Primaires : la faillite des partis

Depuis une semaine, la droite n’a plus que ce mot à la bouche ! Les primaires ouvertes incarnent le comble de la démocratie et de la modernité. Grâce à elles, les sympathisants peuvent choisir le candidat d’un parti à toutes les élections, y compris la plus « importante », celle qui empêche certains de dormir et d’autres de se raser : la présidentielle. C’est merveilleux, cette parole si longtemps confisquée par les dirigeants des partis et enfin rendue à la base. En plus, c’est inspiré des Américains[1], donc c’est forcément bien.

Ça c’est pour le décorum.
Quand on est bien élevé, critiquer les primaires ouvertes c’est comme péter à table : c’est mal vu et ça sent mauvais.
Mais quand on est mal élevé ou un peu taquin, on se pose des questions.

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Wargame idéologique à gauche

Soyons clair : derrière l’expression « wargame idéologique », je n’entends pas ici les hommes ni les femmes politiques qui s’étripent pour une place au soleil médiatique. Ce ne sont pas non plus les partis dans leurs luttes internes ou externes qui m’intéressent dans ce billet, ou alors à la diagonale de leurs idées… quand ils en ont.

– Bon, ok, mais alors de quoi ça va parler ?!
– D’un truc qui me tient drôlement à cœur : les idéologies.

J’ai déjà écrit combien il est urgent de « réidéologiser » le politique, de réintroduire de la pensée, de s’équiper d’un outillage intellectuel solide et de favoriser la confrontation d’idées différentes. Si la plupart des partis, à gauche comme à droite, présentent, hélas !, un électroencéphalogramme plat, cela ne signifie pas pour autant que tout se résume à un champ de ruine intellectuel.
J’examinerai le cas de la droite plus tard, pour l’instant, observons ce qui se passe à gauche. Ou du moins du côté de ceux qui se définissent comme « de gauche ».

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L’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur (4) – épilogue

Il est important de se plonger dans les auteurs parce que, foutredieu oui !, ils ont des choses à nous dire. Ils nous offrent un armement conceptuel dont il faut s’emparer pour penser, dire et agir.

Pour ce qui est de l’idéologie et de l’utopie telles que conçues par Ricœur, en nous appropriant ces concepts, nous serons plus attentifs à la manipulation des imaginaires collectifs rendue possible par leurs dimensions destructives. Apprenons à dévoiler les utopies folles qui se veulent des eschatologies réalisables hic et nunc, osons exposer les prétentions exorbitantes de certains au monopole sur le réel au nom de la « logique d’une idée », comme Arendt définit l’idéologie.

Mais allons jusqu’au bout et appuyons-nous aussi sur ce que nous montre Ricœur de leurs dimensions constructives. Pourquoi hésiter à s’en servir et à les assumer ? Continuer la lecture de L’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur (4) – épilogue

L’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur (3) – l’idéologie comme construction d’une image commune

Comme ce que j’ai fait précédemment avec l’utopie, je propose de parcourir les trois strates de l’idéologie depuis la plus profonde vers la plus superficielle.

La cohésion du groupe

La strate la plus profonde de l’idéologie se définit comme un ensemble partagé collectivement d’images, d’idéaux, d’aspirations. Elle fournit aux membres une orientation cohérente et leur renvoie une image d’eux-mêmes en tant que groupe dans laquelle ils se reconnaissent. Ainsi conforte-t-elle l’identité de la communauté[1]. Ce niveau le plus profond représente la part irréductible de l’idéologie. « Même si nous mettons de côté les deux autres strates de l’idéologie […], la fonction d’intégration de l’idéologie, celle qui consiste à préserver une identité, demeure. […] Ni le groupe ni l’individu ne sont possibles sans cette fonction d’intégration[2]. »

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L’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur (2) – l’utopie comme évasion de l’imaginaire

Commençons par un peu d’histoire, ça ne fait pas de mal.
À la suite de l’œuvre de Thomas More, les utopies littéraires classiques furent d’abord des œuvres littéraires hétérogènes, regroupées sous le terme générique d’utopie qui désignait « tout projet, toute construction intellectuelle purement imaginaire et spéculative et, comme telle, irréalisable[1]. » Il s’agissait alors d’un genre littéraire défini, dans lequel les auteurs pouvaient imaginer une version idéale de la société, selon leur vision et leurs critères.
Jusqu’ici tout va bien.
Or le genre utopique change de forme au cours du XIXe siècle. De description statique d’une société idéale, il devient projet de société en désir de réalisation.
Comment l’utopie en vient-elle à définir un imaginaire supposé réalisable, c’est-à-dire le contraire de son sens premier ?

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L’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur (1)

J’ai écrit, il y a peu, qu’il me semble crucial de réinjecter de la pensée, des idées dans la politique. Qu’il nous faut mobiliser, nous emparer d’un arsenal conceptuel qui nous permette de réarticuler une pensée politique solide pour sortir de la répétition ad nauseam des mêmes billevesées néolibérales et répondre au capharnaüm démagogique proposé par les illuminés d’extrême-droite (« grand remplacement » and co).
Depuis, il y a quelqu’un qui m’a dit (rien à voir avec une quelconque chanteuse à voix) : « ton billet, il est bien, mais on attend de voir ce que tu proposes, c’est quoi ces concepts à mobiliser dont tu parles pour comprendre et agir ? »
Alors quand faut y aller…
Attention, ça va être long, avec plein de notes de bas de page et de références à des auteurs… c’est fait pour.
Ce premier billet sert d’introduction pour présenter comment ça marche. Suivront deux autres qui développeront plus amplement les choses : un sur l’utopie, un sur l’idéologie. Enfin, un très court épilogue tentera de conclure ces réflexions.
On se cale bien dans son fauteuil, on s’accroche… c’est parti !

L’idéologie et l’utopie sont deux concepts suspects, largement surdéterminés par l’usage quotidien qui en est fait de manière polémique. Et pourtant, plusieurs auteurs, Paul Ricœur en tête[1], les ont explorés pour en montrer la profondeur et la portée. Essayons de comprendre comment ils peuvent nous aider à penser, dire et agir.

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Le réalisme tyrannique des imbéciles

L’impératif de réalisme me fatigue. Franchement, être réaliste, ça veut dire quoi ? En 40, qui était réaliste : celui qui acceptait la débâcle ou celui qui partait à Londres pour poursuivre le combat ? C’est au nom du « réalisme », du « pragmatisme », tant vantés aujourd’hui, que l’on jugeait préférable de se soumettre et que l’on considérait De Gaulle comme un idéaliste n’ayant rien compris au film. Le réalisme, je le laisse aux petits comptables de sous-préfecture[1] qui ont une calculette à la place de l’encéphale.

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« Réidologiser » la politique : une urgence !

Le champ politique crève de son inanité intellectuelle. Aucune idée nouvelle, aucun projet de société, aucune vision du monde et de l’homme n’en émerge. On a chanté l’effondrement des idéologies et la fin de l’Histoire, comme autant de bonnes nouvelles. C’est bien à la fin de la pensée que l’on a assisté. Quelles propositions nous font les dirigeants politiques ? À qui ou à quoi se réfèrent-ils ? Sur quoi légitiment-ils leurs discours ? Pourquoi sont-ils à ce point coupés du fourmillement intellectuel que l’on voit dans la « société civile » ?

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Paris, une « ville-musée » ? Et pourquoi pas ?

Paris deviendrait une « ville-musée ». Ah ben merde alors ! Je comprends mieux pourquoi tous les matins deux cents touristes étrangers m’entourent pour me prendre en photo !

Bon, sérieusement, c’est quoi cette histoire ?
Ça veut dire quoi, une « ville-musée » ?

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Ils voient des tabous partout

À longueur d’interviews, à droite comme à gauche, au centre comme aux extrêmes : « nous n’avons pas de tabou », « ce n’est pas un tabou » ou encore « il faut faire sauter les tabous ». Pauvres tabous qui n’en demandaient pas tant ! Pourquoi cette haine ? Pourquoi voient-ils des tabous partout ?

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