Nos enfants sauvages

L’Émeute, Honoré Daumier (après 1848)

Même s’il faut tout d’abord rappeler qu’une minorité de lycées sont bloqués et qu’une minorité de lycéens sont dans la rue, le mouvement qui agite la France à partir des protestations et revendications de ces lycéens marque l’échec cuisant des deux quinquennats d’Emmanuel Macron en matière d’éducation. Cette présidence catastrophique, dont la fin s’éternise, représente l’apothéose de quarante ans de politiques destructrices de notre institution la plus fondamentale, la plus importante et, avec elle, de notre avenir. Et au milieu des ruines de notre école, à la lumière des poubelles qui brûlent, s’ébattent joyeusement tous les charognards de la République.

L’effondrement de l’école

La gestion de la crise par le gouvernement sera sans doute étudiée à l’avenir dans toutes les écoles comme ce qu’il ne faut jamais faire, quelque part entre le CPE et les Gilets jaunes. Le pire en la matière, en attendant le prochain épisode, demeurant probablement l’enfumage des « trois mille profs disponibles » qui n’est qu’un vulgaire mensonge et joue à la fois sur la méconnaissance du statut et de la réalité des TZR, et sur la haine, l’envie et la jalousie de la foule à l’égard des fonctionnaires. En d’autres termes, le ministre n’hésite pas jeter en pâture ses agents et à les sacrifier comme boucs émissaires en mentant comme un arracheur de dents. Élégant !

Cela étant dit, le naufrage s’avère général : c’est celui de toute la classe politique. Il n’y a qu’à voir comment les candidats putatifs à l’Élysée se sont lancés dans un concours Lépine des idées les plus débiles pour « réparer » une institution (et non un service public, qu’on se le dise !) qu’ils ne connaissent pas, à laquelle ils ne comprennent rien et pour laquelle ils n’ont aucun respect. Même et surtout ceux qui sont censés avoir dirigé le ministère de l’Éducation nationale ! Cette classe politique est en-dessous de tout. Après le désastre de ces quarante dernières années, ils devraient tous se couvrir la tête de cendre et disparaître définitivement de l’espace public.

Mais peut-être subissons-nous, hélas, les dirigeants que nous méritons, tant est indigne la manière dont nous traitons collectivement notre école. En France, tout le monde a un avis sur l’école et ne se prive pas de l’exprimer bruyamment… alors que personne ne supporterait que le premier venu vienne lui expliquer comment faire son métier.

Au premier rang, se trouvent, comme toujours, les parents d’élèves, maîtres en « profbashing », qui se déchargent sur l’école et les enseignants de leurs devoirs de parents. Leur responsabilité est écrasante dans le délabrement catastrophique de l’école. Beaucoup trop se comportent comme de vulgaires consommateurs vis-à-vis d’un « service » sur lequel ils estiment avoir tous les droits, parce qu’ils « paient ». L’Instruction publique étant devenue progressivement l’Éducation nationale et maintenant la Garderie inclusive, ils abandonnent à l’école le soin de s’occuper de leurs gosses et de les élever, et préfèrent, à la maison, l’indifférence du rien-à-foutre ou la « bienveillance » démagogique.

Lobotomisés par des heures passées à « scroller » des vidéos stupides ou propagandistes sur leurs téléphones, mal élevés ou pas élevés du tout par des parents démissionnaires qui les laissent faire tout ce qu’ils veulent, les enfants se retrouvent à l’école avec un complexe de toute-puissance et un mépris des enseignants qui rend bien difficile la tâche de ces derniers – pour ne pas dire impossible. Tous les professeurs lucides le constatent : une grande partie des élèves qu’ils ont en face d’eux cumulent immaturité et inculture – en tout cas : une immaturité et une inculture bien plus graves que celles des générations précédentes. Pire : ces enfants sont très fiers de cette inculture et ne réalisent même pas le handicap que représente l’incapacité à maîtriser sa propre langue, à articuler des arguments entre eux et à formuler une pensée ou un raisonnement complexes.

Si la faute des parents dans cette incurie est immense, au sommet de cette odieuse pyramide de l’hypocrisie se trouvent leurs associations. Là, trône ce que l’on fait de nec plus ultra dans la saloperie : la toute-puissante FCPE, spécialiste depuis des décennies de la calomnie contre les enseignants (on se souvient de cette campagne d’affiches qui laissaient entendre que les professeurs représentaient un danger pédophile pour les enfants), de l’affaiblissement de leur autorité, du lobbying pour toutes les réformes destructrices de l’instruction et, cerise sur le gâteau, de l’entrisme de l’islamisme à l’école. Alors que les responsables successifs de cette officine toxique devraient être jugés pour leurs crimes, les plus néfastes d’entre eux, au contraire, ont trouvé comme récompense de leurs méfaits un siège de député (LFI, bien sûr !) à l’Assemblée nationale qu’ils profanent régulièrement de leurs diatribes antirépublicaines.

Mais quitte à me fâcher, encore !, avec tout le monde, je dois, pour être honnête, reconnaître que même le corps enseignant est loin d’être irréprochable. Les syndicats, bien sûr, partagent pleinement la responsabilité de la situation catastrophique et de l’effondrement de l’instruction, que les résultats des enquêtes Pisa démontrent dramatiquement. Alors qu’il faudrait relever l’exigence, encourager l’effort, valoriser le mérite et promouvoir l’excellence, l’idéologie pédagogiste (bien appuyée par les parents qui montent au créneau dès qu’on en demande un peu trop à mon-chéri-mon-ange) continue de gangrener non seulement la plupart des syndicats qui noyautent le ministère, mais aussi les esprits de trop de professeurs.

Et si le niveau des élèves atteint les abysses, celui des concours de l’enseignement suit le même chemin. Malgré les mensonges et caricatures largement colportés dans l’opinion publique sur le temps de travail, les vacances, le salaire, etc., si avantageux que les professeurs ne seraient qu’une bande de privilégiés, les candidats ne se bousculent guère pour prendre ces places si confortables. Étonnant, n’est-ce pas ? (Peut-être se rend-on compte, mais sans oser le dire trop fort, que le déclassement des professeurs est encore plus rapide et violent que celui des autres fonctionnaires, c’est pour dire !) Ainsi recrute-t-on désormais des maîtres qui ne maîtrisent pas les bases des disciplines qu’ils sont censés enseigner, ne possèdent pas les savoirs qu’ils doivent transmettre. Ravalés au rang de simples animateurs, de gardes-mioches, leur autorité contestée, une grande partie d’entre eux se plaisent en plus à scier la branche sur laquelle ils sont assis en propageant naïvement les idéologies suicidaires de LFI et les slogans identitaires.

Des revendications dans tous les sens

Dans ce contexte détestable, le mouvement lycéen exprime une floppée de revendications qui mélange le pertinent, le stupide et l’inquiétant.

Parmi les demandes les plus urgentes et les plus évidentes, les lycéens réclament à juste titre plus de professeurs, plus de médecins scolaires, plus de surveillants… en somme : plus d’adultes. Les enseignants le disent depuis des décennies mais, à chaque fois, on leur crache à la gueule et on taille un peu plus dans les effectifs sur le terrain (mais jamais, bien sûr, chez les déchargés et autres syndicalistes professionnels…), en particulier dans le vivier de remplaçants, laminé par les derniers gouvernements d’Emmanuel Macron pour faire des économies. Le manque est criant, tout le monde le sait et s’en plaint [1].

De même, le besoin de locaux décents est parfaitement légitime… et connu, lui aussi, depuis longtemps. Malgré les investissements, beaucoup d’établissements continuent d’accueillir les gosses (et les profs ! Mais eux, tout le monde s’en contrecarre) dans des conditions déplorables. Il ne faut toutefois pas généraliser et l’hétérogénéité des situations, entre régions et entre lycées, oblige à un examen sérieux au cas par cas. Sans compter qu’un certain nombre de détériorations d’équipements peuvent aussi être imputés aux élèves eux-mêmes (voir l’état des toilettes dans la plupart des collèges et lycées). Vous avez dit hypocrisie ?

La fin de Parcoursup. Certes, le logiciel est sans doute très imparfait et pourrait être amélioré ou remplacé. Mais le véritable problème derrière Parcoursup reste l’absence de sélection pour les études supérieures. Tant que le baccalauréat sanctionnait un niveau réel, il servait naturellement de porte d’entrée vers l’université. Mais maintenant que des jeunes gens l’obtiennent avec mention alors qu’ils ne seraient pas capables d’avoir la moyenne au brevet des collèges d’il y a une génération, les digues ont sauté. Des analphabètes se lancent dans des études universitaires, persuadés d’y être légitimes. Persuadés, surtout, qu’on leur doit leur diplôme. Il y a là un malentendu terrible pour tous ces jeunes à qui on a promis qui pouvaient tout obtenir sans avoir à faire le moindre effort. Ils sont les premières victimes de cette démission des autorités, de cette destruction systématique des cadres, des règles, des contraintes. Ils vivent dans un monde parallèle qu’on leur a vendu comme la réalité. Un monde dans lequel tout leur est dû. Les adultes qui les entretiennent dans cette illusion sont des criminels.

Et puis des journées moins longues et moins de devoirs à la maison. La réforme Blanquer, après celle, tout aussi désastreuse, de Vallaud-Belkacem, et après celles de tous leurs prédécesseurs, est responsable d’emplois du temps ineptes. D’accord. Mais où étaient ceux qui gueulent aujourd’hui, lorsque les professeurs manifestaient contre cette réforme délirante du baccalauréat ? Quand ceux qui percevaient parfaitement la catastrophe à venir étaient insultés et traités de « preneurs d’otages » ? Alors maintenant que les conséquences prévisibles et prévues de cette réforme scélérate s’imposent, on se réveille. Bravo les veaux ! Et puis soyons un peu sérieux avec cette histoire d’emplois du temps surchargés. En réalité, les lycéens ne bossent jamais de 8h à 18h non stop : c’est faux ! Les emplois du temps passoires, dus à l’hyper-individualisation des parcours, montrent des trous pendant lesquels les élèves peuvent faire ces devoirs qu’ils trouvent bien trop fatigants… alors pourquoi n’en profitent-ils pas ? Il y a dans ces revendications quelque chose de très juste : la réforme du baccalauréat est un désastre ; mais il y a aussi une véritable escroquerie.

Et puis encore : qu’on leur rende leurs portables, ces doudous injustement confisqués. On commence à comprendre ce qui est réellement en jeu dans le nombrilisme puéril qui sous-tend ces réclamations.

Et de la meilleure bouffe à la cantine. Ça, je l’avoue, ça me touche, parce que ça me rappelle mes propres années de collégien et de lycéen : des frites tous les jours, c’est vieux comme l’école ! Cela dit cette génération ajoute une nouveauté significative : la demande de hallal à la cantine. Ah ! là, l’entrisme islamiste pointe le bout de son nez, youpi.

À côté des revendications plus ou moins pertinentes qu’il faut entendre et prendre au sérieux (même si on les connaissait depuis longtemps), des billevesées et des mensonges qu’il faut balayer d’un revers de main, des signes de communautarisation dont il faut s’inquiéter et qu’il faut traiter urgemment, il y a le reste qui rend, hélas, inaudibles les demandes parfaitement légitimes et urgentes : le reste, c’est-à-dire les manipulations et les violences.

Jeunes imbéciles contre vieux cons

LFI ne cache même pas son entreprise de récupération, voire de direction, du mouvement des lycéens, chauffés à blanc par ce parti factieux. Ses élus se mettent en scène sur le terrain, avec une mention spéciale pour le maire de Saint-Denis et ses exhibitions aussi grotesques qu’obscènes. On pourrait presque regretter que le ridicule ne tue pas, tant les cadres du parti transforment tout en un spectacle pathétique conçu seulement pour maximiser les vues et les « likes » sur les réseaux dits sociaux et exciter toujours plus leurs fans. Pure négation du politique et odieuse lâcheté des chefs qui envoient des gamins en première ligne, des irresponsables politiques qui se servent de la jeunesse comme d’une armée de fantassins sacrifiables. Leur stratégie : maintenir en France un climat de guerre civile larvée, pourrir l’atmosphère sociale et politique afin de mener Marine Le Pen à l’Élysée et provoquer dans la foulée une insurrection qui, pensent-ils, leur permettrait de prendre le pouvoir. Comme c’est leur seul espoir de l’obtenir, tout est bon pour y arriver, tous les mensonges, toutes les manipulations.

Et ils profitent pleinement de l’inculture historique et politique des plus jeunes, cibles faciles pour les démagogues professionnels. Ainsi entend-on des adolescents, et des adultes à peines plus âgés, répéter ad nauseam les mêmes slogans dont ils ne comprennent pas le premier mot ni, encore moins, les conséquences réelles. Les têtes d’affiche du mouvement lycéen, qui passent sur toutes les télés, ne sont que des têtes à claques. Ces gamins recrachent dans un psittacisme insupportable le catéchisme de LFI, avec une morgue qui ne peut prendre leur jeune âge pour excuse. On leur a tellement répété qu’ils ont raison parce qu’ils sont jeunes, qu’ils ne rêvent que de table rase : les vieux cons sont coupables de tout, ils symbolisent tout ce qu’il faut abattre. D’où les innombrables insultes et le mépris profond qui s’affichent sur les cartons brandis pendant les manifestations, dans les slogans scandés à tue-tête et sur tous les réseaux sociaux, envers les aînés et leurs « vies de chiens » que ces jeunes exècrent.

Arrêtons de les déresponsabiliser. De les prendre pour des petites choses fragiles. Ce sont des enfants qu’il faut certes protéger – d’abord d’eux-mêmes et des politiques qui les manipulent – mais, à force de déployer une « bienveillance » malsaine, on ne fait qu’encourager la sacralisation de leur « ressenti » et leur boursouflure égotique [2]. On peut les écouter, on peut les entendre, mais cessons de leur faire croire que tout ce qu’ils pensent et ressentent est légitime et qu’ils ont tous les droits. Alors que nous nous vautrons complaisamment dans une infantilisation générale de la population, il faut avant tout les éduquer – ce que nous avons collectivement et individuellement renoncé à faire depuis trop longtemps. Et puis renvoyer leurs parents à leurs responsabilités. Où sont les parents des enfants qui laissent libre cours à leur hybris ? Qui sont ces parents qui laissent leurs enfants se mettre, et surtout les autres, en danger ? Les parents démissionnaires doivent être tenus responsables et payer les dégâts causés par leurs enfants mal élevés, pas élevés.

Je vais encore passer pour un horrible réactionnaire mais dois-je rappeler que les mineurs ne sont pas des citoyens… majeurs ? Ils ne disposent ni des mêmes droits ni des mêmes devoirs que les adultes. En l’occurrence, je ne pense pas que la place d’un enfant soit dans une manifestation, quelle qu’elle soit. Je défends mordicus le droit de grève, le droit de manifester, les droits syndicaux – souvent malgré les syndicalistes eux-mêmes, c’est dire ! – mais ces droits sont attachés à la citoyenneté pleine et entière. Forger la conscience politique des jeunes générations est un devoir mais un enfant qui descend dans la rue, c’est un adulte qui capitule ses responsabilités – volontairement ou non. Les mineurs n’ont rien à faire dans la rue, et encore moins au milieu de scènes de guérilla urbaine. Ils sont sous la responsabilité de leurs parents qui feraient mieux de commencer à s’en occuper. Quand j’en entends qui osent dire qu’ils ont peur pour leurs adolescents à cause de la police, j’ai envie de leur fiche des claques : s’ils ont peur pour leurs mômes, ils ne les laissent pas sortir, c’est tout ! Les quelques vidéos qui circulent de parents qui viennent chercher leurs gamins au milieu des émeutes pour les ramener chez eux montrent simplement des adultes qui font leur job. Quant aux lycéens majeurs, ils ont bien d’autres moyens à leur disposition mais, s’ils veulent manifester, qu’ils manifestent, ils ont le droit de le faire. Mais qu’ils assument également : s’ils acceptent, cautionnent ou participent aux violences, ils rendent eux-mêmes inaudibles leurs revendications.

Le spectacle émeutier

Le mouvement actuel réactive, une fois de plus, les mêmes images de destruction de l’espace public, de saccage du mobilier urbain, de vandalisme des monuments patrimoniaux auxquelles nous finissons par nous habituer – la déshumanisation de la société de l’obscène en action. Manifestants et délinquants se mélangent, se confondent pour salir et démolir ; gamins et lumpencaïdat nouent une alliance mortifère et se muent dans figure la plus antipolitique qui soit, la foule – the mob, au sens d’Arendt –, pour laisser libre cours à une violence pas si gratuite que cela puisque les magasins à la mode, de fringues ou de jeux vidéos, sont consciencieusement pillés. Le spectacle, qu’il soit filmé par les caméras de télévision ou les téléphones des émeutiers eux-mêmes, emprunte à l’imaginaire esthétique issu des films de gangsters et des clips de rap, avec masques noirs et cagoules comme accessoires obligatoires.

La violence est recherchée pour elle-même, l’affrontement avec les forces de l’ordre devient un amusement, un défouloir. Les idéologues en profitent pour faire passer toute intervention légitime de la police pour des violences inadmissibles et des bavures, afin d’enflammer un peu plus encore une jeunesse biberonnée au ACAB. Soyons clair : s’il y a des bavures ou des violences inutiles du côté policier, elles doivent être documentées, les enquêtes menées fermement et, si les faits sont démontrés, les coupables doivent être sévèrement punis. La police républicaine doit être exemplaire. Mais le soupçon systématique et la calomnie envers les forces de l’ordre sont inacceptables.

Outre la police, toutes les figures classiques d’autorité sont visées : pompiers aux camions brûlés, mais aussi professeurs, CPE, proviseurs, etc. Au point que le message devient schizophrénique : ils réclament des locaux en meilleur état mais ils les incendient ; ils prétendent vouloir plus de profs mais ils les menacent, les insultent, les agressent, voire tentent de les assassiner !

La confusion devient totale entre luttes sociales, plus ou moins légitimes, plus ou moins argumentées, et le défoulement pur et simple. Et dans cette confusion, ce sont les luttes sociales les plus légitimes qui perdent toute crédibilité. La révolte, passion éminemment politique et féconde, cède le terrain au ressentiment, à la haine, à l’hybris et à la violence. Nos risibles révolutionnaires en carton se prélassent dans leurs fantasmes de sang et empoissent les imaginaires des gosses incultes de visions romanesques et surtout simplistes de la Révolution. Or, passée par le prisme simplificateur et mensonger de ces démagogues de salon, de la révolte telle que Camus l’analyse, ne demeure rien de métaphysique ni de politique. Seulement la dangereuse alliance du lumpencaïdat et des enfants de bourgeois repus, tous travaillés, excités par les entrepreneurs identitaires.

En effet, l’envie de casser, de détruire les symboles de l’autorité s’arrête aux nouvelles (ou anciennes, archaïques ?) autorités devant lesquelles ils s’écrasent complaisamment. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la contestation n’est pas celle de l’autorité en elle-même, des limites en elles-mêmes, elle correspond plutôt à leur déplacement. Ainsi vénèrent-ils des formes d’autorité plus primaires, plus tribales, plus violentes : le pognon, la religion… et l’identité sacralisée.

Les codes islamistes, notamment au travers du palestinisme qui ravive le vieux fonds antisémite, sont intégrés non seulement chez les gamins des fameux territoires abandonnés de la République où règnent les mafias criminelles et religieuses, mais aussi chez les rejetons des beaux quartiers des centres-villes qui s’ennuient, ont la conscience politique une huître neurasthénique sous Prozac et se donnent des frissons de subversion en s’imaginant révolutionnaires alors qu’ils ne sont que des mauvaises caricatures de tout ce qu’il y a de plus réactionnaire. Voir brandi le drapeau palestinien sur les murs du lycée Henri IV démontre à quel point « l’élite de la nation » a des nouilles trop cuites entre les oreilles et a trop écouté les sermons l’église de sociologie.

Ainsi découvre-t-on, avec effarement, des vidéos dans lesquelles sont reprises joyeusement les paroles d’un groupe de rap qui glorifie Mohamed Merah et les assassins du Bataclan… par des gosses qui se feraient massacrer en moins de dix secondes par le Hamas qu’ils adorent ! La mascarade est odieuse qui voit ces petits imbéciles propager, hilares, des slogans antisémites, et brailler « siamo tutti antifascisti ». Qui sont les plus fascistes dans cette histoire ? Les profs ? Les flics ? Ou bien les factieux armés qui menacent, intimident, insultent et traitent de fascistes tous ceux qui ne pensent pas comme eux, crament les lycées, jouent au lance-flammes sur les passantes, aspergent les professeurs d’essence, lynchent des policiers à terre, balancent des mortiers à la figure des gens et proclament très sérieusement vouloir importer l’intifada, c’est-à-dire la guerre civile, en France ?

« Ce ne sont que des enfants », ânonne-t-on sur les chaînes du service public audiovisuel, vendu à LFI et aux avocats du Hamas. Certes, des enfants. Mais des enfants sauvages pour qui tout cela n’est qu’un prétexte pour laisser libre cours leur stupidité (tronçonner des arbres : quel geste intelligent… on croirait la mairie de Paris !). Une grande récréation qui permet de sécher les cours et de s’amuser. L’amusement dans la violence. Le grand défoulement, la désinhibition cathartique. Il y a dans tout cela un côté Orange mécanique assez terrifiant.

*

Jean-Pierre Chevènement, en son temps, avait été vilipendé pour avoir évoqué des « sauvageons ». Le procès en racisme qui lui avait été fait était abject et mené par les mêmes qui aujourd’hui profitent pleinement de cette situation. Nous devons prendre au sérieux ce qu’Hannah Arendt dit de la menace de dislocation que représente pour le monde commun l’arrivée continue de nouveaux-venus par naissance, qui lui sont étrangers. Notre rôle est de préparer ces enfants à leur entrée dans le monde. Or, non seulement les parents et les institutions qui ont cette responsabilité l’ont abdiquée, mais surtout ils ont été remplacés par d’autres formes d’autorité dont l’objectif est précisément la destruction du monde commun. Et la nôtre avec.

Cincinnatus, 12 octobre 2026


[1] Petit rappel pour les bas du front du fond de la classe qui continuent de beugler que les profs sont toujours absents : en moyenne, les enseignants sont moins absents que les fonctionnaires d’État qui sont eux-mêmes moins absents que les salariés du privé. Le problème, c’est que quand Jean-Renaud de la compta ou Marie-Gisèle aux RH sont absents, seules leurs équipes respectives et, éventuellement, quelques clients ou fournisseurs s’en rendent compte. Alors que lorsqu’un professeur, d’autant plus en collège ou lycée, est absent (ils ont encore le droit d’être malades : pour combien de temps ?), ce sont toutes les familles de tous les élèves de toutes ses classes qui le savent. Et s’empressent de chouiner.

[2] Je recommande la lecture du très bon billet publié hier sur le blog de Descartes, qui, en tirant le fil de la comparaison avec mai 68, montre, entre autres, combien le nombrilisme est au cœur du mouvement actuel : « Lycée venere ».

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Cincinnatus

Moraliste (presque) pas moralisateur, misanthrope humaniste, républicain râleur, universaliste lucide, défenseur de causes perdues et de la laïcité, je laisse dans ces carnets les traces de mes réflexions : philosophie, politique, actualité, culture…

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