Petite missive adressĂ©e Ă  mes amis socialistes

Jean JaurĂšs, photographie par Henri Manuel (1890)

Chers amis,

Je ne suis pas socialiste ; je ne l’ai jamais Ă©tĂ©. Peut-ĂȘtre suis-je plus
 radical – dans tous les sens qu’à pu prendre le terme selon l’époque. Il n’en demeure pas moins que nous avons suffisamment en commun pour que je m’adresse Ă  vous aujourd’hui avec toute la franchise possible. Socialistes, qu’ĂȘtes-vous donc devenus ?

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Une indigestion normative ?

MoĂŻse brisant les Tables de la Loi, Rembrandt (1659)

« Trop de normes ! Â» « Les normes nous Ă©crasent ! Â» Ad nauseam

Mais de quoi parle-t-on vraiment ?
Parmi tous les sens qu’il recouvre, le mot « norme Â» en possĂšde notamment trois dont les multiples confusions entraĂźnent malentendus gĂȘnants et manipulations dangereuses.

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Les lectures de Cinci : l’internationale islamiste

Le frĂ©risme et ses rĂ©seaux, l’enquĂȘte, Florence Bergeaud-Blackler, Odile Jacob, 2023

Le livre en deux mots

Il y a un an, Florence Bergeaud-Blackler publiait le fruit de dĂ©cennies de travaux sur les FrĂšres musulmans. L’ouvrage a immĂ©diatement provoquĂ© une vague d’insultes et de calomnies contre l’anthropologue, chargĂ©e de recherche au CNRS, y compris venant de chercheurs aux accointances pour le moins critiquables. Contrairement Ă  ses adversaires, auteurs de tribunes diffamatoires, j’ai lu ce livre. Et j’invite tout le monde Ă  en faire autant. Lire la suite


Une bonne guerre ! 4. Les derniers hommes

Le SiĂšge de Paris, Ernest Meissonnier (1884)

23 mars 2


L’aspiration Ă  un retour Ă  la « vie normale Â» imprĂ©gnait Ă  ce point tous les esprits que la « normalisation Â» – tel Ă©tait le nom donnĂ© au grand plan de pacification et de rĂ©paration dessinĂ© par l’Allemagne et la Russie, avec l’assentiment des États-Unis et de l’Union europĂ©enne, afin de sortir de la crise intense qui avait secouĂ© le pays – ne fut pas mĂȘme discutĂ©e. Pas plus que la signature du traitĂ© de Versailles qui instaurait une nouvelle Constitution et entĂ©rinait, de fait, la disparition de la souverainetĂ© de la France. Officiellement, les institutions de l’Union europĂ©enne se chargeaient de la « sauvegarde Â» politique et Ă©conomique du pays ; en rĂ©alitĂ©, le dominion germano-russe en commandait dorĂ©navant les destinĂ©es.

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Une bonne guerre ! 3. Tout est chaos

Le SiĂšge de Paris, Ernest Meissonnier (1884)

Lundi 21 juillet 2025

Toutes les nuits pendant les trois semaines qui suivirent le dĂ©clenchement de l’état de siĂšge, le pays vĂ©cut des Ă©meutes inouĂŻes. Les centres-villes des mĂ©tropoles, mais aussi des villes moyennes ainsi que quelques bourgs, subirent des violences Ă  rĂ©pĂ©tition d’un lumpencaĂŻdat depuis longtemps travaillĂ© par les mafias criminelles et religieuses. Chaque soir, casseurs et voyous descendaient dans les rues pour s’attaquer aux boutiques qu’ils pillaient, aux symboles de l’État – quatre prĂ©fectures et douze mairies furent incendiĂ©es –, aux Ă©coles, aux bibliothĂšques, aux musĂ©es, aux théùtres, aux hĂŽpitaux et jusqu’aux crĂšches. Le mobilier urbain fut largement vandalisĂ© et des arbres furent mĂȘme dĂ©racinĂ©s. Symbole terrible, la statue de la RĂ©publique, Ă  Paris, fut dynamitĂ©e. Les Ă©meutiers, pour certains lourdement armĂ©s, dĂ©vastaient tout mais, surtout, tendaient des guet-apens aux policiers et aux militaires avec lesquels ils voulaient ostensiblement en dĂ©coudre. En trois semaines, quinze policiers et sept soldats furent tuĂ©s dans ces combats de rue, provoquant une escalade sans prĂ©cĂ©dent des violences.

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Une bonne guerre ! 2. La nuit la plus longue

Le SiĂšge de Paris, Ernest Meissonnier (1884)

Lundi 23 juin 2025, aprĂšs-midi

À peine trois heures aprĂšs l’évĂ©nement, les dĂ©putĂ©s reprirent leurs travaux dans une ambiance apocalyptique. En ouverture, la condamnation de l’attentat par la prĂ©sidente de l’AssemblĂ©e fut unanimement acclamĂ©e sur tous les bancs. NĂ©anmoins, Ă  peine les applaudissements terminĂ©s, dans un chaos sonore rarement entendu sous la Ve, le gouvernement fut interpellĂ© de tous les cĂŽtĂ©s de l’HĂ©micycle. SommĂ© par la reprĂ©sentation nationale de donner des nouvelles de la santĂ© du PrĂ©sident et de dire si, comme prĂ©vu par la Constitution, l’intĂ©rim allait ĂȘtre confiĂ© au prĂ©sident du SĂ©nat, François Bayrou, tendu et agressif, rĂ©pliqua quelques mots cinglants Ă  propos de l’irresponsabilitĂ© de ses adversaires, refusa de rĂ©pondre aux questions des parlementaires et quitta la sĂ©ance au bout de seulement quelques minutes, sous les huĂ©es des oppositions. Les dĂ©putĂ©s macronistes eux-mĂȘmes Ă©taient consternĂ©s. Le ministre de l’IntĂ©rieur prit la suite et, Ă  son tour, esquiva toutes les questions, prĂ©textant le secret de l’enquĂȘte. À droite comme Ă  gauche, les dĂ©putĂ©s manifestĂšrent leur colĂšre au point que la sĂ©ance fut rapidement levĂ©e.

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École : la tentation du privĂ©

Une leçon de dessin, Jean Geoffroy (1895)

Cher lecteur, l’actualitĂ© me force Ă  tremper ma plume dans la plaie tant qu’elle demeure vive. Aussi dois-je reporter la publication du deuxiĂšme Ă©pisode du feuilleton de politique-fiction qui tient toute la France en haleine depuis la semaine derniĂšre. Je sais parfaitement la frustration qui s’empare de toi alors qu’en ouvrant ce matin ce blog tu pensais enfin trouver des rĂ©ponses Ă  toutes les questions que tu te poses : qui a tirĂ© sur Emmanuel Macron ? ce dernier est-il en vie ? que vont faire les phares de la pensĂ©e mondiale que sont Vladimir Poutine et Bruno Le Maire ? Ne t’inquiĂšte pas, cher lecteur, le prochain Ă©pisode de la sĂ©rie « Une bonne guerre ! Â» paraĂźtra lundi prochain
 si tout va bien. En attendant, je t’invite Ă  lire ce billet sur l’école qui, encore une fois, me permettra sans doute de me fĂącher avec tout le monde.

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Une bonne guerre ! 1. De l’eau dans le gaz

Le SiĂšge de Paris, Ernest Meissonnier (1884)

Mardi 17 juin 2025

Emmanuel Macron enrageait de se sentir si impuissant. Au plus bas dans les sondages aprĂšs l’échec de son referendum, en dĂ©but d’annĂ©e, pour rĂ©former la Constitution et, surtout, faire sauter la limitation des deux mandats prĂ©sidentiels, il en Ă©tait rĂ©duit Ă  observer les ambitions des uns et des autres. L’ex-Mozart de la finance dĂ©finitivement hors jeu et devenu encombrant mĂȘme pour son propre camp, toute la classe politico-mĂ©diatique semblait avoir tournĂ© la page du macronisme. On ne pensait plus qu’à 2027, on ne parlait plus que de 2027. Marine Le Pen flottait dans la stratosphĂšre sondagiĂšre pendant que les autres candidats putatifs, parmi lesquels une bonne poignĂ©e de ministres que le PrĂ©sident ne pouvait plus supporter, se poussaient pour ĂȘtre au premier rang des photographies et, peut-ĂȘtre, au second tour contre la nouvelle madone de l’opinion publique. Dans tous les partis, les lames luisaient.

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Bonne année !

Vent frais par matin clair, Katsushika Hokusai (1829-1833)

Il y a un an, je dĂ©butais 2023 avec le constat dĂ©sespĂ©rĂ© d’une France qui ne s’aimait pas [1]. Aujourd’hui, je pourrais publier le mĂȘme billet
 en un peu plus tragique encore. Nous nous enfonçons dans le repli individualiste, le marasme national et le ressentiment politique. La classe dirigeante est sans doute la plus incompĂ©tente et la plus lamentable de notre histoire et le peuple lui-mĂȘme semble avoir abandonnĂ© toute vertu civique et toute dĂ©cence commune.

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Joyeux Noël !

Joyeux Noël, Viggo Johansen (1881)

Attention ! Il est dorĂ©navant trĂšs trĂšs mal vu de souhaiter un « joyeux NoĂ«l Â» Ă  vos collĂšgues, Ă  vos amis, Ă  vos proches comme Ă  vos lointains. Pour ĂȘtre honnĂȘte, je dois avouer que ce phĂ©nomĂšne n’est pas tout Ă  fait nouveau, que, dans ce monde de dingues, cela fait dĂ©jĂ  quelques annĂ©es que le mot « NoĂ«l Â» sent le soufre et qu’il est prĂ©fĂ©rable de se souhaiter de « joyeuses fĂȘtes Â» – voire, encore pire, de « belles fĂȘtes Â», sur le modĂšle de l’insupportable « belle journĂ©e Â» – pour ĂȘtre sĂ»r de ne vexer personne.

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