
On se plaint à chaque nouvelle élection, on se lamente devant les chiffres de l’abstention ; de tous les côtés, on geint, on gémit, on surjoue les pleureuses en jurant que le « premier parti de France », qui ne cesse de croître, va maintenant refluer, sera désormais la préoccupation principale, enfin la cible de toutes les attentions, promis-juré-craché-croix-de-bois, on vous a entendus, Français qui vous abstenez, qui votez avec les pieds, qui préférez aller à la pêche qu’aux urnes, si si, même qu’on a vraiment saisi votre message, jusque-là, on était un peu dur de la feuille, on n’était pas sûr d’avoir bien tout interprété comme il fallait… mais cette fois, c’est pas pareil, ça y est vraiment, on a compris.
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Les deux mots claquent. L’expression, à la mode depuis un bout de temps maintenant, sert à mettre fin à la conversation en disqualifiant l’autre au nom de son appartenance à une génération qui n’a plus que le droit de la fermer. Contre les enfants du baby-boom et, par extension, toute personne qui ose avancer un point de vue perçu comme « rétrograde » ou « réactionnaire », c’est-à-dire simplement différent (les idées ont-elles un âge ?), l’insulte se veut humiliation définitive, intimant l’ordre de se taire à celui dont toute parole est a priori invalidée, délégitimée, méprisée