La vertu destructrice

Condamnés par l’Inquisition, Eugenio Lucas Velázquez (1862)

Il souffle, en France et ailleurs, comme un vent mauvais, un vent de destruction, sur les arts et les savoirs, sur la discussion et la contradiction. Les esprits semblent emportés par une volonté de salir, d’éliminer, de censurer, de faire disparaître, purement et simplement, ce qui les contrarie ou les contraint. Ce qui ne leur ressemble pas, surtout.

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Le viol des mots

La Tour de Babel, Pieter Brueghel l’Ancien (v. 1563)

La fin d’une civilisation, c’est d’abord la prostitution de son vocabulaire.
Romain Gary, Europa

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Iségorie ?

Vue idéale de l’Acropole et de l’Aréopage à Athènes, Leo von Klenze (1846)

L’iségorie, concept central dans la démocratie athénienne, assure à tous les citoyens le droit égal à la prise de parole au sein de l’agora. Contrairement aux apparences, pourtant, l’iségorie n’appartient pas au seul régime de l’égalité mais peut-être plus encore à celui de la liberté. L’égalité de parole garantit d’abord et avant tout la liberté d’expression ; l’iségorie en est, en quelque sorte, le reflet au miroir de la démocratie. A priori, tous les citoyens sortis de l’ombre du domaine privé pour entrer dans la lumière du public, cet espace d’apparence où chacun partage paroles et actions dans l’objectif d’édifier un monde commun, disposent de la même légitimité à exprimer leur opinion, leur vision du monde, leur conception du bien commun et de l’intérêt général. Quels que soient son métier, sa richesse, ses origines, ses croyances ou ses chromosomes, tout citoyen, par le seul fait qu’il est citoyen, possède le même droit inaliénable de prendre part au politique et de constituer le souverain.

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L’essentialisation de l’action politique

L’Œuf, Odilon Redon (1885)

Un riche peut-il être de gauche ? Un juif (un homosexuel, un noir…) peut-il voter pour l’extrême droite ? Un homme peut-il être féministe ? Une femme peut-elle combattre le droit à l’IVG ? Une dinde peut-elle aimer Noël ?

Ce que je suis définit-il ce que je pense, ce que je fais, ce que je promeus ou combats ?

Malgré les apparences, les réponses à ces questions ne vont pas de soi.

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Quand dire, c’est être

Une cause célèbre, Honoré Daumier (1862)

La folie identitaire prend des formes délirantes.

« JE SUIS…
la gauche
le centre
gaulliste
patriote
antiraciste
écologiste
féministe
une femme
un homme
etc. etc. »

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Les lectures de Cinci : un combat républicain

Un chagrin français. « Populisme », « progressisme », « vivre-ensemble ». Ces mots qui enferment, Anne Rosencher, Éditions de l’Observatoire, 2022.

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La journaliste Anne Rosencher est une grande républicaine. Ses éditoriaux dans L’Express, pleins de justesse et de justice, le prouvent à chaque fois. Elle en a rassemblé quelques-uns, soigneusement triés, pour composer ce très beau livre, publié en début d’année. Un chagrin français s’attaque à trois expressions qui nous empoisonnent : « populisme », « progressisme » et « vivre-ensemble » appartiennent à cette novlangue qui vide les mots de leur sens et l’esprit de la pensée. Lire la suite…

Quels extrêmes ?

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Méduse, Le Caravage (1597-1598)

« Extrême droite », « extrême gauche » : les expressions sont bien ancrées dans l’imaginaire politique collectif. Lieux communs, elles charrient images et références historiques et provoquent des réflexes pavloviens de rejet. Elles situent immédiatement individus et partis qui en sont qualifiés sur l’échiquier politique. Ou plutôt en-dehors de lui : de l’autre côté de frontières invisibles mais unanimement admises – les fameux « cordons sanitaires » et autres « fronts républicains ».
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La chouinocratie des névroses militantes

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L’Enfant mal élevé, Rembrandt (1635)

Je suis infertile. Pour donner naissance à ma fille, nous avons dû passer par un long et difficile parcours d’aide médicalisée à la procréation (AMP) – j’ai déjà raconté tout cela [1]

Mais, aujourd’hui, j’ai décidé de sortir du silence auquel le système me contraint afin de m’élever publiquement contre l’infertilophobie.
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Et maintenant ?

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Photos : AFP

La campagne

La campagne pour le premier tour fut spectrale. Exclusivement animée par les outsiders, les deux principaux candidats ont délibérément choisi de la snober en refusant le débat afin de verrouiller leur « qualification » [1] pour le second tour. Dans un parfait numéro de duettistes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont confisqué l’élection. L’espace public n’a bruit que de polémiques médiocres et de buzz infantile.
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Éric Zemmour : les synthèses impossibles

(Farce tragique en trois actes)

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Photo : Joel Saget/AFP

Éric Zemmour est peut-être, dans cette élection, le plus intéressant des candidats – non par l’éventuelle proximité entre lui et moi que certains se plaisent à imaginer (ce billet risque de les décevoir et j’ai déjà dit, la semaine dernière, ma préférence [1]) mais, de mon point de vue, pour ce qu’il fait et dit de la guerre idéologique à l’œuvre. Les trois idéaux-types des familles de pensée politique que j’observe et analyse ici depuis un petit moment [2] – républicanisme, néolibéralisme et identitarisme – me semblent toujours une grille d’analyse pertinente… d’autant plus en ce qui concerne celui qui voudrait en incarner la synthèse impossible.
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