Mascarades de la pureté

Portrait de Friedrich Nietzsche, par Edward Munch
Portrait de Friedrich Nietzsche, par Edward Munch

« Les gauchistes sentent le curé froid ! » : non seulement François Cavanna, fondateur de Charlie Hebdo, avait trouvé une formule géniale mais, surtout, il n’aurait pas imaginé à quel point elle serait plus pertinente encore à mesure que les idéologues de la pureté gagneraient en puissance et tenteraient d’imposer leur vision du monde au reste de la population. Et avec quel sinistre esprit de sérieux ! – incapables d’humour ni de légèreté, ils ne tournent vers le monde que le méchant rictus dont ne peut se départir celui persuadé de son infinie bonté. Lire la suite…

La souffrance en concurrence

Ne te plains pas, ça pourrait être pire : tu pourrais être…

Combien de fois n’a-t-on pas entendu ce genre de phrase, assortie d’un soupir condescendant ? Quelle que soit la cause de votre souffrance (morale, psychologique, physique, existentielle…), par la confidence, vous cherchez en l’autre compassion ou compréhension… et vous ne recevez que la désignation d’une misère tierce, toujours pire que la vôtre, qui légitimerait l’intimation à vous taire. Selon ce sophisme dit « de la double faute », constater l’existence que quelqu’un, quelque part, souffre plus que soi interdirait toute récrimination, toute revendication. Le relativisme de la peine impose le silence. Mais quelle espèce de morale perverse est-ce là ? Lire la suite…

De l’égoïsme en milieu confiné

« Le sordide et l’admirable font meilleur ménage en l’homme qu’on ne le croit d’ordinaire et le problème est de tirer le second du premier. »
André Malraux, Le Démon de l’absolu

Depuis le début de la crise sanitaire, toute la classe politique française, exécutif et majorité parlementaire en tête, est affligeante d’incurie. Le mélange d’incompétence et de cynisme du pouvoir actuel les rend responsables des milliers de morts qui auraient pu être évités s’ils avaient fait preuve du minimum de vertu civique et de sens des responsabilités que l’on est en droit d’attendre de nos gouvernants. Leurs atermoiements, ambigüités et mensonges n’ont pu, en outre, que troubler les esprits et encourager les individus à prendre à la légère le drame collectif.
Faut-il pour autant dédouaner les citoyens de leurs responsabilités ?
Certainement pas, tant les comportements de certains de nos contemporains révèlent l’égoïsme qui les meut et le mépris dans lequel ils tiennent toute forme de monde commun. Le narcissisme de l’enfant qui joue au président ne reflète que celui de ses arrogants sujets [1]. Continuer la lecture de De l’égoïsme en milieu confiné

Créateurs talentueux et viles crapules

Oh ! le vieux débat suranné ! Peut-on séparer la biographie et l’œuvre d’un artiste ? Un génie peut-il se doubler d’une ordure ? Que faire de l’embarrassant fardeau artistique lorsque son auteur adulé se révèle soudain un salaud ? Déclinaison ad nauseam d’une querelle éculée mais dont on ne sortira pas. Continuer la lecture de Créateurs talentueux et viles crapules

Malaise dans la représentation : 3. Morale

Un mandat d’élu n’est pas un poste en entreprise, une élection n’est pas un recrutement lors duquel sont évaluées des compétences et un parcours. Ce n’est pas non plus un concours de sosies dont le vainqueur serait celui qui, grand transformiste, saurait le mieux renvoyer à ses électeurs l’image la plus ressemblante pour les séduire.
Obnubilés par ces conceptions fallacieuses et par l’appât du gain, dans tous les partis, les « spécialistes des élections » découpent la Nation et le territoire en segments auxquels offrir le produit qui réponde le mieux aux désirs qu’ils leur prêtent. Ils prennent en compte un nombre incalculable de critères… parmi lesquels, hélas !, la probité, l’exemplarité et l’incorruptibilité des candidats, qualités qui dérivent toutes trois de la vertu civique, ne pèsent pas lourd. Continuer la lecture de Malaise dans la représentation : 3. Morale