Le travail, c’est la santé

Travail, s. m.

  1. Nom donné à des machines plus ou moins compliquées, à l’aide desquelles on assujettit les grands animaux, soit pour les ferrer, quand ils sont méchants, soit pour pratiquer sur eux des opérations chirurgicales.
  2. Par extension du sens d’instrument qui assujettit, gêne, fatigue ; c’est le sens primordial comme le montre l’historique.
  3. Soins et soucis de l’ambition.
  4. Inquiétude.
  5. Travail d’enfant, ou, simplement, travail, douleurs de l’enfantement, ou, techniquement, succession de phénomènes violents et douloureux dont l’ensemble caractérise la fonction de l’accouchement.
  6. Peine qu’on prend pour faire quelque chose. Le travail du corps. Le travail de l’esprit.
  7. Service auquel on soumet les animaux.
  8. Se dit de l’action d’une machine ou du résultat de cette action.

Etc. etc.
[Littré]

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Plaidoyer pour la liberté sexuelle contre les nouvelles ligues (de vertu)

J’ai toujours pensé que l’hétérosexualité pure, pas plus que l’homosexualité intégrale, n’ont de réalité[1]. Je les conçois plutôt comme deux pôles idéals-typiques d’un arc continu sur lequel chaque individu se positionne et peut évoluer. Pour le dire autrement : je suis convaincu que personne n’est 100% hétéro ni homo, mais bien « plutôt ceci » ou « plutôt cela » et peut changer, découvrir, vivre des expériences divergentes, au hasard des rencontres[2]. En effet, quel hétérosexuel n’a jamais été ému devant le pouvoir érotique d’une sculpture ou d’un corps vivant du même sexe ? Quel homosexuel peut affirmer n’avoir jamais éprouvé la sensualité d’une peau de l’autre rive ? Sans doute en trouvera-t-on : rien n’interdit que l’avenir leur réserve des surprises… et tant mieux.

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Des réformes et des réformistes

Comment le beau mot de réforme, synonyme pendant longtemps d’amélioration des conditions de vie et de travail pour la majorité, en est-il venu à signifier le recul des droits pour la plupart ?

Jadis, c’est-à-dire jusqu’à il y a quelques décennies – à l’échelle d’une société, c’est peu, si peu –, une réforme consistait en le résultat d’une lutte idéologique et politique, souvent doublée de ce que l’on n’appelait pas encore un « mouvement social » (insupportable novlangue). Lorsque la gauche s’intéressait encore au peuple et assumait l’héritage de la Révolution, le camp des « réformistes » regroupait tous ceux qui pensaient possible, donc nécessaire, l’octroi de nouveaux droits aux individus – à tous les individus, quelles que soient leurs origines, leurs richesses, leurs places ou leurs fonctions. Lire la suite Des réformes et des réformistes

« It’s the economy, stupid »

La formule est signée James Carville, stratège de Bill Clinton pour sa campagne victorieuse contre George H. Bush en 1992. Initialement destinée aux équipes de militants, elle était affichée dans le quartier général, accompagnée de deux autres : « Change vs. more of the same » et « Don’t forget health care », vite oubliées. Son efficacité rhétorique l’a très rapidement transformée en slogan de campagne, repris, modifié, parodié dans toutes sortes de contextes. D’une simplicité désarmante, volontairement provocante et agressive, elle signifie que l’économie est l’enjeu central sur lequel axer toute la campagne, que c’est en se concentrant exclusivement dessus que l’on remportera la victoire, que tout le reste (le politique en particulier) n’a aucune espèce d’importance puisque c’est l’économie qui décide de tout, qui dicte sa loi et qui définit l’agenda politique. Si vous n’avez pas compris que seule compte l’économie, vous être stupide ; circulez, y a rien à voir.
Mouais.

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Quelque chose de pourri au royaume des SHS

Mais que se passe-t-il chez les chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) ? Sont-ils donc devenus fous ?
On aurait pu espérer que les mésaventures ahurissantes de Marcel Gauchet en 2014 ne fussent que le triste corollaire de la malfaisance de démagogues en mal de buzz. Hélas !, les cas se sont récemment multipliés de manière inquiétante. En février, la polémique qui a entouré les prises en position courageuses de l’écrivain Kamel Daoud avait de quoi laisser pantois. Dans une tribune au journal le Monde, un « collectif » de chercheurs l’a pris à partie. Comme Élisabeth Badinter quelques semaines plus tôt, il fut sommé de se taire parce qu’il avait refusé d’entrer dans le jeu des islamistes qui accusent d’« islamophobie » tout discours ferme sur la laïcité. Étrange conception de la confrontation d’idées pour des universitaires. D’autant que ce qui les rassemble paraît tenir dans une haine viscérale de la République. Certains sont même allés jusqu’à inventer le mot-valise « réac-publicain » dont ils parsèment leurs libelles, mélange révoltant de « réactionnaire », adversaire de la Révolution, et de « républicain », héritier de la Révolution : montage improbable et infamant dont ils décorent sans distinction républicains sincères et dévots de l’extrême-droite.
L’anathème remplace la joute, l’assignation au silence et l’appel au boycott empêchent volontairement le débat. Comment des universitaires peuvent-ils descendre aussi bas dans la bêtise crasse ?

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Éloge du militant

Dans l’expression « militant de base », seuls les méprisants voient du mépris. Pour moi, elle dit plutôt l’honneur d’incarner un socle. Sans « base » pour supporter l’édifice, rien ne tient, tout s’écroule. Sans leurs militants, les partis ne sont que des fantômes incapables d’offrir plus qu’une illusion de vie. Sans leur engagement, disparaissent les derniers vestiges de citoyenneté.

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Qu’ils me traitent donc d’islamophobe !

Assez d’atermoiements ! Assez de reculades ! Assez de compromissions !

Il y a maintenant trois semaines, le dimanche 24 janvier 2016, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, était l’invitée de l’émission Le Supplément sur Canal+. Une séquence a fait couler beaucoup d’encre : après un reportage sur BarakaCity, une association se présentant comme « humanitaire » mais soupçonnée de relations sulfureuses avec les terroristes qui ont ensanglanté la France en 2015, son dirigeant, Idriss Sihamedi, connu pour ses saillies indignes sur les réseaux sociaux, aligne les provocations sous les regards stupéfiés du présentateur Ali Baddou et de la ministre de l’éducation nationale. La réaction, minimale, de cette dernière ne laisse pas d’étonner ni de décevoir. En tant que représentante de l’État, en tant que ministre de la République, en tant que citoyenne française, elle aurait pu dire bien des choses, réagir de bien des manières différentes. Dans tous les cas, elle aurait dû marquer une opposition ferme. Par exemple :

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La galanterie assassinée

Quand les féministes se trompent de combats

 

Ma tendre amie,

Alors que je me languis de vous, je souhaite porter à votre cœur et à votre cher esprit une histoire étonnante qui m’est récemment arrivée et les réflexions qu’elle a suscitées en mon âme. J’espère, vous contant cette aventure, vous divertir un peu dans l’attente de nos retrouvailles.

Je déambulais dans les rues parisiennes avec quelques miens amis, l’une de nos compagnes traînait une lourde charge sous la forme d’une volumineuse valise. Lorsque nous dûmes emprunter des couloirs de métro, je lui proposai de l’aider à monter plusieurs séries d’escaliers en portant ledit fardeau. C’est alors qu’une autre camarade m’accusa de « misogynie bienveillante ». Bigre ! Je me retrouvai donc misogyne comme Monsieur Jourdain poète. Lire la suite La galanterie assassinée

Le rendez-vous manqué

Le 26 septembre aurait dû se tenir une conférence à l’initiative de Jean-Pierre Chevènement et rassemblant, entre autres, Nicolas Dupont-Aignan, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon. Hélas !, la défection de ce dernier a conduit à l’annulation de l’événement.

L’erreur de Mélenchon

Comme Jean-Pierre Chevènement, je milite pour un rapprochement de ce qu’il appelle « les républicains des deux rives ». Je ne peux donc que regretter la décision de Jean-Luc Mélenchon. Au nom de schémas de pensée usés, il préfère l’entre-soi au dialogue. Pire : il définit ses alliances en fonction d’étiquettes et non selon des convergences idéologiques. C’est ainsi qu’il choisit de regarder du côté d’EELV, voire des identitaires de gauche, avec qui, en réalité, il ne partage que le mot « de gauche » mais aucune des idées. Au risque de brouiller totalement son discours et de se laisser entraîner dans des aventures qui ne sont pas les siennes.

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Les chômeurs ne sont pas des fraudeurs !

J’ai vu récemment le film La loi du marché avec Vincent Lindon, remarquable de justesse et sans jamais tomber dans un pathos de mauvais goût.  Il m’a donné envie d’écrire ce billet.

Il y a quelques années, j’ai vécu une période de plusieurs mois de chômage. Je ne laisserai jamais dire que les chômeurs sont des « assistés », des « parasites » ou des « fraudeurs ». Certes les abus existent, inutile de le nier. Comme toujours, des petits malins jouent les passagers clandestins et profitent du système. Ils faut sanctionner ces escrocs, d’autant plus que leurs comportements servent de prétexte à de plus grands escrocs pour stigmatiser l’ensemble des demandeurs d’emploi.
Soit.

Faut-il pour autant faire de la lutte contre la fraude à Pôle Emploi une nouvelle croisade ? Lire la suite Les chômeurs ne sont pas des fraudeurs !