Où va l’argent ?

Les Collecteurs d’impôts, Marinus van Reymerswale (XVIe s.)

« On paie trop d’impôts ».
Certes.
Ce cri universel réunit tous les individus, tous les peuples, tous les pays, toutes les sociétés. Il faut néanmoins avouer qu’à l’agacement bien compréhensible se mêlent souvent la mauvaise foi et le ressentiment. Car, quel que soit le montant réellement prélevé de toutes les manières possibles – et, dans ce domaine, l’imagination humaine n’a guère de limite –, c’est toujours trop : celui qui se voit délesté de 70 % de ses revenus réclame un rabais à 50, celui à qui on prend 30 % milite pour descendre à 10… et même lorsqu’on n’en paie point, on voudrait encore en payer moins.
Il serait d’ailleurs, au contraire, bien difficile de trouver quelqu’un qui affirmerait sincèrement vouloir en payer plus… en-dehors d’une clique de quelques milliardaires provocateurs qui s’offrent ainsi à intervalle régulier un petit coup de pub à la générosité feinte.
Trop d’impôts, donc ?
Mouais.
Mais pour quoi faire ? et surtout : « où va l’argent ? », se demande-t-on avec, cette fois, quelque justesse.

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À quelle sauce manger les riches ?

La parabole du serviteur impitoyable, précédemment Crésus réclamant le tribut à un paysan de Lydie, Claude Vignon (1629)

L’idée revient aussi régulièrement que les marronniers journalistiques sur le classement des hôpitaux ou les réseaux secrets des francs-maçons : taxons les riches ! Pour financer les retraites, la transition écologique, le remboursement de la dette ou le sauvetage des services publics, ponctionner les plus riches paraît à certains intellectuels, militants et dirigeants politiques la solution à tous les maux de la société – ceci dit, pour d’autres, c’est la suppression pure et simple des impôts ou encore le développement d’applis… personne, visiblement, n’a le monopole du simplisme.

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Un républicanisme économique ?

Le républicanisme est une pensée politique, pas une doctrine économique. Et pourtant, de sa vision du monde cohérente – sa Weltanschauung –, peuvent se déduire des principes en matière d’économie.
Penser l’homme, le monde et la société conduit à penser les rapports économiques réels et souhaités : observer l’être et imaginer le devoir-être sans toutefois chercher à déduire le second du premier, ni légitimer le premier par le second, fautes logiques trop répandues. En d’autres termes : construire un idéal régulateur, un horizon désirable, qui doit servir à fois de boussole et de pierre de touche à la critique du réel [1].
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Noires violences

Il y a un peu plus d’un mois, je soulignais ici la justesse de la colère des « gilets jaunes » (Colère jaune). En effet, la colère, lorsqu’elle est synonyme de révolte, a toute sa place parmi les sentiments politiques : comme le montre magistralement Camus, dans son continuum de la révolte métaphysique contre l’absurde à la révolte politique contre l’injustice, elle exprime une affirmation, un franc OUI – et forme un puissant moteur de l’action. Tout notre imaginaire collectif, imprégné des récits romanesques de nos révolutions, lie intrinsèquement l’engagement politique à la noble colère envers l’insupportable, le révoltant, le scandaleux, l’obscène.
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L’avarice fiscale

La peste soit de l’avarice, et des avaricieux.
(Molière, L’Avare, Acte I, Scène 3)

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Touche pas au grisbi !

Ceux qui refusent de payer l’impôt ou réclament d’en payer toujours moins ne sont que des traîtres qui cherchent à s’abstraire de la solidarité nationale. L’impôt n’est pas une punition : que ces gamins mal élevés et capricieux cessent donc de se plaindre ! Lire la suite L’avarice fiscale

Veillée funèbre pour l’honneur disparu

Sous le crépuscule hivernal, ils ne se retrouvèrent qu’une poignée, rassemblés devant la modeste tombe. La pierre laissait lire ces seuls mots gravés : « Ci-gît l’honneur ».

Après un long silence, le premier parla ainsi :
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Consentement à l’impôt et justice fiscale

Un sondage OpinionWay montrerait que (c’est d’ailleurs par ces mots que commencent nombre de blagues de sociologues à la machine à café… chacun connaît la crédibilité de cet institut) 37 % des personnes interrogées considèreraient l’impôt comme « une extorsion de fonds ».

Rien que ça !

Je ne demanderai même pas quel crétin bas du front a pu imaginer la question de cette manière, en qualifiant l’impôt d’extorsion de fonds ! Et pourquoi pas un sondage où l’on demanderait si l’argent de poche donné aux enfants, c’est du racket ?!

Plus généralement, ce « sondage » stupide est symptomatique d’un mouvement de fond qui commence à me taper sur le système.

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