De la triche

Les Tricheurs, Valentin de Boulogne (1620)

Dans un monde où le trucage et les fausses valeurs triomphent partout, la seule certitude qui nous reste est celle des chefs-d’œuvre.
Romain Gary

Tous ventriloques, imposteurs, faux-monnayeurs, nous nous jouons du réel et le transformons en une vaste mascarade. Le remords est devenu étranger, de signer ce qu’on n’a pas produit soi-même. Le plagiat, grand invariant historique de l’homme incapable d’imagination, s’est enrichi d’une nouvelle dimension – la délégation à la machine de ce précieux privilège : le soin de créer. Alors que la machine devrait nous délivrer des autres tâches pour que nous nous consacrions entièrement à l’intelligence et à la création, c’est précisément ce qui est censé nous caractériser en tant qu’êtres humains, ce qui nous élève à la dignité d’homme, ce qui procure un instant de grandeur à nos existences, que nous lui cédons volontairement. Ce renoncement de l’homme à son humanité par l’abandon de soi à une paresse inouïe marque le franchissement d’un nouveau seuil dans la culture de l’avachissement. Le « syndrome de l’imposteur », très à la mode, trouve une réciproque ironique dans cette reddition délibérée à la contrefaçon, dans le soulagement de l’intelligence par les béquilles technologiques.

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Des tricheurs…

Le Tricheur à l’as de carreau, Georges de La Tour (1635)

Maître de l’hypocrisie, Prince de l’arnaque, Roi de la triche : mes masques sont autant de secondes peaux.

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Un problème ? Une appli !

Le « solutionnisme » est cette idée simpliste selon laquelle tous les problèmes, quelles que soient leur nature et leur complexité, peuvent trouver une solution sous la forme d’algorithmes et d’applications informatiques. Très en vogue dans la Silicon Valley depuis plusieurs années, il s’est largement répandu grâce à ses illusions séduisantes et imprègne dorénavant les imaginaires collectifs, notamment celui de la start-up nation chère à notre Président.

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L’intelligence sous-traitée

Metropolis, film culte de Fritz Lang (1927)

Nous sommes de plus en plus cons. C’est pas moi qui le dis, c’est statistique, scientifique, quantifié, sourcé et démontré : le QI moyen s’effondre. En même temps©, le nombre de « hauts potentiels intellectuels » (HPI) autodiagnostiqués – parce qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même – explose : preuve irréfutable de l’extension du domaine de l’imbécillité !

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Tous des sales gosses !

Quelle société de petits cons nous formons ! Où que le regard se tourne, point d’adultes : ça grouille d’adolescents mal élevés, quelle que soit leur date de naissance. Même les cheveux blanchis par l’âge ne semblent avoir acquis de leurs années passées que la vanité de cœur et la myopie d’esprit. Et en matière de maturité, il n’est rien à chercher non plus du côté des toniques intermédiaires entre le bachot et l’EHPAD. Des corps protégés par la médecine moderne trimballent des ego bouffis de dérisoires certitudes. Lire la suite…

La Silicon Valley au service du transhumanisme

L’imaginaire collectif des transhumanistes déborde largement les limites de ses thuriféraires assumés, en particulier grâce aux moyens que ceux-ci mettent à sa diffusion : ceux des grandes entreprises de la Silicon Valley et du capitalisme mondialisé. Mais ne nous y trompons pas : l’une des forces de cette pensée, c’est sa sincérité. La volonté de puissance et de profit, qui se perçoit en particulier dans l’accaparement des données personnelles ou le mépris des lois des États-nations, ne doit pas la masquer. Évidemment, ce sont des vautours qui cherchent à gagner un maximum de pognon. Mais ce n’en sont pas pour autant de vulgaires escrocs qui vendraient du rêve pour faire du fric au détriment des pigeons qui croiraient à leurs balivernes.
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