Wokisme, néolibéralisme : ces idéologies qui n’existeraient pas

Allégorie de la Simulation, Lorenzo Lippi (vers 1640)

Communisme, socialisme, républicanisme, libéralisme, bonapartisme, royalisme, fascisme, nazisme… quel que soit leur bord politique, aussi nobles ou odieuses soient-elles, la plupart des idéologies en –isme se sont toujours assumées comme telles, leurs partisans s’en sont toujours revendiqués avec fierté, portant haut leurs étendards quitte à (et souvent pour) se castagner avec ceux d’en face. Il s’agit d’entrer dans l’espace public à visage découvert, afin de défendre une vision du monde et un programme politique, de convaincre de la justesse et de la justice de ses vues… voire de s’imposer par la force des armes lorsque celle des arguments ne suffit plus.

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Tous pour un

Passants, Honoré Daumier (v. 1858-1860)

L’intelligence réside uniquement dans l’être humain considéré seul.
Il n’y a pas d’exercice collectif de l’intelligence.
[…]
L’intelligence est vaincue dès que l’expression des pensées est précédée, explicitement ou implicitement, du petit mot « nous ».
Simone Weil, L’enracinement

Le monde merveilleux de « l’intelligence collective »

Les politiques, managers et coaches professionnels n’ont que ce syntagme ridicule à la bouche : l’intelligence collective. À les en croire, il faut l’utiliser/la déployer/l’encourager/lui faire confiance/l’impulser… et autres fadaises ad nauseam : tous les verbes de la langue française et de la novlangue globish vont y passer. Simone Weil en aurait fait une attaque. Pour ma part, je préférerai toujours miser sur la connerie individuelle que sur l’intelligence collective, c’est nettement plus sûr.

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On se lâche !

Les Romains de la décadence, Thomas Couture (1847)

Tiens, encore un billet qui va me faire passer pour un horrible réac-facho auprès des ayatollahs de la moraline prétendument « de gauche ». Tant pis.

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Des racinés

Racines d’arbres, Vincent van Gogh (1890)

Lorsque vous avez été déraciné autant de fois que moi, le problème des racines devient une question de sacs de voyage dans lesquels vous les transportez.
Romain Gary, L’affaire homme

Sommes-nous donc des arbres pour, sans cesse, être ramenés à nos « racines » ? La métaphore arboricole me semble toujours suspecte. D’autant plus lorsqu’elle se fait insulte. Ainsi de ces Français « de souche » (on reste dans le forestier) qui se voient requalifiés en « souchiens » dans un petit kakemphaton aussi méprisant que peu subtil. Leurs « racines », parce qu’elles ne seraient que françaises, en seraient infamantes ; au contraire des autoproclamés « racisés » dont les racines, parce qu’elles seraient étrangères, seraient nécessairement glorieuses – et peu importe d’ailleurs qu’elles soient largement fantasmées. Racinés contre racisés : l’affiche fait frémir d’une guerre des identités, des appartenances et des allégeances.

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Il paraît que je ne suis plus de gauche !

Judith et Holopherne, Le Caravage (1599-1602)

Foutredieu, me voilà excommunié ! Chassé de la vieille maison dans laquelle je n’avais pourtant jamais prétendu entrer (pas plus que dans celles d’en face, soit dit en passant). Couvert des insultes les plus humiliantes, des stigmates les plus méprisés, des anathèmes les plus honnis : je suis « réac ! », « facho ! », « droitard ! »…
Qui me voue ainsi aux gémonies ? qui m’inflige ainsi la pire meurtrissure qui soit ? qui m’ostracise ainsi ? qui m’exile ainsi du Camp du Bien©, par un jugement sans appel ?
Mais tous les Saint-Torquemada-de-la-vraie-gauche, tous les grands prêtres de la moraline, voyons !
Pourquoi ?

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Les lectures de Cinci : les régionalismes contre la République

La France en miettes : régionalismes, l’autre séparatisme, Benjamin Morel, Les Éditions du Cerf, 2023.

Le livre en deux mots

Le constitutionnaliste et politiste Benjamin Morel a livré en tout début d’année un ouvrage majeur sur un sujet qui, quoique capital, n’intéresse guère les médias ni l’opinion publique. L’ethnorégionalisme, « l’autre séparatisme » comme le désigne le sous-titre du livre, déchire la France à suffisamment bas bruit et en s’entourant d’une telle image de sympathique folklore que cette balkanisation ne fait réagir personne. Car l’ethnorégionalisme – ou plutôt : les ethnorégionalismes – n’est finalement qu’un identitarisme comme les autres qui cherche à détruire la nation, l’État et la République qu’il souhaite remplacer par des communautés artificielles fondées sur des identités fantasmées.

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Un problème ? Une appli !

Le « solutionnisme » est cette idée simpliste selon laquelle tous les problèmes, quelles que soient leur nature et leur complexité, peuvent trouver une solution sous la forme d’algorithmes et d’applications informatiques. Très en vogue dans la Silicon Valley depuis plusieurs années, il s’est largement répandu grâce à ses illusions séduisantes et imprègne dorénavant les imaginaires collectifs, notamment celui de la start-up nation chère à notre Président.

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Touchez pas aux contes de fées !

La Belle au bois dormant, illustré par Gustave Doré (1867)

Il n’y a pas un pan de la culture que les Torquemada du slibard ne cherchent à calomnier pour mieux les condamner au nom de leur idéologie mortifère. Après les auteurs classiques, les compositeurs, les statues diverses et variées… les voilà qui, depuis peu, ont décidé de s’attaquer aux contes de fées. À coup de chroniques et podcasts sur les chaînes de télé et les stations de radio complaisantes (France Info, Arte, France Culture et France Inter se font les serviles propagandistes de leur business névrotique), d’articles et éditos dans les journaux et magazines gagnés à leur cause (Télérama, l’Obs, Libération…), et d’entreprises de charcutage par les censeurs ripolinés en « sensitivity readers », la petite musique s’installe : les contes de fées sont réactionnaires et machistes, ils propagent la « culture du viol » et bafouent le « consentement », entretiennent des visions du monde racistes et colonialistes… bref, les contes de fées sont un nouvel avatar du Mal. La bêtise repart en croisade.

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Petite missive adressée à mes amis gaullistes

Chers amis,

Vous le savez, je partage votre admiration pour le Général – sans aucun doute, avec Clemenceau, l’un des deux plus grands hommes d’État que la France a connus depuis deux siècles. Et si je n’aime guère les étiquettes, on me classe parfois dans les catégories « gaulliste de gauche » ou « gaulliste social », qualifications qui m’honorent. C’est donc sans arrière-pensée ni ironie que je lance aujourd’hui cet appel désespéré : gaullistes, où êtes-vous passés ?

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Les offensés professionnels

Tintin au pays de l’or noir, Hergé (1950)

La chouinocratie gangrène notre démocratie. Étudiants traumatisés parce qu’on leur a montré un film de Kubrick (odieuse pornographie patriarcale, comme chacun sait) ou par la lecture d’un roman de Mark Twain (dans lequel le mot « nègre » apparaît sans qu’ils aient été dûment prévenus par lettre recommandée avec accusé de réception ni reçu un doudou et un bonbon pour apaiser leurs émois), croyants qui exigent péremptoirement le respect de leur religion et l’instauration d’un nouveau délit de blasphème, activistes menaçant de mort toute personne qui oserait affirmer qu’une femme est une femme… des individus à la sensibilité à fleur de peau, exaltés contre tout ce qui ne leur ressemble pas, sombrent dans la complainte victimaire et s’imaginent à la fois les plus malheureux et les plus vertueux de l’histoire de l’humanité. Le monde entier doit se mettre au diapason de leurs caprices et de leur sensiblerie autoritaire, et protéger leurs nerfs fragiles contre tout ce qui pourrait venir les contrarier. Fiers de leur « déconstruction », ils s’estiment avoir atteint le plus haut sommet de l’évolution humaine, depuis lequel ils peuvent juger l’ensemble de leurs semblables – passés et présents – à l’aune de leurs obsessions.

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