L’espace public en archipel

Autodafé sur la Plaza Mayor de Madrid, Francisco Ricci (1683)

Le sentiment le plus puissant de l’humanité, celui qui la meut le plus aisément, c’est la haine.

L’espace public de libre expression et de confrontation des visions du monde et des conceptions de l’intérêt général est l’une des dimensions de la démocratie. Dans l’obscurité de l’intime et du privé, l’individu nourrit sa réflexion et sa pensée, affûte ses arguments et, surtout, remet en question ses propres opinions : « pense contre toi-même » doit être le premier commandement du citoyen. De telle sorte que, lorsqu’il paraît dans la lumière du public, il laisse ses intérêts privés à la porte de l’arène, s’élève à la puissance du citoyen et raisonne à l’échelle de l’universel, avec l’intérêt général pour légitimation de l’action et pour objectif la recherche du juste – dans les deux sens du terme : justesse et justice.

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Joyeux Noël !

Joyeux Noël, Viggo Johansen (1881)

Attention ! Il est dorénavant très très mal vu de souhaiter un « joyeux Noël » à vos collègues, à vos amis, à vos proches comme à vos lointains. Pour être honnête, je dois avouer que ce phénomène n’est pas tout à fait nouveau, que, dans ce monde de dingues, cela fait déjà quelques années que le mot « Noël » sent le soufre et qu’il est préférable de se souhaiter de « joyeuses fêtes » – voire, encore pire, de « belles fêtes », sur le modèle de l’insupportable « belle journée » – pour être sûr de ne vexer personne.

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Wokisme, néolibéralisme : ces idéologies qui n’existeraient pas

Allégorie de la Simulation, Lorenzo Lippi (vers 1640)

Communisme, socialisme, républicanisme, libéralisme, bonapartisme, royalisme, fascisme, nazisme… quel que soit leur bord politique, aussi nobles ou odieuses soient-elles, la plupart des idéologies en –isme se sont toujours assumées comme telles, leurs partisans s’en sont toujours revendiqués avec fierté, portant haut leurs étendards quitte à (et souvent pour) se castagner avec ceux d’en face. Il s’agit d’entrer dans l’espace public à visage découvert, afin de défendre une vision du monde et un programme politique, de convaincre de la justesse et de la justice de ses vues… voire de s’imposer par la force des armes lorsque celle des arguments ne suffit plus.

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Touchez pas aux contes de fées !

La Belle au bois dormant, illustré par Gustave Doré (1867)

Il n’y a pas un pan de la culture que les Torquemada du slibard ne cherchent à calomnier pour mieux les condamner au nom de leur idéologie mortifère. Après les auteurs classiques, les compositeurs, les statues diverses et variées… les voilà qui, depuis peu, ont décidé de s’attaquer aux contes de fées. À coup de chroniques et podcasts sur les chaînes de télé et les stations de radio complaisantes (France Info, Arte, France Culture et France Inter se font les serviles propagandistes de leur business névrotique), d’articles et éditos dans les journaux et magazines gagnés à leur cause (Télérama, l’Obs, Libération…), et d’entreprises de charcutage par les censeurs ripolinés en « sensitivity readers », la petite musique s’installe : les contes de fées sont réactionnaires et machistes, ils propagent la « culture du viol » et bafouent le « consentement », entretiennent des visions du monde racistes et colonialistes… bref, les contes de fées sont un nouvel avatar du Mal. La bêtise repart en croisade.

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Les offensés professionnels

Tintin au pays de l’or noir, Hergé (1950)

La chouinocratie gangrène notre démocratie. Étudiants traumatisés parce qu’on leur a montré un film de Kubrick (odieuse pornographie patriarcale, comme chacun sait) ou par la lecture d’un roman de Mark Twain (dans lequel le mot « nègre » apparaît sans qu’ils aient été dûment prévenus par lettre recommandée avec accusé de réception ni reçu un doudou et un bonbon pour apaiser leurs émois), croyants qui exigent péremptoirement le respect de leur religion et l’instauration d’un nouveau délit de blasphème, activistes menaçant de mort toute personne qui oserait affirmer qu’une femme est une femme… des individus à la sensibilité à fleur de peau, exaltés contre tout ce qui ne leur ressemble pas, sombrent dans la complainte victimaire et s’imaginent à la fois les plus malheureux et les plus vertueux de l’histoire de l’humanité. Le monde entier doit se mettre au diapason de leurs caprices et de leur sensiblerie autoritaire, et protéger leurs nerfs fragiles contre tout ce qui pourrait venir les contrarier. Fiers de leur « déconstruction », ils s’estiment avoir atteint le plus haut sommet de l’évolution humaine, depuis lequel ils peuvent juger l’ensemble de leurs semblables – passés et présents – à l’aune de leurs obsessions.

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La vertu destructrice

Condamnés par l’Inquisition, Eugenio Lucas Velázquez (1862)

Il souffle, en France et ailleurs, comme un vent mauvais, un vent de destruction, sur les arts et les savoirs, sur la discussion et la contradiction. Les esprits semblent emportés par une volonté de salir, d’éliminer, de censurer, de faire disparaître, purement et simplement, ce qui les contrarie ou les contraint. Ce qui ne leur ressemble pas, surtout.

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Quand dire, c’est être

Une cause célèbre, Honoré Daumier (1862)

La folie identitaire prend des formes délirantes.

« JE SUIS…
la gauche
le centre
gaulliste
patriote
antiraciste
écologiste
féministe
une femme
un homme
etc. etc. »

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Sa Majesté Nunuche

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La Naissance de Vénus, William Bouguereau (1879)

« Gloire À Sa Majesté Nunuche !
GLOIRE À SA MAJESTÉ NUNUCHE !
GLOIRE À SA MAJESTÉ NUNUCHE !… »
Les cris et la sono le réveillèrent en sursaut. Il jeta un œil encore mal décollé à la fenêtre et tenta, l’esprit englué dans le brouillard de la nuit finissante – après tout, il n’était que onze heures du matin –, de se souvenir de la date et, par conséquent, de la nature des festivités qui remplissaient la rue d’un nuage dense de confettis multicolores. Rien ne lui revint, aussi s’intéressa-t-il un peu plus aux slogans scandés dans les micros, aux banderoles agitées en tous sens et, surtout, aux chars bariolés qui l’impressionnèrent beaucoup par leurs couleurs aussi mal assorties que clinquantes. Il imagina Philippe Découflé et Jeff Koons s’associant, après une soirée sous acide, pour faire une blague potache.

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Les lectures de Cinci : un combat républicain

Un chagrin français. « Populisme », « progressisme », « vivre-ensemble ». Ces mots qui enferment, Anne Rosencher, Éditions de l’Observatoire, 2022.

Un-chagrin-francaisLe livre en deux mots

La journaliste Anne Rosencher est une grande républicaine. Ses éditoriaux dans L’Express, pleins de justesse et de justice, le prouvent à chaque fois. Elle en a rassemblé quelques-uns, soigneusement triés, pour composer ce très beau livre, publié en début d’année. Un chagrin français s’attaque à trois expressions qui nous empoisonnent : « populisme », « progressisme » et « vivre-ensemble » appartiennent à cette novlangue qui vide les mots de leur sens et l’esprit de la pensée. Lire la suite…

La chouinocratie des névroses militantes

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L’Enfant mal élevé, Rembrandt (1635)

Je suis infertile. Pour donner naissance à ma fille, nous avons dû passer par un long et difficile parcours d’aide médicalisée à la procréation (AMP) – j’ai déjà raconté tout cela [1]

Mais, aujourd’hui, j’ai décidé de sortir du silence auquel le système me contraint afin de m’élever publiquement contre l’infertilophobie.
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