La privatisation de l’espace public

Café de la Paix, Constantin Korovine (v. 1939)

Paris est en train de crever. Certes, elle n’est pas la seule : d’autres villes françaises subissent le même sort. Mais notre capitale demeure sans doute l’exemple le plus éclatant et le plus navrant de ce à quoi l’incompétence et l’idéologie de ceux qui la gouvernent peuvent conduire. La politique dictée par le clientélisme ne s’intéresse qu’aux copains (c’est-à-dire à ceux qui ont la chance d’appartenir au même monde que les élus) qui profitent ainsi pleinement de la confiscation de l’espace public et de la disparition forcée de la vie publique, sur fond d’extension infinie de l’égoïsme individualiste.

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Les rabat-joie

Bacchus, Le Caravage (Vers 1598)

Amis Français, rions ! boustifaillons ! baisons ! jouissons ! aimons ! Ne nous laissons plus emmerder par les rabat-joie apôtres du sépulcral réalisme, par les peine-à-jouir boursouflés de moraline, par les curés froids des identités sclérosées ! À force de les subir, de dépression, même une araignée finirait par se pendre à un fil de sa toile ! Tous : les zèlèfistes et les zécologistes, les gauchistes et les wokistes, les zemmouriens et les bons Aryens, les macronards et les droitards… tous prêchent leurs religions de souffrance et de mort – identitaires de « gauche » et de « droite » comme néolibéraux du « centre » : tous. Qu’ils nous vendent leur grise austérité au nom de l’Économie ou de l’Écologie, leurs raisons raisonnables et rationnelles raisonnent à vide – la seule obsession de ces pisse-froid : la douleur. Enfin, surtout la nôtre.

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La table rase

Portrait d’un vieillard et d’un jeune garçon, Domenico Ghirlandaio (1490)

En apparence, nihil novi sub sole : la guerre des Anciens et des Modernes, des vieux cons et des jeunes imbéciles, n’a jamais cessé et, génération après génération, le recyclage infini des postures fait des révolutionnaires d’hier les réactionnaires d’aujourd’hui. Il faut néanmoins délaisser l’écume pour s’intéresser aux profondeurs : la fracture générationnelle qui traverse notre société peut alors montrer quelques aspects inédits, tant dans sa nature que dans son ampleur. Rupture technologique, inculture assumée et volonté d’éradiquer symboliquement tout ce qui a précédé parce qu’identifié au Mal absolu convergent pour alimenter le fantasme de la tabula rasa.

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Humains inhumains

Étude du corps humain, Francis Bacon (1949)

L’homme ne devient plus qu’un chiffre, la répétition de plus d’un éternel zéro.
Kierkegaard

Les terroristes islamistes du Hamas qui ont assassiné, massacré, violé, torturé, enlevé des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, le 7 octobre 2023 sont-ils humains ? L’homme qui a offert sa femme inconsciente aux viols de dizaines d’hommes et ces hommes eux-mêmes sont-ils humains ? La question d’une fraction de l’humanité qui, en réalité, n’en ferait pas partie revient à chaque nouveau drame exorbitant, à chaque fois que l’horreur atteint un niveau que nous ne savons ni ne voulons penser.

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Tout fout l’camp !

Stańczyk, Jan Matejko (1862)

Reviennent, sur le devant de la scène où se joue le navrant spectacle de l’humanité, de vieux fantômes que l’on croyait définitivement exorcisés. Mais enfin, quelle naïveté ! Comme s’ils avaient disparu tout ce temps et réapparaissaient miraculeusement ! Rien n’est jamais définitif avec l’homme, rien n’est jamais assuré. Rien. Si ce n’est sa capacité à s’enfoncer toujours plus bas dans l’obscur.

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La France, ce pays rural

La Moisson, Vincent van Gogh (1888)

On sort de l’autoroute. On ouvre la fenêtre alors que l’on s’engage sur une de ces routes limitées à 80 ou 90 mais sur lesquelles on ne passe la cinquième qu’avec étonnement, comme par erreur ou par inadvertance. Une de ces départementales encadrées de platanes ou de sapins, dont le nom sonne comme un matricule à trois, voire quatre chiffres, mais que tout le monde, dans le coin, connaît comme les routes « de chez la Martine », « des grangettes » ou « du puits-au-cochon », et sur les bords desquelles des panneaux annoncent à l’avance chaque hameau, chaque lieu-dit, chaque ferme.

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Comme un besoin de grandeur

Le monde rétrécit ; nos esprits l’accompagnent. Les aspirations individuelles comme collectives descendent l’échelle pour racoler les pâquerettes. En une enflure orgueilleuse, nous nous pavanons avec pour étendards nos ambitions de bousiers. Et nous jetons au ciel des regards pleins de reproches et d’envie.

Comme un besoin de grandeur.

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Joyeux Noël !

Joyeux Noël, Viggo Johansen (1881)

Attention ! Il est dorénavant très très mal vu de souhaiter un « joyeux Noël » à vos collègues, à vos amis, à vos proches comme à vos lointains. Pour être honnête, je dois avouer que ce phénomène n’est pas tout à fait nouveau, que, dans ce monde de dingues, cela fait déjà quelques années que le mot « Noël » sent le soufre et qu’il est préférable de se souhaiter de « joyeuses fêtes » – voire, encore pire, de « belles fêtes », sur le modèle de l’insupportable « belle journée » – pour être sûr de ne vexer personne.

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On se lâche !

Les Romains de la décadence, Thomas Couture (1847)

Tiens, encore un billet qui va me faire passer pour un horrible réac-facho auprès des ayatollahs de la moraline prétendument « de gauche ». Tant pis.

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Jouons le jeu !

Le Colin-Maillard, Jean-Honoré Fragonard (1750-1752)

Nulle activité n’est aussi sérieuse que le jeu. Il n’est, pour se convaincre, qu’à en observer les meilleurs spécialistes dans leur état naturel, des enfants dans une cour de récréation : le temps passé à définir des règles toujours plus complexes fait partie du jeu lui-même, est un jeu en soi, et puis avec quelle précision, quelle attention, ils s’appliquent à s’amuser… Tout cela est bien connu. Et dorénavant, les adultes eux-mêmes s’ingénient à jouer avec plus d’esprit de sérieux qu’ils n’en mettent à aucune autre affaire. Jeux de rôle, jeux de société, jeux vidéos… quel que soit l’âge, on assume pratiquer ces activités dont la variété semble avoir explosé. Ainsi ne se limite-t-on plus au Trivial poursuit ou au Monopoly avec les mômes les week-ends pluvieux, au rituel du rami le dimanche après-midi chez mamie, au poker du vendredi soir avec bières et cigares, ni aux tripots de plus ou moins grand style. Le jeu, seul ou en société, (re)devient pratique noble, et même revendiquée. Plus profondément encore, le ludique semble s’étendre à bien des domaines demeurés jusque-là hors de son influence.

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