Iségorie ?

Vue idéale de l’Acropole et de l’Aréopage à Athènes, Leo von Klenze (1846)

L’iségorie, concept central dans la démocratie athénienne, assure à tous les citoyens le droit égal à la prise de parole au sein de l’agora. Contrairement aux apparences, pourtant, l’iségorie n’appartient pas au seul régime de l’égalité mais peut-être plus encore à celui de la liberté. L’égalité de parole garantit d’abord et avant tout la liberté d’expression ; l’iségorie en est, en quelque sorte, le reflet au miroir de la démocratie. A priori, tous les citoyens sortis de l’ombre du domaine privé pour entrer dans la lumière du public, cet espace d’apparence où chacun partage paroles et actions dans l’objectif d’édifier un monde commun, disposent de la même légitimité à exprimer leur opinion, leur vision du monde, leur conception du bien commun et de l’intérêt général. Quels que soient son métier, sa richesse, ses origines, ses croyances ou ses chromosomes, tout citoyen, par le seul fait qu’il est citoyen, possède le même droit inaliénable de prendre part au politique et de constituer le souverain.

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Une tragédie française

Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l’Enfer, Gustave Doré (1861)

Il était une fois un pays qui ne voulait plus s’aimer.

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L’essentialisation de l’action politique

L’Œuf, Odilon Redon (1885)

Un riche peut-il être de gauche ? Un juif (un homosexuel, un noir…) peut-il voter pour l’extrême droite ? Un homme peut-il être féministe ? Une femme peut-elle combattre le droit à l’IVG ? Une dinde peut-elle aimer Noël ?

Ce que je suis définit-il ce que je pense, ce que je fais, ce que je promeus ou combats ?

Malgré les apparences, les réponses à ces questions ne vont pas de soi.

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RN : la grande illusion

Le RN de Marine Le Pen n’est pas le FN de Jean-Marie Le Pen. La petite entreprise familiale a bien changé.
Certains, pourtant, préfèrent feindre de croire le contraire et garder leurs vieux réflexes – aussi contreproductifs soient-il. Beugler « nazis » à chaque apparition médiatique de cadres ou militants de ce parti ne sert à rien, sinon à se faire plaisir. Il y a beaucoup d’onanisme chez les autoproclamés « antifascistes ».
D’autres,  a contrario, pourraient se laisser tenter par le chant qu’entonnent les sirènes du RN. Sensibles aux discours en rupture évidente avec ceux que le parti tenait du temps du fondateur, ils pensent y voir la résurgence d’un républicanisme tombé en disgrâce dans tout le reste du champ partisan. Poudre aux yeux ou révolution idéologique ?

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La fabrique du Méchant

Saint Georges et le dragon, Paolo Ucello (1470)

L’ennemi est bête : il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui !
Pierre Desproges

Le procédé est vieux comme le monde : construire de toutes pièces un Méchant afin de mieux se faire passer pour le Gentil de l’histoire… et, souvent, simplement pour exister. À l’heure des réseaux dits sociaux et des crispations identitaires, cette technique éculée est à la mode… et utilisée sans retenue par tous les camps politiques. En effet, nul besoin d’imagination, ni d’intelligence, tant c’est efficace.

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Liberté des uns, contrôle des autres

Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare, Eugène Delacroix (1839)

Il y a, dans l’idéologie néolibérale [1] et, plus encore, dans sa manière de s’appliquer, un paradoxe apparent : d’un côté, une défense lyrique de la liberté (malgré une définition discutable), en particulier individuelle et économique ; de l’autre, une volonté de contrôle dont l’intensité et le périmètre ne cessent de s’accroître. N’y voir qu’une contradiction ou une hypocrisie ferait passer à côté de l’essentiel.

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Des idées et des hommes

Faut-il punir les idées quand elles se conduisent mal ?

Dans le très beau roman de Romain Gary, Les Clowns lyriques, on peut lire ce passage que j’aime bien (pages 28 et 29 de l’édition Folio-Gallimard pour ceux qui voudraient aller voir ; quant aux repères chronologiques de la première phrase : « cette époque », c’est la guerre civile espagnole, et « toujours », c’est la guerre de Corée) :

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Quand dire, c’est être

Une cause célèbre, Honoré Daumier (1862)

La folie identitaire prend des formes délirantes.

« JE SUIS…
la gauche
le centre
gaulliste
patriote
antiraciste
écologiste
féministe
une femme
un homme
etc. etc. »

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Reprendre le pouvoir

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Serment du Jeu de paume, le 20 juin 1789, Jacques-Louis David

D’abord, s’accorder sur les principes fondamentaux, intangibles. Une colonne vertébrale idéologique solide, cohérente ; une vision du monde, de la société et de l’homme. Elle existe depuis longtemps. Elle est bien connue, précisément définie. Elle porte différents noms selon le point de vue que l’on choisit d’adopter, selon le chemin intellectuel que l’on a emprunté pour l’embrasser : républicanisme, humanisme civique, universalisme… [1]

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Sa Majesté Nunuche

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La Naissance de Vénus, William Bouguereau (1879)

« Gloire À Sa Majesté Nunuche !
GLOIRE À SA MAJESTÉ NUNUCHE !
GLOIRE À SA MAJESTÉ NUNUCHE !… »
Les cris et la sono le réveillèrent en sursaut. Il jeta un œil encore mal décollé à la fenêtre et tenta, l’esprit englué dans le brouillard de la nuit finissante – après tout, il n’était que onze heures du matin –, de se souvenir de la date et, par conséquent, de la nature des festivités qui remplissaient la rue d’un nuage dense de confettis multicolores. Rien ne lui revint, aussi s’intéressa-t-il un peu plus aux slogans scandés dans les micros, aux banderoles agitées en tous sens et, surtout, aux chars bariolés qui l’impressionnèrent beaucoup par leurs couleurs aussi mal assorties que clinquantes. Il imagina Philippe Découflé et Jeff Koons s’associant, après une soirée sous acide, pour faire une blague potache.

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