Remets-m’en un, Sam, ne laisse pas venir la sécheresse, j’veux pas la sentir. Pas maintenant. Pas ce soir. Pourquoi je fais la gueule ? Tu veux dire : aujourd’hui en particulier ? Bof. Peut-être parce qu’on a beau être misanthrope, il reste toujours un peu d’humanisme au fond de soi pour continuer de désespérer. Des mots… oui, des mots. Et alors ? Tu en veux encore, des mots ? Je vais t’en donner, moi, des mots. Assez pour faire des histoires. Mais attention : des mauvaises histoires, des petites, des banales, des un peu minables. Des histoires qu’on n’a pas envie de raconter. Ni d’entendre surtout. Des histoires qui ont honte d’être. Et pourtant.
À VENDRE ! Dirigeant politique français doté d’un important carnet d’adresses et dénué de toute conscience ou colonne vertébrale, prêt à servir n’importe quelle cause étrangère contre les intérêts de la nation. Allégeances multiples possibles. Toutes les offres seront examinées sans a priori et avec la plus grande bienveillance.
Ah ! Ils sont nombreux à pouvoir déposer ce genre d’offre de services, nos représentants de la nation qui représentent bien plus sûrement les intérêts de leurs mécènes étrangers ; nombreux à être prêts à tapiner n’importe quel pouvoir ennemi du moment que ça remplit la gamelle ; nombreux à n’avoir que la reptation pour vision et la trahison pour politique.
Depuis plus d’un mois, une image me hante. Celle d’une toute jeune femme, à peine sortie de l’adolescence, recroquevillée sur son siège de métro, les genoux remontés jusqu’au menton, les mains crispées autour du cou, le regard ivre de terreur, qui se voit mourir, seule au milieu de la foule, sans comprendre pourquoi elle, ici et maintenant.
Charlie Kirk, 31 ans, figure médiatique de la droite trumpienne, a été assassiné le 10 septembre à Orem, ville d’environ 100 000 habitants au sud de Salt Lake City dans l’Utah. Il a été assassiné alors qu’il discutait avec des étudiants au sein de l’université d’Utah Valley, dans le cadre d’une conférence-débat. Il a été assassiné d’une balle dans le cou. Il a été assassiné devant sa famille. Il a été assassiné en raison de ses idées.
Et un autre mord la poussière : Bayrou Premier ministre, c’est fini. Je ne me fais guère de souci pour lui : aussi écorché soit-il, l’animal politique saura panser ses plaies et retrouver à Pau ou ailleurs de quoi poursuivre sa vie politique. Comme son prédécesseur Barnier ; comme tant d’autres. Et pendant ce temps, nous continuons de nous enfoncer, toujours plus profond.
Eugène Manet et sa fille au jardin, Berthe Morisot (1883)
Voilà bientôt huit ans que tu es entrée par effraction dans ma vie. Huit ans que je te vois grandir avec une fascination mêlée des plus grandes joies et des plus grandes peurs… rien d’original, me diras-tu : les montagnes russes émotionnelles sont le lot de bien des parents. Mais aux succès et tracas quotidiens, s’ajoutent les espérances et les angoisses existentielles. Quand tu cours vers moi en criant « mon papa ! » et que tu te jettes dans mes bras, je t’étreins de toute mon âme… imagines-tu qu’alors, derrière le rideau de cheveux qui m’aveugle et m’étouffe de bonheur, résonnent en moi comme le memento mori susurré par l’esclave ces questions lancinantes qui ne me quittent pas depuis que tu existes : dans quel monde vivras-tu, mon enfant ? et surtout : qui devras-tu devenir pour l’habiter ?
L’olivier planté en hommage à Ilan Halimi, tronçonné dans la nuit du 13 au 14 août.
Depuis le pogrom du 7 octobre 2023 – le pire assassinat de Juifs de toute la période qui nous sépare de la Deuxième Guerre mondiale –, nous assistons à une dramatique multiplication des actes antisémites. Tout particulièrement en Occident, en Europe… et en France.
L’angoisse ; la peur, même. Tu les connais bien. Diffuses, comme une petite musique lancinante, elles ne te quittent jamais vraiment ; ou bien foudroyantes, elles te paralysent et te plongent dans une solitude vide qui ne te laisse même pas la possibilité de hurler…
Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines, Hubert Robert (1796)
À chaque manifestation collective de joie ou de colère, une foule plus ou moins nombreuse se rassemble sur la place de la République à Paris puis laisse, dans son reflux, un monument violenté, sali, abîmé. La statue subit ainsi des détériorations, insupportables d’au moins trois points de vue : financier (les coûts des restaurations répétées pèsent indûment sur la collectivité alors que seuls les coupables devraient payer), patrimonial (le monument souffre de ces dégradations, chaque nettoyage érode un peu plus la pierre et certaines peintures utilisées dans les tags restent incrustées dans le bronze) et symbolique (souiller l’allégorie de la République témoigne d’une haine profonde de la France). Le symbole de la République devient ainsi celui de tout notre patrimoine, à la fois méprisé et saccagé.
Destin des Empires – La Destruction, Thomas Cole (1836)
Samedi 31 mai 2025, victoire d’un club de football, le Paris Saint-Germain, dans une quelconque compétition ploutocratique. Onze millionnaires incultes, payés pour jouer à la baballe par un pays ennemi de la France, qui finance les déstabilisations et attentats islamistes qui ont tué des centaines de Français ces dernières années, ont gagné. Grand bien leur fasse. Dans la foulée : comme tout le monde s’y attendait – et s’ils avaient perdu, ç’aurait été la même chose –, des hordes violentes ont déferlé sur les Champs-Élysées pour tout saccager sur leur passage, détruire du mobilier urbain, vandaliser des bâtiments publics et privés, incendier des voitures, piller des boutiques et, le plus amusant aux yeux de ces adeptes de l’adrénaline pour tromper l’ennui, affronter policiers et pompiers à coups de mortiers d’artifices. Il paraît que ça s’appelle « faire la fête ». Cette manière de « faire la fête » ressemble à s’y méprendre à celle que les mêmes emploient pour « protester contre l’injustice » ou pour « manifester leur colère ». Manque d’imagination ? Quel que soit le prétexte, depuis les émeutes de 2005, en passant par celles qui ont achevé le mouvement des Gilets jaunes ou celles de 2023, nous subissons régulièrement ces bouffées de violence. Au point de nous habituer ?