Mais que se passe-t-il chez les chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) ? Sont-ils donc devenus fous ?
On aurait pu espérer que les mésaventures ahurissantes de Marcel Gauchet en 2014 ne fussent que le triste corollaire de la malfaisance de démagogues en mal de buzz. Hélas !, les cas se sont récemment multipliés de manière inquiétante. En février, la polémique qui a entouré les prises en position courageuses de l’écrivain Kamel Daoud avait de quoi laisser pantois. Dans une tribune au journal le Monde, un « collectif » de chercheurs l’a pris à partie. Comme Élisabeth Badinter quelques semaines plus tôt, il fut sommé de se taire parce qu’il avait refusé d’entrer dans le jeu des islamistes qui accusent d’« islamophobie » tout discours ferme sur la laïcité. Étrange conception de la confrontation d’idées pour des universitaires. D’autant que ce qui les rassemble paraît tenir dans une haine viscérale de la République. Certains sont même allés jusqu’à inventer le mot-valise « réac-publicain » dont ils parsèment leurs libelles, mélange révoltant de « réactionnaire », adversaire de la Révolution, et de « républicain », héritier de la Révolution : montage improbable et infamant dont ils décorent sans distinction républicains sincères et dévots de l’extrême-droite.
L’anathème remplace la joute, l’assignation au silence et l’appel au boycott empêchent volontairement le débat. Comment des universitaires peuvent-ils descendre aussi bas dans la bêtise crasse ?
Étiquette : Islamisme
Qu’ils me traitent donc d’islamophobe !
Assez d’atermoiements ! Assez de reculades ! Assez de compromissions !
Il y a maintenant trois semaines, le dimanche 24 janvier 2016, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, était l’invitée de l’émission Le Supplément sur Canal+. Une séquence a fait couler beaucoup d’encre : après un reportage sur BarakaCity, une association se présentant comme « humanitaire » mais soupçonnée de relations sulfureuses avec les terroristes qui ont ensanglanté la France en 2015, son dirigeant, Idriss Sihamedi, connu pour ses saillies indignes sur les réseaux sociaux, aligne les provocations sous les regards stupéfiés du présentateur Ali Baddou et de la ministre de l’éducation nationale. La réaction, minimale, de cette dernière ne laisse pas d’étonner ni de décevoir. En tant que représentante de l’État, en tant que ministre de la République, en tant que citoyenne française, elle aurait pu dire bien des choses, réagir de bien des manières différentes. Dans tous les cas, elle aurait dû marquer une opposition ferme. Par exemple :
La galanterie assassinée
Quand les féministes se trompent de combats
Ma tendre amie,
Alors que je me languis de vous, je souhaite porter à votre cœur et à votre cher esprit une histoire étonnante qui m’est récemment arrivée et les réflexions qu’elle a suscitées en mon âme. J’espère, vous contant cette aventure, vous divertir un peu dans l’attente de nos retrouvailles.
Je déambulais dans les rues parisiennes avec quelques miens amis, l’une de nos compagnes traînait une lourde charge sous la forme d’une volumineuse valise. Lorsque nous dûmes emprunter des couloirs de métro, je lui proposai de l’aider à monter plusieurs séries d’escaliers en portant ledit fardeau. C’est alors qu’une autre camarade m’accusa de « misogynie bienveillante ». Bigre ! Je me retrouvai donc misogyne comme Monsieur Jourdain poète. Lire la suite La galanterie assassinée
Face à l’horreur : penser et agir
Depuis vendredi, tant a été dit, tant a été écrit. L’essentiel a déjà été exprimé, martelé, parfois mieux que je ne pourrais le faire. Pourquoi en rajouter ?
Parce que c’est ainsi qu’on lutte contre les salopards.
« Islamo-fascisme », vraiment ?
Après les attentats ignobles de Paris et Copenhague, l’expression « islamo-fascisme » est revenue à de nombreuses reprises dans les médias, jusqu’à sa reprise par le Premier ministre lui-même. Cette saillie a provoqué le buzz, chacun y allant de son analyse plus ou moins justifiée. Le bruit médiatique ayant un peu diminué, peut-être devient-il possible de réfléchir à la pertinence d’un tel rapprochement conceptuel.
Dire « fascisme » aujourd’hui, c’est renvoyer à l’ennemi absolu d’hier, et donc désigner l’adversaire ultime. Le danger pour les démocraties européennes dans les années 30, c’était d’abord et avant tout le fascisme. Comparer l’islamisme au fascisme revient ainsi à dire que le premier est l’ennemi le plus résolu et le plus dangereux auquel on ait à faire face à l’heure actuelle, comme l’était alors le second. En même temps, c’est aussi une façon de récupérer la capacité de désigner l’ennemi, critère de la souveraineté selon Carl Schmidt… car, ironiquement, dans les deux cas, l’initiative est justement revenue à l’adversaire de la démocratie : fascisme et islamisme ont chacun dégainé le premier.
Je suis Charlie
Pas envie d’écrire. Seulement de pleurer.
Mais il faut se forcer : dégueuler les mots, noircir les pages, dessiner, parler, murmurer, hurler, rire – vivre. Les faire vivre.
Ils ont été exécutés au nom d’une loi qui se prétend au-dessus des lois des hommes.
Des hommes ont décidé que d’autres hommes devaient mourir parce qu’ils exprimaient publiquement des idées jugées blasphématoires. Ces assassins ont refusé à leurs victimes le droit de paraître dans l’espace public afin d’y partager leur vision du monde : une vision laïque, provocante, humoristique, portée par un foutu talent.
En France, le blasphème n’est pas un crime, c’est une tradition – un exercice de liberté.
Nous sommes Charlie.
Cincinnatus, 8 janvier 2015
