Discours (imaginaire) à la nation (2016)

Dans quelques jours, le Président s’adressera à la nation pour ses traditionnels vœux du 31 décembre. S’il manque d’idées, je lui offre un discours tout prêt. Allez François, c’est cadeau.

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

L’année qui se termine ce soir fut douloureuse pour notre nation. Au-delà des mots. Par deux fois, en janvier puis en novembre, nos valeurs, notre culture, tout ce qui nous relie a été frappé avec une violence inédite sur notre territoire. Ces attaques lâches nous ont bouleversés. Et en même temps nous avons montré une capacité inouïe de faire front ensemble, de ressouder la nation. Oui : la nation française, c’est cette volonté politique de partager un destin, de s’ancrer dans une histoire, de vivre pour construire quelque chose de plus grand, qui nous dépasse, d’édifier des ponts, des liens, entre nous, d’augmenter les fondations que nous héritons de nos prédécesseurs et de léguer, à notre tour, un monde qui nous soit commun. Tout cela, mes chers compatriotes, vous avez su le porter comme le message ferme et définitif de ce qu’est la France, de ce qu’elle a toujours été et sera toujours. Je vous remercie d’avoir ainsi pu rappeler au monde que le peuple français constitue une nation politique dont la vocation est inscrite dans sa devise universelle : liberté, égalité, fraternité.

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Le monde commun selon Hannah Arendt (5) – Épilogue : fuir le monde commun pour jouir du privé ?

Sans la beauté, c’est-à-dire sans la gloire radieuse par laquelle une immortalité potentielle est rendue manifeste dans le monde humain, toute vie d’homme serait futile, et nulle grandeur durable.

Hannah Arendt, La Crise de la culture

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Ce dernier billet de la série consacrée au concept de monde commun chez Hannah Arendt peut se lire sans avoir pris connaissance des précédents.

Refuser l’appartenance au monde commun et se réfugier dans son domaine exclusivement privé revient à se priver du monde, un renoncement qui  prend la forme de la jouissance et de la consommation d’une vie retirée derrière les murs de la famille et consacrée aux loisirs. Lire la suite Le monde commun selon Hannah Arendt (5) – Épilogue : fuir le monde commun pour jouir du privé ?

Face à l’horreur : penser et agir

Depuis vendredi, tant a été dit, tant a été écrit. L’essentiel a déjà été exprimé, martelé, parfois mieux que je ne pourrais le faire. Pourquoi en rajouter ?
Parce que c’est ainsi qu’on lutte contre les salopards.

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Le monde commun selon Hannah Arendt (4) – L’explosion du monde commun

Avec l’extension du privé entre intime et public, le monde commun est en danger d’explosion.

Le débordement de l’intime

D’une part, le retrait dans le privé impose les règles de celui-ci à toutes les relations qui se mesurent désormais à l’aune de l’intime. Son exposition publique devient un standard du comportement. L’intime est révélé volontairement dans l’exhibition de soi quand, chez l’autre, le regard inquisiteur cherche ses effractions involontaires. Lire la suite Le monde commun selon Hannah Arendt (4) – L’explosion du monde commun

Le monde commun selon Hannah Arendt (3) – L’extension du privé, entre intime et public

L’apparition puis le débordement d’un domaine intermédiaire entre l’intime et le public – le privé – semble un mouvement propre à la modernité. Il a été décrit par de nombreux auteurs, dont Richard Sennett. Suivons quelque temps sa démonstration pour comprendre les dangers qui pèsent sur le monde commun.

Sennett montre que la violence à l’œuvre dans le monde capitaliste du XIXe siècle pousse ceux qui peuvent alors se le permettre à trouver refuge dans l’univers clos de la famille. Le retrait dans l’intime revalorise et idéalise la vie de famille au point d’en faire un modèle pour les relations interpersonnelles. Refuge face aux horreurs de la société, elle devient progressivement l’étalon moral pour mesurer le domaine public qui, dès lors, apparaît comme un domaine moralement inférieur. Lire la suite Le monde commun selon Hannah Arendt (3) – L’extension du privé, entre intime et public

Le monde commun selon Hannah Arendt (2) – L’intime et le monde commun, entre ombre et lumière

Le monde commun se dessine sur l’arrière-plan du monde caché de l’intime :

Parce que notre sens du réel dépend entièrement de l’apparence et donc de l’existence d’un domaine public où les choses peuvent apparaître en échappant aux ténèbres de la vie cachée, le crépuscule lui-même qui baigne notre vie privée, notre vie intime, est un reflet de la lumière crue du domaine public[1].

En effet, toute expérience intime ne prend sa pleine réalité qu’une fois offerte aux sens des autres comme de soi. Pour être considérée comme réelle, elle doit être perceptible. Ce passage du caché au visible, de l’intime au public, de l’expérience individuelle à l’histoire commune, relève d’une mise en scène dont les limites définissent la frontière ultime entre l’intime et le public : ce qui ne peut être offert aux sens des autres parce que trop subjectif. Lire la suite Le monde commun selon Hannah Arendt (2) – L’intime et le monde commun, entre ombre et lumière

Le monde commun selon Hannah Arendt (1) – L’édification du monde commun

Parce que je suis toujours convaincu qu’ils nous aident à penser et à agir, après l’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur, je continue ma série de billets sur la construction de concepts politiques par de grands penseurs.
Aujourd’hui : Hannah Arendt.
Avant de commencer, il faut que je vous avoue quelque chose : Arendt, c’est ma nana. J’adore cette philosophe, j’adore cette femme. Sa pensée est lumineuse, précise et juste[1]. Elle ne se laisse jamais aller à la facilité ni à la paresse. La lire est toujours un régal pour l’esprit parce qu’elle oblige au pas de côté nécessaire à toute entreprise de compréhension du monde. Et puis elle pense en diagonale, ce qui a le don d’horripiler tous les escrocs adeptes des idées prémâchées.
Bref, il faut lire Arendt.
Parmi les nombreux concepts qu’elle a construits ou qu’elle s’est appropriés, il en est un qui m’ébranle particulièrement. Ce n’est pas celui de « banalité du mal » sur lequel je reviendrai sans doute, tant il a été tordu dans tous les sens pour lui faire dire ce qu’Arendt n’a jamais dit. Non.

Ce que j’ai envie de partager, c’est ce qu’elle appelle le « monde commun ».
Je commence ici avec un billet d’introduction pour définir le concept. Suivront quatre autres billets sur

C’est parti ! Lire la suite Le monde commun selon Hannah Arendt (1) – L’édification du monde commun

Oradour

Il est des lieux d’où la vie est bannie par l’horreur.

Il est des lieux où la vie ne subsiste que dans son reflet au triste miroir de la mort.

Cincinnatus,

Quand le théâtre nous rend humains

Cieux, tendez-vous de noir ! Jour, fais place à la nuit !
Comètes, qui annoncez les révolutions dans les siècles et les États,
Brandissez dans le firmament vos tresses de cristal,
Pour en fouetter les mauvaises étoiles rebelles
(Shakespeare, Henry VI)

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J’ai eu la chance d’assister en peu de temps à deux spectacles particulièrement réussis. Tout semble les opposer sauf l’essentiel : ils incarnent tous les deux ce qui rend le théâtre nécessaire à l’homme.

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La nation balkanisée

La nation française est pulvérisée. Atomisée façon puzzle nanométrique. Elle a laissé la place à des monades esseulées et transies qui cherchent un peu de réconfort dans le rapprochement avec leurs semblables. L’agglutination des mêmes recompose les débris de l’ancienne nation dans de nouvelles configurations. Mais en favorisant le principe unique de l’entre-soi. Et aucune narration collective ne vient lier entre elles ces communautés fantasmées.

La nation est devenue un gros mot, une obscénité pour tous les porte-flingues de la pensée unique, à la légèreté toute tarantinesque, une résurgence d’un passé honni – comme si tout ce qui était avant devait être vomi :

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