pas être oubliés :
Le Jeune Mendiant, Bartolomé Esteban Murillo (1645-1650)
La pauvreté progresse en France. 62 % des Français l’ont déjà connue ou frôlée ; 52 % ne gagnent pas suffisamment pour épargner ; 47 % ont du mal à régler leurs factures d’énergie ; 16 % se battent contre un découvert permanent. Sur un peu plus de 68 millions de Français, 9,1 millions vivent avec moins de 1 216 € par mois, soit le seuil de pauvreté. Et l’on monte à 11,2 millions de pauvres si l’on intègre les personnes « hors logement ordinaire », pour reprendre les catégories de l’Insee. Si le taux de pauvreté en France est légèrement inférieur à celui de l’Union européenne, l’institut de statistique montre que, depuis les années 2000, les inégalités ont augmenté et que le patrimoine détermine bien plus le niveau de richesse que le travail – et encore, les données utilisées ne vont que jusqu’en 2021-2022. L’augmentation des revenus ne suffit pas à compenser l’inflation… qui, elle-même, ne mesure que très imparfaitement ce que vivent réellement les gens.
L’homme ne devient plus qu’un chiffre, la répétition de plus d’un éternel zéro. Kierkegaard
Les terroristes islamistes du Hamas qui ont assassiné, massacré, violé, torturé, enlevé des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, le 7 octobre 2023 sont-ils humains ? L’homme qui a offert sa femme inconsciente aux viols de dizaines d’hommes et ces hommes eux-mêmes sont-ils humains ? La question d’une fraction de l’humanité qui, en réalité, n’en ferait pas partie revient à chaque nouveau drame exorbitant, à chaque fois que l’horreur atteint un niveau que nous ne savons ni ne voulons penser.
Qu’il est triste, le pays de Descartes, de Pasteur, de Curie et de tant d’autres immenses bienfaiteurs de l’humanité ! Le niveau de la population française en sciences est lamentable. Les écoliers décrochent dans toutes les matières et dans les disciplines scientifiques tout particulièrement ; même les meilleurs élèves qui entrent dans les classes préparatoires (et, par conséquent, dans les grandes écoles d’ingénieurs, où le niveau en français, en histoire et en culture générale n’était déjà pas bien fameux il y a vingt ans… mais, au moins en mathématiques et en physique, ça se tenait encore à peu près) n’ont jamais été si mauvais en sciences. Quant au reste des Français, les connaissances fondamentales absolument nécessaires à l’honnête homme du XXIe siècle ont déserté ce qu’il reste de culture commune – pour le plus grand bonheur de tous les charlatans, obscurantistes et idéologues.
Deux livres remarquables ont paru récemment, qui abordent, chacun à sa manière, le fléau islamiste. Le premier s’intéresse aux bourreaux, féminins en l’occurrence ; l’autre aux victimes, Samuel Paty en particulier. Tous deux doivent être lus, étudiés, discutés pour que nous comprenions enfin, collectivement, ce à quoi nous sommes confrontés et qui sont ceux qui nous ont déclarés leurs ennemis.
Reviennent, sur le devant de la scène où se joue le navrant spectacle de l’humanité, de vieux fantômes que l’on croyait définitivement exorcisés. Mais enfin, quelle naïveté ! Comme s’ils avaient disparu tout ce temps et réapparaissaient miraculeusement ! Rien n’est jamais définitif avec l’homme, rien n’est jamais assuré. Rien. Si ce n’est sa capacité à s’enfoncer toujours plus bas dans l’obscur.
La Persistance de la mémoire, Salvador Dalí (1931)
Mensonges. Fantasmes. Simplifications. Manipulations. Instrumentalisations. Le passé et l’histoire subissent les pires infamies, sur fond d’inculture généralisée et d’idéologie à hauteur de teckel.
On sort de l’autoroute. On ouvre la fenêtre alors que l’on s’engage sur une de ces routes limitées à 80 ou 90 mais sur lesquelles on ne passe la cinquième qu’avec étonnement, comme par erreur ou par inadvertance. Une de ces départementales encadrées de platanes ou de sapins, dont le nom sonne comme un matricule à trois, voire quatre chiffres, mais que tout le monde, dans le coin, connaît comme les routes « de chez la Martine », « des grangettes » ou « du puits-au-cochon », et sur les bords desquelles des panneaux annoncent à l’avance chaque hameau, chaque lieu-dit, chaque ferme.
Papier peint révolutionnaire décorant la salle de réunion du Comité de Salut public
Extirper le mal à la racine.
Appeler à un « républicanisme radical », c’est sonner le rassemblement – au nom d’une vision du monde qui, bien qu’elle prenne (ou plutôt parce qu’elle prend) sa source aux origines de notre civilisation, n’a rien perdu de sa puissance ni de sa pertinence. Un appel au rassemblement, donc. Car nos adversaires sont nombreux ; et nos ennemis peut-être plus encore. Les premiers veulent notre défaite dans l’arène politique ; les seconds ne désirent que notre mort. Sans nous enivrer de niais fantasmes eschatologiques, nous devons prendre la mesure existentielle de nos combats.