Le monde commun selon Hannah Arendt (1) – L’édification du monde commun

Parce que je suis toujours convaincu qu’ils nous aident à penser et à agir, après l’idéologie et l’utopie selon Paul Ricœur, je continue ma série de billets sur la construction de concepts politiques par de grands penseurs.
Aujourd’hui : Hannah Arendt.
Avant de commencer, il faut que je vous avoue quelque chose : Arendt, c’est ma nana. J’adore cette philosophe, j’adore cette femme. Sa pensée est lumineuse, précise et juste[1]. Elle ne se laisse jamais aller à la facilité ni à la paresse. La lire est toujours un régal pour l’esprit parce qu’elle oblige au pas de côté nécessaire à toute entreprise de compréhension du monde. Et puis elle pense en diagonale, ce qui a le don d’horripiler tous les escrocs adeptes des idées prémâchées.
Bref, il faut lire Arendt.
Parmi les nombreux concepts qu’elle a construits ou qu’elle s’est appropriés, il en est un qui m’ébranle particulièrement. Ce n’est pas celui de « banalité du mal » sur lequel je reviendrai sans doute, tant il a été tordu dans tous les sens pour lui faire dire ce qu’Arendt n’a jamais dit. Non.

Ce que j’ai envie de partager, c’est ce qu’elle appelle le « monde commun ».
Je commence ici avec un billet d’introduction pour définir le concept. Suivront quatre autres billets sur

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Oradour

Il est des lieux d’où la vie est bannie par l’horreur.

Il est des lieux où la vie ne subsiste que dans son reflet au triste miroir de la mort.

Cincinnatus,

Quand le théâtre nous rend humains

Cieux, tendez-vous de noir ! Jour, fais place à la nuit !
Comètes, qui annoncez les révolutions dans les siècles et les États,
Brandissez dans le firmament vos tresses de cristal,
Pour en fouetter les mauvaises étoiles rebelles
(Shakespeare, Henry VI)

*

J’ai eu la chance d’assister en peu de temps à deux spectacles particulièrement réussis. Tout semble les opposer sauf l’essentiel : ils incarnent tous les deux ce qui rend le théâtre nécessaire à l’homme.

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La nation balkanisée

La nation française est pulvérisée. Atomisée façon puzzle nanométrique. Elle a laissé la place à des monades esseulées et transies qui cherchent un peu de réconfort dans le rapprochement avec leurs semblables. L’agglutination des mêmes recompose les débris de l’ancienne nation dans de nouvelles configurations. Mais en favorisant le principe unique de l’entre-soi. Et aucune narration collective ne vient lier entre elles ces communautés fantasmées.

La nation est devenue un gros mot, une obscénité pour tous les porte-flingues de la pensée unique, à la légèreté toute tarantinesque, une résurgence d’un passé honni – comme si tout ce qui était avant devait être vomi :

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« Réidologiser » la politique : une urgence !

Le champ politique crève de son inanité intellectuelle. Aucune idée nouvelle, aucun projet de société, aucune vision du monde et de l’homme n’en émerge. On a chanté l’effondrement des idéologies et la fin de l’Histoire, comme autant de bonnes nouvelles. C’est bien à la fin de la pensée que l’on a assisté. Quelles propositions nous font les dirigeants politiques ? À qui ou à quoi se réfèrent-ils ? Sur quoi légitiment-ils leurs discours ? Pourquoi sont-ils à ce point coupés du fourmillement intellectuel que l’on voit dans la « société civile » ?

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Le républicanisme, c’est quoi ?

Inscrite dans toutes les typologies classiques des formes de gouvernement, la République représente une organisation tempérée, équilibrée, du pouvoir, en opposition à la tyrannie. Cette opposition dépasse néanmoins la pure abstraction formelle d’un traité de science politique, aussi importante soit-elle. Elle s’exprime par la haine viscérale que portent les républicains contre toutes les confiscations du pouvoir par un groupe ou un individu pour leur seul profit. Le républicanisme est une pensée qui s’actualise dans le combat politique. Malheur des républicains qui ne sont jamais aussi grands que sous le joug du tyran !

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