Le blues du manager

Nighthawks, Edward Hopper (1942)

Remets-m’en un, Sam, ne laisse pas venir la sécheresse, j’veux pas la sentir. Pas maintenant. Pas ce soir. Pourquoi je fais la gueule ? Tu veux dire : aujourd’hui en particulier ? Bof. Peut-être parce qu’on a beau être misanthrope, il reste toujours un peu d’humanisme au fond de soi pour continuer de désespérer. Des mots… oui, des mots. Et alors ? Tu en veux encore, des mots ? Je vais t’en donner, moi, des mots. Assez pour faire des histoires. Mais attention : des mauvaises histoires, des petites, des banales, des un peu minables. Des histoires qu’on n’a pas envie de raconter. Ni d’entendre surtout. Des histoires qui ont honte d’être. Et pourtant.

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Émeutes urbaines : les bons, les brutes et les truands

Destin des Empires – La Destruction, Thomas Cole (1836)

Samedi 31 mai 2025, victoire d’un club de football, le Paris Saint-Germain, dans une quelconque compétition ploutocratique. Onze millionnaires incultes, payés pour jouer à la baballe par un pays ennemi de la France, qui finance les déstabilisations et attentats islamistes qui ont tué des centaines de Français ces dernières années, ont gagné. Grand bien leur fasse. Dans la foulée : comme tout le monde s’y attendait – et s’ils avaient perdu, ç’aurait été la même chose –, des hordes violentes ont déferlé sur les Champs-Élysées pour tout saccager sur leur passage, détruire du mobilier urbain, vandaliser des bâtiments publics et privés, incendier des voitures, piller des boutiques et, le plus amusant aux yeux de ces adeptes de l’adrénaline pour tromper l’ennui, affronter policiers et pompiers à coups de mortiers d’artifices. Il paraît que ça s’appelle « faire la fête ». Cette manière de « faire la fête » ressemble à s’y méprendre à celle que les mêmes emploient pour « protester contre l’injustice » ou pour « manifester leur colère ». Manque d’imagination ? Quel que soit le prétexte, depuis les émeutes de 2005, en passant par celles qui ont achevé le mouvement des Gilets jaunes ou celles de 2023, nous subissons régulièrement ces bouffées de violence. Au point de nous habituer ?

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Les crises de l’autorité

La Mort de Socrate, Jacques-Louis David (1787)

Un député de la Nation frappe un proviseur adjoint de lycée et une CPE, il écope d’une amende de 5 000 euros… qu’il paie donc avec l’argent du contribuable. Voilà ce que vaut aujourd’hui l’autorité de l’institution scolaire : 5 000 euros et le mépris violent de la représentation nationale.
Un député de la Nation achète des drogues dures avec son indemnité parlementaire à un mineur, non seulement il ne démissionne pas mais il est même montré en exemple par son parti et n’écope que d’une peine de 1 000 euros… qu’il paie donc lui aussi avec l’argent du contribuable. Voilà ce que vaut aujourd’hui l’autorité de la loi : 1 000 euros et le mépris goguenard de la représentation nationale.
Et ainsi de suite, ad nauseam.

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« Foules sentimentales »

La Lapidation de saint Étienne, Rembrandt (1625)

Sale temps pour la justice. Et je ne parle pas ici de la tempête provoquée par la condamnation de Marine Le Pen, bien qu’elle participe à cette sinistre météo.

L’institution, comme bien d’autres, est en ruines ; et les individus oscillent entre sentiments d’injustice et d’impunité. Il faut dire qu’avec ses procédures longues et tatillonnes destinées à asseoir la certitude de culpabilité, elle ne s’accorde guère à la frénésie qui agite notre époque ; qu’avec son culte du secret conçu pour assurer la sérénité de l’enquête et de l’instruction, elle subit la suspicion généralisée à l’égard de quiconque refuse la dictature de la transparence ; qu’avec ses principes surannés comme la présomption d’innocence et le débat contradictoire, elle doit affronter la soif de châtiment des masses en quête de divertissements sans cesse renouvelés.

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Marine Le Pen : le coup de théâtre… de trop ?

afp.com / Thomas Samson

Marine Le Pen condamnée. Le 31 mars, la favorite pour la prochaine élection présidentielle a été reconnue coupable de détournement de fonds publics et de complicité de ce délit dans l’affaire des assistants de parlementaires européens issus de son parti. Sa peine pour l’utilisation illégale de ces quatre millions d’euros au profit du parti : quatre ans de prison, dont deux ferme sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Et surtout l’exécution provisoire de la peine d’inéligibilité : l’appel n’est pas suspensif. Quoi qu’elle fasse, en attendant le jugement en appel, Marine Le Pen est inéligible. La culpabilité de Marine Le Pen fait moins parler que cette exécution provisoire qui l’évince, a priori, de l’élection de 2027.

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Libérez Boualem Sansal !

Man in prison, Johann Adam Ackermann (1833)

Le 16 novembre dernier, le régime algérien arrêtait Boualem Sansal à son arrivée à l’aéroport. Depuis, l’écrivain âgé de 75 ans et atteint d’un cancer croupit en prison. Il a attendu plus de quatre mois pour que se tienne, le jeudi 20 mars, son procès devant le tribunal de Dar El Beida – un « procès » qui n’a duré qu’une vingtaine de minutes et s’est appuyé sur des conversations privées volées dans son téléphone et son ordinateur –, au cours duquel ont été requis dix ans de prison et un million de dinars d’amende (soit environ 7 000 euros) pour « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué [i.e. insulte envers l’armée], atteinte à l’économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité nationales », échappant à l’accusation d’« intelligence avec l’ennemi », un temps retenue mais finalement écartée. Une semaine plus tard, le jeudi 27 mars, le verdict est tombé : Boualem Sansal est condamné à cinq ans de prison ferme et à une amende d’un demi-million de dinars.

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Justice nulle part ?

Allégorie de la justice, Bernardino Mei (1656)

Nous habitons des mondes parallèles dans lesquels chacun pleure ses morts sans un regard sur ceux des autres.

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Le viol des mots

La Tour de Babel, Pieter Brueghel l’Ancien (v. 1563)

La fin d’une civilisation, c’est d’abord la prostitution de son vocabulaire.
Romain Gary, Europa

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Inutile, injuste et idéologique : la réforme des retraites

Grève au pays de Charleroi, Robert Koehler (1886)

D’après le gouvernement, il manquera 12 milliards d’euros au système de retraites en 2027, soit un déficit cumulé d’environ 150 milliards d’euros à dix ans. Il n’y a aucun consensus à propos de ces chiffres (comme l’économie, les projections démographiques relèvent bien plus de l’astrologie que de la science), le gouvernement choisissant soigneusement les scénarios qui lui conviennent alors que différents modèles montrent pour leur part un retour rapide à l’équilibre. Admettons cependant un moment les hypothèses macronistes, largement catastrophistes.

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Le syndrome Batman

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Franchement, Docteur, je ne sais pas quand ça commencé ni si quelque chose a déclenché tout ça mais, d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais supporté l’injustice. Aucune injustice. Quelle qu’elle soit. D’où qu’elle vienne. Aussi infimes ou généralisées qu’elles soient, toutes les injustices me foutent dans une rogne pas possible. Lire la suite…