Les lectures de Cinci : la souveraineté sous les assauts du néolibéralisme

Avant les vacances, petits conseils de lectures : voici deux essais stimulants sur l’effacement progressif de la souveraineté populaire au profit de la technocratie et de l’idéologie néolibérale. Bonnes lectures !

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Natacha Polony et le Comité Orwell, Bienvenue dans le pire des mondes, Plon, 2016

Le livre en deux mots

410hFzOGU5L._SX329_BO1,204,203,200_Natacha Polony a réuni autour d’elle le Comité Orwell, « collectif de journalistes pour la défense de la souveraineté populaire et des idées alternatives dans les médias », avec lequel elle a publié un essai vigoureux au titre provocateur inspiré non d’Orwell mais de Huxley. Consacré à leur thème de prédilection – la disparition de souveraineté –, il démontre comment nous nous engageons en souriant dans une nouvelle forme d’asservissement, dont il dresse le portrait sous le nom de « soft totalitarisme ». Lire la suite Les lectures de Cinci : la souveraineté sous les assauts du néolibéralisme

« Désolidarisez-vous ! »

L’impératif réfléchi cingle. L’ordre tonne de manifester la négation d’un rapport exhibé. Il s’adresse aux soutiens d’un candidat après un éclat ou une bouffonnerie oratoires, aux musulmans après un attentat commis au nom de leur croyance, aux hommes après l’ignoble agression d’une femme… en somme : à l’ensemble des membres d’un groupe, que la constitution de celui-ci soit réelle ou fantasmée, lorsque l’un d’entre eux, ou considéré tel à tort ou à raison, s’illustre dans l’abject. Afin de réintégrer le tout, les individus reçoivent l’injonction d’affirmer la distance qui les sépare de l’autre au sein de la partie.

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Les lectures de Cinci : en hommage à Clemenceau

Les lecteurs de ces carnets connaissent mon affection et mon admiration pour Georges Clemenceau. Il fut, avec De Gaulle, l’un des deux plus grands hommes d’État français depuis deux cents ans. Pour comprendre ce que nous lui devons et ce que nous pouvons apprendre de son œuvre et méditer de sa vie, je propose ici quatre livres abordant, chacun à sa manière, cette immense figure intellectuelle, politique et humaine, en une toute petite sélection parmi la pléthore d’ouvrages qui lui sont consacrés.
Ces livres
sur Clemenceau ne sauraient cependant se substituer à l’œuvre écrite de Clemenceau, dans laquelle j’encourage chacun à se plonger avec la délectation que procure l’exceptionnalité de l’intelligence, de l’humanité et du style : de La Mêlée sociale à Grandeurs et Misères d’une victoire, en passant par Le Grand Pan, Démosthène, Au soir de la pensée, sa correspondance et tous les articles qu’il a publiés tout au long de sa vie, tout est à lire !

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clemenceau 1Clemenceau le combattant, Samuël Tomei, La Documentation française, collection Tribuns, 2008

Le livre en deux mots

Samuël Tomei réussit le tour de force de rassembler les quatre-vingt-huit années de vie de Clemenceau en une petite centaine de pages. Lire la suite Les lectures de Cinci : en hommage à Clemenceau

Les lectures de Cinci : aux commencements de la littérature

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L’Énigme des premières phrases, Laurent Nunez, Grasset, 2017

Le livre en deux mots

Les premières phrases des grands livres, on les lit toujours trop vite. Prenons notre temps, c’est Laurent Nunez qui nous invite. Lire la suite Les lectures de Cinci : aux commencements de la littérature

Les lectures de Cinci : mythologies contemporaines

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Little Brother, Raphaël Enthoven, Gallimard, 2017.

Le livre en deux mots

Raphaël Enthoven, homme de culture et de médias, philosophe et admirateur de Proust, nous a offert en début d’année un livre qui appartient à cette catégorie honnie d’ouvrages qui parfois me font grincer, avec une jalousie assumée, un persiflage égotique : « le salaud, j’aurais voulu l’avoir écrit ! ». Lire la suite Les lectures de Cinci : mythologies contemporaines

Ces incultes qui nous gouvernent

Quel chemin parcouru, génération après génération, dans ce qui ressemble à une course au vulgaire. Sans remonter jusqu’à des temps mythologiques, contentons-nous d’observer cette increvable Ve République et ses monarques successifs. Le Général, homme de plume et d’épée, le normalien banquier-poète Pompidou, le lettré florentin Mitterrand et même l’ingénieur Giscard ou le faussement grossier Chirac qui préférait cacher sa passion des cultures dans sa part d’intime : chacun à sa manière a chéri la culture. Une anecdote amusante : je me suis récemment prêté avec un plaisir pervers à une drôle d’activité – revoir l’ensemble des débats d’entre-deux-tours des élections présidentielles depuis que ce rituel médiatique existe. Ces hommes pouvaient bien s’affronter sur tous les sujets, un consensus les frappait d’évidence : quelles que fussent les économies à promettre, incontinents, pour se faire élire, tous s’accordaient à ne pas toucher aux budgets de l’éducation ni à diminuer le nombre des enseignants. Saine lucidité ! Lire la suite Ces incultes qui nous gouvernent

Sondages : une cure de désintox, vite !

FUMEUR D'OPIUM
Salle de rédaction recevant les sondages quotidiens

Sommaire
1. Une drogue médiatique
2. Dis, Cinci, l’opinion publique, c’est quoi ?
3. Petits éléments de critique des sondages à l’usage des citoyens qui en ont marre qu’on prétende parler à leur place
4. L’art (pas toujours) discret de la manipulation… et son efficace
5. Prophylaxie


1. Une drogue médiatique

Nous sommes des junkies des sondages. Tous les jours, plusieurs fois par jour, nous réclamons notre dose aux médias qui se comportent à la fois comme principaux dealers et comme plus gros consommateurs de cette drogue dure. Nous ne pouvons plus voir la réalité qu’à travers l’hallucination de ces psychotropes. Du fait divers le plus anodin jusqu’à l’élection majeure de notre système politique, il n’existe plus un seul événement, plus un seul fait social, économique ou politique, qui ne doive être « éclairé » par une multitude d’enquêtes réalisées avant, pendant et après sa survenue dans l’espace médiatique. La vérité se cache à nos yeux, seuls les chiffres exprimés en pourcentages de sondés peuvent la révéler. Lire la suite Sondages : une cure de désintox, vite !

Apologie du blockbuster

On a tous des petits plaisirs coupables. Je le confesse : j’aime à sacrifier régulièrement aux divertissements de masse, tout particulièrement en matière cinéphilique[1]. Comme quoi, on peut se revendiquer esthète et apprécier les grosses productions qui tachent[2]. Allez, petite analyse peu sérieuse du phénomène en trois degrés de lecture. Lire la suite Apologie du blockbuster

À la découverte de l’art brut

L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle.
Jean Dubuffet, 1960

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Palais idéal du Facteur Cheval

J’ai eu la chance de visiter, il y a quelques semaines, la très belle Collection de l’art brut de Lausanne. En-dehors du Palais idéal du Facteur Cheval ou des Rochers sculptés de Rothéneuf, je n’étais guère familier de cet univers que je n’avais jusqu’alors abordé que de manière théorique et distante. Lire la suite À la découverte de l’art brut

Les lectures de Cinci : deux économistes à contre-courant

Je n’aime pas les économistes. Du point de vue de la philo, ils prostituent la pensée. Du point de vue des math, ils prostituent la science. Dans tous les cas, ils me débectent par leur arrogance et leur prétention à élever leur discipline au rang de science exacte exerçant un magistère tyrannique sur l’ensemble des autres disciplines inféodées à son utilitarisme. Tous ? Non. Heureusement, quelques-uns ne se vautrent pas dans l’hybris caractéristique de beaucoup de leurs confrères. En voici deux qui nous réconcilieraient presque avec les économistes : Bernard Maris et Yanis Varoufakis.

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9782246852193-xEt si on aimait la France, Bernard Maris, Grasset, 2015.

Le livre en deux mots

Le regretté Oncle Bernard nous a laissé un dernier ouvrage plein de lumière. Sans point (ni d’exclamation ni d’interrogation), il nous invite à simplement aimer notre pays. Il en livre un portrait lucide, amer parfois, amusé souvent, inquiet toujours. Lire la suite Les lectures de Cinci : deux économistes à contre-courant