Commençons par un peu d’histoire, ça ne fait pas de mal.
À la suite de l’œuvre de Thomas More, les utopies littéraires classiques furent d’abord des œuvres littéraires hétérogènes, regroupées sous le terme générique d’utopie qui désignait « tout projet, toute construction intellectuelle purement imaginaire et spéculative et, comme telle, irréalisable[1]. » Il s’agissait alors d’un genre littéraire défini, dans lequel les auteurs pouvaient imaginer une version idéale de la société, selon leur vision et leurs critères.
Jusqu’ici tout va bien.
Or le genre utopique change de forme au cours du XIXe siècle. De description statique d’une société idéale, il devient projet de société en désir de réalisation.
Comment l’utopie en vient-elle à définir un imaginaire supposé réalisable, c’est-à-dire le contraire de son sens premier ?
Lire la suite L’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur (2) – l’utopie comme évasion de l’imaginaire
